Les candidats indépendantistes ont connu des défaites nettes lors des élections municipales dans la majorité des 48 communes de Polynésie française, malgré la victoire du mouvement Tavini Huiraatira aux territoriales de 2023 et son entrée au pouvoir il y a trois ans. Ces revers locaux traduisent des difficultés internes et une fragmentation du vote indépendantiste qui ont pesé sur la stratégie électorale du parti.
Contexte : une majorité territoriale fragilisée par les divisions
Le Tavini Huiraatira, historiquement uni autour de son président-fondateur Oscar Temaru, s’est scindé en deux courants depuis son accession aux responsabilités. D’un côté, Moetai Brotherson, président de la Polynésie française, apparaît comme un courant modéré capable de rassembler hors de l’électorat traditionnel du parti. De l’autre, Antony Géros, président de l’assemblée locale, porte une ligne plus radicale et favorable à une accélération du processus d’indépendance.
Les cadres du parti et le maillage communal restent majoritairement proches de la ligne portée par Oscar Temaru, que l’on décrit comme plus radicale. Cette configuration a entraîné des tensions internes sur les candidatures locales et sur le choix des soutiens officiels, quand bien même Brotherson est lié à Temaru par un lien familial : Moetai Brotherson est le gendre d’Oscar Temaru.
Effet sur la campagne municipale et résultats
Les divisions ont eu des conséquences pratiques lors des municipales : dans plusieurs communes, le Tavini a présenté des candidatures concurrentes ou a désavoué des candidats perçus comme proches du courant modéré. Résultat : des voix dispersées et, dans de nombreux cas, des scores faibles pour des candidats pourtant bien implantés localement.
Le constat général est celui d’un effritement du vote indépendantiste au niveau communal. Même lorsque des candidats avaient un ancrage politique ou social solide, le soutien fractionné du parti a favorisé le succès d’alternatives autonomistes ou d’élus indépendants. Sur le plan électoral, cette dynamique a permis à des formations non indépendantistes ou à des personnalités locales de consolider leurs positions dans plusieurs communes.
Cas de Papeete : une quadrangulaire révélatrice
La ville de Papeete illustre de manière nette les effets de ces divisions. La quadrangulaire opposait deux candidats autonomistes et deux candidats indépendantistes, et a vu l’emporter Rémy Brillant, un autonomiste sans étiquette partisane soutenu par le maire sortant Michel Buillard, en place depuis 1995. Il recueille 43,4 % des voix.
Le jeune indépendantiste Tematai Le Gayic, âgé de 25 ans et lâché par son propre parti, obtient la deuxième place avec 23,3 %. L’autonomiste René Temeharo, appuyé par le parti Tapura, arrive troisième avec 22,2 %. Enfin, Tauhiti Nena, qui bénéficiait du soutien officiel du Tavini, termine dernier avec 11 % des suffrages.
Ces chiffres soulignent deux phénomènes : la capacité des soutiens locaux, comme l’appui de Michel Buillard, à peser fortement dans le résultat, et la difficulté pour le Tavini de convertir sa majorité territoriale en succès municipaux quand il n’existe pas d’unité de candidature.
À l’échelle de l’archipel, le recul relatif des indépendantistes aux municipales pose la question de l’équilibre politique entre le pouvoir territorial et les élus locaux. Le fossé entre courants modérés et radicaux au sein du Tavini a transformé des élections locales, d’ordinaire déterminées par des enjeux municipaux, en un terrain d’affrontement intra-partisan.
Face à ces résultats, le parti devra, s’il souhaite maintenir sa dynamique territoriale, clarifier ses modes de désignation des candidats et gérer ses divisions internes. En l’état, les municipales montrent que la victoire aux territoriales ne garantit pas une implantation homogène sur le terrain communal.





