Le débat télévisé de l’entre-deux-tours pour la mairie de Paris a mis en relief des tensions et des alliances inattendues entre les trois principaux candidats qualifiés pour le second tour : Emmanuel Grégoire (gauche unie hors LFI), Rachida Dati (droite et centre) et Sophia Chikirou (LFI). Les échanges, vifs, ont recentré la campagne sur la question des soutiens extérieurs et sur l’enjeu du basculement politique dans la capitale.
Accusations et ralliements : Dati pointée du doigt
Sur BFMTV et Le Figaro TV, Emmanuel Grégoire a déclaré n’avoir « qu’une seule adversaire, c’est Rachida Dati », qualifiant Sophia Chikirou davantage de « concurrente ». Il a surtout attaqué la candidate de droite en l’accusant de dépendre du « soutien explicite de l’extrême droite parisienne et nationale ». Grégoire a cité des responsables ayant apporté leur soutien, nommant notamment Jordan Bardella et Bruno Gollnisch, et a ironisé : « On dirait le comité de soutien de Marine Le Pen. C’est une faute morale. »
Rachida Dati, pour sa part, a assumé le ralliement des électeurs d’extrême droite après le retrait de la liste conduite par l’eurodéputée Sarah Knafo, qui avait obtenu 10,4 % au premier tour. Dati a salué cette décision comme « sage et responsable », estimant que l’objectif était d’empêcher « une victoire de la gauche » à Paris. Elle a répété son propos au micro d’Europe 1 : « Je salue évidemment ces actes de responsabilité, parce que quel est l’enjeu ? C’est d’avoir une gauche radicale qui poursuive la dégradation et le déclin de Paris. »
Chikirou maintient sa ligne et dénonce le refus de fusion
Sophia Chikirou, qui s’est classée troisième au premier tour, a pour sa part maintenu sa candidature et dénoncé le « refus » de fusionner de la part d’Emmanuel Grégoire. Elle a renvoyé dos à dos les deux favoris en affirmant que « Paris n’a pas besoin d’une maire des riches, ni d’un maire qui tourne le dos aux luttes sociales ». Chikirou se présente ainsi comme la seule opposante à Rachida Dati, au moment où le scrutin s’oriente vers une triangulaire ou un duel serré selon les circonscriptions.
Emmanuel Grégoire a reconnu l’existence de « points communs » avec la députée insoumise, mais il a souligné que « la dureté » de sa campagne rendait « impossible toute alliance ». Le ton employé pendant la campagne a été présenté comme un obstacle majeur aux négociations d’entre-deux-tours.
Contexte médiatique et recours
Initialement, Sophia Chikirou n’avait pas été invitée à ce débat d’entre-deux-tours. BFMTV est ensuite revenu sur sa décision après une protestation émise par la formation de Jean-Luc Mélenchon, qui a saisi l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom). L’invitation tardive a ajouté une dimension institutionnelle au face-à-face, soulignant l’importance des règles de représentation des forces politiques dans les médias lors d’un temps fort de la campagne.
Au-delà des questions de présence médiatique, le débat a mis en avant des stratégies de coalition dissonantes : d’un côté, la droite et le centre misant sur un ralliement des électeurs de liste retirée ; de l’autre, la gauche unie excluant LFI de sa liste mais refusant la fusion en cas de tensions personnelles et politiques.
Emmanuel Grégoire, qui était en tête du premier tour avec 37,98 %, a cherché à présenter le second tour comme un choix entre deux modèles de gestion de la ville. Rachida Dati, en revendiquant le soutien des électeurs ayant suivi Sarah Knafo, a essayé de consolider une majorité capable de contrer la gauche radicale. Sophia Chikirou, en maintenant sa candidature, veut peser sur le positionnement politique futur de Paris en restant force d’opposition visible.
Le débat a ainsi cristallisé les enjeux essentiels du scrutin : la capacité des listes à transformer des soutiens ponctuels en voix effectives, la normalisation ou non des alliances avec des formations d’extrême droite, et la manière dont les tensions internes à la gauche influencent les équilibres locaux. À quelques jours du second tour, ces éléments resteront déterminants pour l’issue de la course à la mairie de Paris.
© Agence France‑Presse





