« Le Monde » consacre un hors-série à un courant politique mondialement mouvant et polymorphe pour mieux éclairer la situation française. Ce numéro spécial interroge la résurgence et la transformation de l’extrême droite, en privilégiant le prisme du Rassemblement national (RN), anciennement Front national, dirigé aujourd’hui par Marine Le Pen et Jordan Bardella.
Une vague mondiale aux manifestations diverses
Les journalistes du hors-série décrivent une « vague mondiale » : dans plusieurs pays l’extrême droite est aujourd’hui soit au pouvoir, soit proche d’y accéder. Le dossier mentionne explicitement des cas comme la Hongrie, l’Italie et, pour partie, les États-Unis, et évoque la possibilité d’une accession de cette famille politique à la présidence française lors de l’élection présidentielle de 2027.
Cette évolution ne relève pas d’un phénomène récent strictement national. En France, rappellent les contributeurs, l’extrême droite a connu une quasi-disparition après la Libération du pays, au gré des mesures d’épuration, puis une lente restauration de son influence sur un temps de l’ordre de « un peu plus de quatre-vingts ans ». Le hors-série se donne pour objectif d’expliquer ce long parcours, de ses racines historiques à ses formes actuelles.
Polymorphie et flou conceptuel : qu’entend-on par « extrême droite » ?
Les auteurs soulignent que l’expression « extrême droite » reste une notion polymorphe et, de ce fait, parfois floue. Comprendre le phénomène exige d’en saisir toutes les dimensions — idéologiques, sociologiques, institutionnelles et médiatiques — plutôt que de se limiter à une définition unique.
Pour mieux cerner ce paysage, le hors-série combine méthodes et formats : enquêtes, entretiens avec des universitaires, portraits, récits historiques et infographies. Cette multiplicité d’approches vise à montrer comment un même courant peut revêtir des formes différentes selon les pays, les périodes et les stratégies politiques adoptées.
Le RN : dédiabolisation, ancrage institutionnel et questions encore ouvertes
Le numéro spécial interroge directement le RN : s’est-il réellement « dédiabolisé » aux yeux de l’opinion et des institutions ? Le changement de nom, du Front national au Rassemblement national, est l’un des éléments cités, mais le dossier met en lumière que la dédiabolisation se mesure sur plusieurs registres et pas seulement symboliques.
Plusieurs questions concrètes sont posées par les journalistes et les universitaires intervenant dans le hors-série. Le RN a-t-il réussi à pénétrer la haute administration ? Quelle est la nature et l’étendue de son ancrage local et national ? Le numéro spécial a été conçu au moment du procès en appel des assistants parlementaires du Front national, une actualité judiciaire qui demeure un élément du récit politique.
Les contributions examinent aussi le rôle des médias dans la diffusion des idées nationalistes. Le groupe audiovisuel et de presse lié à Vincent Bolloré est mentionné comme un acteur influent dans la circulation du discours politique, interrogeant la manière dont certains médias peuvent amplifier ou normaliser des thèmes nationalistes.
Un courant composé et connecté
Le hors-série rappelle que le nationalisme n’est pas un événement isolé. Les différentes forces qui le composent sont interconnectées, formant une constellation d’acteurs et d’idées. Sa « plasticité » est soulignée : l’extrême droite peut muter et se recomposer, adoptant un pragmatisme qui facilite le passage d’une idée à une autre.
Cette plasticité explique en partie le caractère hétérogène du corpus idéologique, souvent décrit dans le dossier comme un assemblage ou un « bricolage » d’éléments variés. Le manque d’espaces de débat internes est aussi identifié comme une source potentielle de tensions, pouvant conduire à des implosions ou à des excommunications au sein des organisations.
Enfin, le hors-série accorde une place à l’analyse comparative internationale, estimant que la perspective européenne, russe et américaine aide à éclairer les dynamiques françaises. En croisant les cas et les trajectoires, les journalistes et chercheurs cherchent à dégager des continuums et des ruptures, sans prétendre à une explication unique et définitive.





