La journaliste et autrice Nassira El Moaddem a annoncé qu’elle portait plainte après avoir appris que le sénateur Thierry Meignen lui aurait adressé des insultes et des menaces de mort, des propos rapportés par une consœur dans la presse à la veille du second tour des élections municipales au Blanc‑Mesnil (Seine‑Saint‑Denis).
Les propos rapportés et leur contexte
Selon le récit publié le 23 mars par Ivanne Trippenbach dans Le Monde, les mots prononcés par le sénateur — « Je vais la fouetter. J’irai au bout, elle va mourir, je la tue » et « une salope » — auraient été tenus « 48 heures avant le scrutin », alors que Thierry Meignen réagissait vivement à l’enquête publiée par Nassira El Moaddem.
La journaliste affirme avoir découvert ces déclarations par l’intermédiaire de sa consœur. Contacté par franceinfo, Thierry Meignen n’a, selon les informations communiquées, pas répondu aux sollicitations.
Ce que documente l’enquête visée
Le livre de Nassira El Moaddem, Main basse sur la ville. Enquête au Blanc‑Mesnil, est paru le 11 février 2026. Fruit d’un travail entamé en 2020 et de six années d’investigation, l’ouvrage de 500 pages décrit, selon son auteure, un système municipal instauré entre 2014 et 2021. Elle y évoque « clientélisme, népotisme, chasse aux sorcières, censure, racisme, affairisme immobilier, manipulation, harcèlement » et soutient que la ville, historiquement communiste pendant plus de 80 ans, a basculé vers une droite qu’elle qualifie d’« extrême » ou « extrême droite ».
Dans son récit, Nassira El Moaddem cite des alliances idéologiques et des liens supposés entre des cadres locaux et des personnalités nationales, ainsi que l’attribution d’une subvention à une association présidée par Sarah Knafo. Le livre cherche à documenter les pratiques de pouvoir municipal et leurs effets humains, selon l’auteure.
La réaction de la journaliste et le dépôt de plainte
Choquée par les menaces et l’injure à caractère sexiste, Nassira El Moaddem a déclaré qu’il « n’était pas question de laisser passer » ces propos et a précisé qu’elle avait décidé, avec sa maison d’édition (Stock), de déposer une plainte. Elle a insisté sur le devoir d’exemplarité attendu d’un élu de la République et sur le caractère inacceptable des menaces de mort, quel que soit le différend sur le fond de l’enquête.
Dans ses déclarations, elle souligne par ailleurs que cet épisode illustre, selon elle, la violence verbale reconnectée à la violence systémique décrite dans son enquête : « Je suis choquée, mais je me demande si cette violence verbale n’illustre pas finalement une violence systémique telle que je l’ai décrite dans mon livre enquête. »
Résultats électoraux et implications locales
Au scrutin, Thierry Meignen, sénateur depuis 2021 et ancien maire du Blanc‑Mesnil (2014–2021), n’a pas été élu. Il a été battu par une liste conduite par Demba Traoré, issue de la fusion de trois listes adverses : une liste citoyenne, la liste communiste — historique opposition dans la commune — et une liste de centre‑droit. Elu au Sénat en 2021 en vertu de la loi sur le non‑cumul des mandats, Meignen était décrit comme encore très présent dans la gestion municipale par son ancienne équipe, selon les éléments rapportés.
Les faits tels que rapportés soulèvent des questions sur la responsabilité des représentants publics dans leurs échanges avec la presse et sur la protection des journalistes face aux agressions verbales et aux menaces. La démarche de porter plainte engage une procédure pénale qui permettra, le cas échéant, d’établir la matérialité et la qualification des propos.
Dans l’immédiat, le dépôt de plainte marque la volonté de l’intéressée de ne pas laisser impunis des propos qu’elle juge constitutifs d’une infraction, tandis que le débat local reste marqué par les accusations portées dans l’enquête et par les tensions révélées par la campagne électorale au Blanc‑Mesnil.















