Cinq ans de prison ferme, une innocence répétée avec la même force que lors du premier jugement : Nicolas Sarkozy comparaît en appel dans l’affaire du financement libyen présumé de sa campagne de 2007. L’audience, marquée par un échange inattendu entre l’ancien chef de l’État et le président de la cour, Olivier Geron, a donné au procès un relief particulier dès la deuxième journée d’audience.
Par Valérie de Senneville
Un rappel à la barre inattendu
Alors que le débat sur les exceptions de nullité s’étirait, le président de l’audience a brusquement demandé à Nicolas Sarkozy de monter à la barre. Le président Geron a motivé cet appel par l’urgence d’obtenir « une précision sur un des moyens de droit soulevé par les avocats » de l’ex-président. Il a d’emblée reconnu qu’« il n’est pas d’usage d’appeler un prévenu sur ces sujets, mais nous sommes dans une situation exceptionnelle ».
La convocation surprise a rompu la monotonie du débat procédural et a placé au centre de l’audience la personne même de l’accusé. L’échange, bref mais net, a permis à Nicolas Sarkozy de rappeler sa position publique : « Je suis ici en tant que prévenu, pas en tant que spécialiste des questions institutionnelles. Mais je tiens à dire que je suis innocent, je n’ai pas commis d’acte de corruption, ni de près ni de loin. »
La posture de la défense et le rôle du président
La prise de parole de l’ancien chef de l’État est essentiellement défensive : elle réitère son déni des faits qui lui valent une condamnation de cinq ans de prison ferme en première instance. Lors de cet appel, la stratégie des avocats porte notamment sur des moyens de droit techniques, parmi lesquels figurent les exceptions de nullité évoquées en audience. Ces moyens visent, de façon générale, à contester la régularité de certaines étapes de la procédure ou l’admissibilité de pièces et témoignages.
De son côté, le président de la cour a manifesté sa volonté de diriger l’audience sans laisser l’affaire déraper vers des éclats politiques ou médiatiques. En sollicitant un éclaircissement de la part du prévenu sur un point juridique, Olivier Geron a pris une décision inhabituelle, qu’il a cependant justifiée par le caractère, selon lui, « exceptionnel » de la situation.
Cette séquence illustre la tension structurelle qui traverse ce procès d’appel : d’un côté, des questions procédurales techniques dont l’instruction peut décider de la portée du débat judiciaire ; de l’autre, la figure publique d’un ancien président qui continue d’alimenter l’intérêt médiatique et politique.
Un duel judiciaire annoncé
Le résumé sommaire de la journée s’en tient aux éléments apparus à l’audience : la confirmation par l’accusé de son innocence, l’inscription au registre des moyens de droit et l’intervention du président pour obtenir une précision juridique. Le ton de l’audience est resté formel, mais l’appel à la barre a contribué à renforcer l’impression d’un affrontement qui pourrait se prolonger.
Les avocats des parties, en s’en tenant aux arguments juridiques, annoncent une audience prolongée. Le traitement des exceptions de nullité et l’examen des moyens soulevés devraient occuper une place importante dans la suite de l’instruction au fond. Dans ce contexte, chaque intervention — même brève — prend une dimension stratégique.
Sur le plan factuel, la condamnation à cinq ans de prison ferme prononcée en première instance reste le point de départ de cet appel. Nicolas Sarkozy, en réitérant son absence de culpabilité, maintient la ligne de défense publique qu’il avait déjà adoptée lors du premier procès.
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