À Bobigny, préfecture de la Seine-Saint-Denis, la campagne municipale prend la forme d’un affrontement annoncé : la gauche unie, qui soutient le maire sortant Abdel Sadi — La France insoumise (LFI) comprise — se présentera au premier tour face à six listes concurrentes. Cette configuration témoigne d’un paysage politique local où les alliances et les héritages historiques restent visibles, tant dans le champ électoral que dans l’espace urbain.
Une ville marquée par des symboles politiques
Bobigny se distingue par une géographie politique lisible à travers ses noms de rues et ses bâtiments publics. L’hôtel de ville se situe entre le boulevard Lénine et l’avenue Karl-Marx, rappels explicites de l’appartenance de la commune à ce que l’on a appelé la « ceinture rouge » des banlieues communistes autour de Paris dans les années 1970.
Ces références historiques ne se limitent pas aux seules dénominations. Entre la préfecture et le palais de justice subsiste la passerelle Marie‑Claire, décrite comme vétuste et difficilement praticable. Elle porte le nom de Marie‑Claire Chevalier, figure liée au droit à l’avortement. Le procès de 1972, où l’avocate Gisèle Halimi la défendit, est évoqué comme une étape qui a contribué au débat national menant, plusieurs années plus tard, à la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse en France.
Abdel Sadi et l’ancrage à gauche
Le maire sortant, Abdel Sadi, incarne pour nombre d’habitants la continuité d’un ancrage à gauche. Son appui formel par le Parti communiste français (PCF) s’inscrit dans une histoire locale ancienne et réputée solide. « Mes parents sont arrivés dans les années 1960 en France, à La Courneuve voisine, et nous avons toujours été bien accueillis par le Parti communiste », confie-t‑il depuis son bureau, phrase reprise dans sa communication de campagne.
Le logo du PCF figure ainsi en bonne place dans ses supports de campagne, reflétant un lien symbolique et pratique entre l’élu et la tradition communiste locale. Cette visibilité traduit également une stratégie : rassembler différentes forces de gauche — du PCF à LFI — autour d’une candidature commune pour limiter la fragmentation au premier tour.
Une union stratégique face à six listes
La formule d’une « gauche unie » implique des négociations et des compromis. Sur le terrain, elle vise à concentrer les voix progressistes afin d’affronter efficacement les six listes qui se présenteront au premier tour. Le nombre exact de listes concurrentes, six, a été confirmé dans le résumé initial de l’article et reste un paramètre majeur de la campagne municipale.
Cette multiplicité de candidatures force la coalition majoritaire à clarifier son projet et à rendre visibles ses priorités locales : sécurité, logement, transports, services publics, et recomposition urbaine. Le contexte socio‑urbain de Bobigny, mélange de pavillons et de grands ensembles, oblige les équipes municipales à articuler des réponses adaptées à des réalités très différentes au sein d’un même territoire.
Enjeux et lignes de tension
Les enjeux de la campagne dépassent les symboles historiques. Les habitants attendent des réponses concrètes sur la qualité des services publics, l’entretien des infrastructures évoquées — comme la passerelle Marie‑Claire — et la rénovation urbaine. La capacité de la droite et des autres listes à capter une part de l’électorat dépendra de leur offre programmatique et de la mobilisation locale.
Pour Abdel Sadi et ses soutiens, l’enjeu est double : préserver l’ancrage traditionnel à gauche et démontrer la pertinence d’une union qui inclut des forces parfois éloignées idéologiquement. Pour les listes concurrentes, il s’agit de tirer parti d’un électorat sensible à la nouveauté ou à des propositions distinctes de celles portées par la majorité sortante.
Au terme de cet aperçu, la campagne à Bobigny apparaît comme un mélange de continuités historiques et de calculs politiques contemporains. Les symboles urbains et les références au passé pèsent autant que les promesses de réformes locales. Le déroulé du premier tour, où la gauche unie affrontera six listes, déterminera la suite du scrutin et la configuration politique de la cité.





