Le directeur du renseignement national des États‑Unis, Tulsi Gabbard, a déclaré par écrit à une commission sénatoriale que l’Iran n’avait pas relancé son programme d’enrichissement nucléaire après les frappes américaines de 2025. Cette affirmation, communiquée dans une missive transmise le mercredi 18 mars, contredit l’argument avancé par le président Donald Trump pour justifier certaines opérations militaires récentes.
Ce que dit la déclaration écrite
Dans sa déclaration adressée au Sénat et relayée par Le Figaro, Tulsi Gabbard affirme : « À la suite de l’opération ‘Midnight Hammer’, le programme d’enrichissement nucléaire iranien a été anéanti. Depuis lors, aucun effort n’a été entrepris pour tenter de rétablir leurs capacités d’enrichissement. » L’opération dite « Midnight Hammer » renvoie aux frappes américaines de juin 2025 visant des installations liées au programme nucléaire iranien.
La directrice du renseignement ajoute un détail sur l’état matériel des sites visés : « Les entrées des installations souterraines qui ont été bombardées ont été recouvertes de terre et bouchées avec du ciment. » Ces passages figuraient dans le texte écrit mais, selon le compte rendu, n’avaient pas été lus lors de son audition orale devant la commission d’enquête sénatoriale.
Contestations et réactions au Sénat
Le sénateur démocrate Mark Warner a souligné cette omission, accusant Tulsi Gabbard d’avoir « omis à l’oral les parties qui contredisent le président ». L’enjeu politique est direct : le président Donald Trump avait motivé l’attaque du 28 février en évoquant une « menace nucléaire imminente », argument qui semble, selon la déclaration écrite du renseignement, moins étayé si l’on s’en tient à l’état des capacités d’enrichissement iraniennes après 2025.
La divergence entre l’analyse écrite et les déclarations publiques nourrit un débat sur la cohérence des motifs avancés pour les actions militaires et sur la manière dont les informations du renseignement sont communiquées aux élus et au public.
Départ au sein des services et positionnement officiel
Le dossier a pris une autre tournure avec la démission, mardi 17 mars, de Joe Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, qui a quitté son poste en raison de son opposition au conflit. Selon ses déclarations, le régime iranien « ne représentait aucune menace imminente » pour les États‑Unis. Cette prise de position publique a renforcé les interrogations au sein des services et du Congrès.
En réaction, Tulsi Gabbard, supérieure hiérarchique de Joseph Kent, a rappelé sur la plateforme X que seul le président avait la responsabilité d’évaluer ce qui constitue « une menace imminente ». Elle a réaffirmé ce positionnement lors de ses échanges avec la commission.
Bilan et perspectives selon le renseignement
Dans sa note, Tulsi Gabbard dresse un premier bilan des effets des opérations militaires : « le régime iranien est intact, mais fortement affaibli en raison des attaques visant ses dirigeants et ses capacités militaires. » Elle avertit toutefois sur l’horizon temporel : « Si ce régime hostile survit, il cherchera probablement à recommencer un effort à long terme visant à reconstruire ses missiles et drones. »
Ces observations distinguent l’efficacité ponctuelle des frappes — réduction ou destruction d’installations et capacités ciblées — d’un risque stratégique plus long terme, lié à une possible reconstruction d’arsenaux par l’Iran si le régime perdure.
La publication de la déclaration écrite et les réactions qu’elle suscite relancent le débat sur la transparence des évaluations du renseignement et sur la manière dont ces évaluations sont intégrées aux décisions politiques et militaires. Elles alimentent également les interrogations sur les conséquences régionales d’un conflit désormais régionalisé et sur la trajectoire que prendra la reconstruction des capacités militaires iraniennes à plus long terme.





