Le sénateur LR Thierry Meignen a contesté sa défaite aux élections municipales du Blanc-Mesnil et annoncé qu’il déposerait un recours après le second tour qui s’est tenu dimanche 22 mars. Sous des huées, il a évoqué « un certain nombre d’irrégularités majeures » avant de quitter la mairie sous escorte de la police municipale.
Un duel serré et des contestations
Au premier tour, Thierry Meignen avait obtenu 44,89 % des voix. La fusion des deux autres listes qualifiées a permis à Demba Traoré, candidat divers gauche, de renverser la situation. Au second tour, Traoré l’a emporté avec une avance de 448 voix.
Le parlementaire a dénoncé publiquement des irrégularités et a indiqué vouloir engager un recours. Ces déclarations interviennent dans un climat tendu, marqué par des échanges vifs entre élus et par la diffusion de propos polémiques attribués au sénateur dans la presse.
Propos rapportés, plainte pour menaces et réactions
Dans un entretien publié au Figaro mardi, Thierry Meignen a exprimé son amertume et tenu des propos très durs sur l’évolution de la ville et du département. Il y déclare notamment : « Le département est foutu ! » et évoque « le vote communautaire et le clientélisme » en Seine-Saint-Denis.
Ces prises de position ont suscité des réactions. Le sénateur PCF Fabien Gay a condamné, dans un communiqué, des « mots indignes » et évoqué un « mépris profond pour les habitants des quartiers populaires », estimant que Meignen réduisait des électeurs à des « racailles » ou à des électeurs « communautaristes » pour expliquer sa défaite.
Les principaux remous proviennent toutefois de propos rapportés dans un reportage du Monde. Selon le quotidien, Thierry Meignen aurait tenu des menaces de mort à l’encontre de la journaliste et autrice Nassira El Moaddem, auteur de l’enquête Main basse sur la ville, publiée en février. Les propos cités comprennent des formules explicites de menaces que le sénateur démentra ou contestera éventuellement dans le cadre des procédures engagées.
La journaliste Nassira El Moaddem et son éditeur, les éditions Stock, ont déposé plainte mardi contre Thierry Meignen pour menaces de mort, selon la plainte consultée par l’AFP. Dans un communiqué, les éditions Stock indiquent avoir « pris connaissance avec sidération des propos » attribués au sénateur. Sur son compte Facebook, la journaliste a aussi décrit des épisodes d’intimidation et de vol de matériel qu’elle dit avoir subis, et s’interroge sur la prochaine étape face aux menaces et aux injures rapportées.
Allégations sur des subventions et liens politiques
Le livre de Nassira El Moaddem accuse l’ancien maire d’avoir mis en place, pendant les dix années où il a dirigé la ville, des pratiques clientélistes et d’être « un zemmouriste de la première heure », selon le résumé des éléments publiés. Ces accusations sont présentées comme des enquêtes et des analyses dans l’ouvrage.
Parmi les faits évoqués figure une subvention de 20 000 euros accordée en décembre 2020 à une association nommée « Alexandre et Aristote », créée deux mois plus tôt et dirigée, d’après le livre, par Sarah Knafo. Cette structure aurait acheté pour 18 000 euros de livres à la bibliothèque municipale, dont six ouvrages d’Éric Zemmour, selon les éléments publiés. L’association, qui promettait des actions envers des lycéens du Blanc-Mesnil, n’aurait pas, d’après le livre, rempli la mission attendue.
Thierry Meignen a affirmé, après publication de ces allégations, que Sarah Knafo avait remboursé la subvention à la commune. Ces déclarations sont rapportées dans la presse et font partie des points de controverse autour de la campagne municipale.
En 2021, après son élection au Sénat, Meignen avait placé Jean‑Philippe Ranquet (LR) à la tête de la mairie, détail qui figure également parmi les éléments de contexte cités par les enquêtes et articles de presse publiés pendant la campagne.
La procédure judiciaire lancée par la journaliste et son éditeur vise à faire la lumière sur les menaces rapportées et à préserver l’exercice du travail journalistique. De son côté, le sénateur a annoncé son intention de contester le résultat électoral, ouvrant une phase juridico-politique dont l’issue dépendra des recours et des enquêtes en cours.





