À Montluçon (Allier), la configuration politique d’une campagne municipale a pris un tour inhabituel à l’approche du scrutin : Frédéric Laporte, maire sortant et candidat Les Républicains, a perdu vendredi 3 mars l’appui du parti Renaissance, après avoir jusque-là cumulé des soutiens divergents allant de l’UDI et d’Horizons jusqu’à Reconquête !, le parti d’Éric Zemmour.
Un soutien pluriel qui s’est fissuré
La particularité de la liste du maire sortant résidait dans ce rassemblement hétéroclite. Reconquête ! avait publiquement affiché « son soutien sans réserve » à Frédéric Laporte, selon Jean-Antoine Rosati, délégué départemental du mouvement. Celui-ci expliquait que, sans signature d’accord formel ni revendication de postes, le programme municipal de Laporte rejoignait « nos valeurs en trois points : la sécurité, avec le projet d’en augmenter les moyens ; la santé, avec la valorisation de l’hôpital public, et l’économie au service de la population par une baisse des impôts. »
Le camp Zemmour est déjà présent dans l’équipe municipale : Pierre Laroche, élu en 2014 et actuel adjoint chargé de la sécurité et du cadre de vie, est affilié à Reconquête ! depuis 2022 et figurait en cinquième position sur la liste du maire sortant. Franck Picard, responsable local de Reconquête !, a précisé que « d’autres candidats positionnés plus loin sur la liste sont également membres de notre mouvement », information confirmée par Jean-Antoine Rosati.
Le retrait de Renaissance et la suspension d’un membre
Face à cette alliance informelle, Renaissance — le parti de Gabriel Attal — a annoncé son retrait du soutien à Frédéric Laporte. Le parti a en outre suspendu l’adhérent figurant sur la liste municipale aux côtés d’un candidat Reconquête !. Le communiqué interne mentionnant la suspension motive la décision par l’impossibilité de maintenir un soutien lorsqu’un élu ou un candidat se rapproche d’un mouvement d’extrême droite, selon les règles de discipline du parti.
Ce retrait est intervenu « à moins de dix jours du premier tour des élections municipales », soulignant la soudaineté de la rupture dans une campagne déjà lancée. Le timing a des implications locales : il contraint les équipes de campagne à réajuster leurs messages et oblige les électeurs à réévaluer des alliances annoncées publiquement.
Réponses du maire et positions locales
Interrogé par Le Monde, Frédéric Laporte a cherché à clarifier sa position en affirmant qu’il « rejette tout accord de programme » avec l’extrême droite. Il a tenté de ménager ses soutiens en distinguant son projet municipal des appuis exprimés ponctuellement par d’autres formations politiques.
Jean‑François Jarrige, délégué départemental de Renaissance, a rappelé un antécédent local datant des municipales de 2020 : il avait obtenu 4,27 % des voix puis accepté la onzième place sur la liste d’un adversaire lors de cette compétition. Jarrige a expliqué que « l’accord concerne uniquement la relation avec le maire mais pas avec Reconquête ! », insistant sur la nature limitée du rapprochement et sur la volonté de Renaissance d’éviter tout lien durable avec des formations d’extrême droite.
Sur le fond des débats locaux, les thèmes cités par Reconquête ! — sécurité, hôpital public, baisse des impôts — correspondent aux priorités mises en avant par la campagne de Frédéric Laporte. Ces convergences ponctuelles apparaissent toutefois insuffisantes pour garantir un soutien politique stable lorsque des considérations d’éthique partisane et d’image entrent en jeu.
Enjeux et incertitudes pour le scrutin
La décision de Renaissance complexifie la donne électorale dans une ville où les lignes traditionnelles de la droite locale semblent fragmentées. La présence d’élus ou d’adhérents issus de sensibilités différentes sur une même liste peut renforcer la cohésion électorale, mais elle comporte aussi un risque politique lorsque des partenaires extérieurs sont perçus comme radicalement opposés aux valeurs du parti d’origine.
À l’approche du premier tour, la situation illustre la tension entre pragmatisme local et contraintes nationales des partis. Les électeurs de Montluçon disposent désormais d’un calendrier électoral resserré pour mesurer l’importance de ces ruptures et décider si le profil du maire sortant demeure compatible avec les attentes locales, indépendamment des appuis ponctuels dont il a bénéficié.
La campagne reste fluide et susceptible d’évolutions dans les jours qui précèdent le scrutin. Les éléments factuels rassemblés — dates, positions et quotes — permettent de suivre les conséquences immédiates de ce retrait de soutien sans extrapoler au‑delà des déclarations publiques rapportées ici.





