Un nouveau maire, et une urgence très concrète
Quand un nouveau maire prend ses fonctions, la question n’est pas seulement politique. Elle est immédiate : qu’est-ce qui change, dès les premiers jours, pour les familles, pour le logement, pour les écoles ? À Paris, Emmanuel Grégoire a choisi de répondre d’abord sur un sujet sensible : le périscolaire.
Dimanche, le socialiste a été officiellement élu maire de Paris par le Conseil de Paris, avec 103 voix sur 163. Il succède à Anne Hidalgo après la victoire de sa liste de gauche unie, hors La France insoumise, lors des élections municipales. Son premier discours a fixé une priorité claire : remettre à plat l’organisation du périscolaire, secouée par un scandale de violences sexuelles sur des enfants.
Périscolaire, logement, méthode : les trois premiers chantiers
Le périscolaire désigne les temps qui entourent la classe : accueil du matin, pause du midi, études, activités après la classe. C’est un service de proximité, mais aussi un rouage essentiel pour des milliers de familles. À Paris, ce secteur est aujourd’hui fragilisé par des révélations graves sur des violences commises par des animateurs. Emmanuel Grégoire a promis une réponse radicale, avec un mot d’ordre : « tolérance zéro ».
Le nouveau maire veut d’abord « tout reprendre depuis le début ». Il annonce un conseil de Paris extraordinaire à la mi-avril sur le sujet. L’enjeu est simple : mieux protéger les enfants, mieux contrôler les intervenants et renforcer la confiance des parents. La Ville de Paris a déjà présenté un plan d’action contre les violences faites aux enfants, avec plusieurs mesures sur le repérage, l’écoute et la protection des mineurs. La séquence politique s’inscrit donc dans une crise plus large, qui touche directement la gestion municipale des écoles et des temps d’accueil.
Emmanuel Grégoire a aussi placé le logement tout en haut de sa feuille de route. Il promet d’aller « vite et fort », alors qu’il a fait de la création de 60 000 logements publics, sociaux ou abordables, un engagement de campagne. À Paris, la tension locative reste très forte. Le cadre juridique existe déjà : l’encadrement des loyers s’applique dans la capitale, et les locataires peuvent signaler un non-respect à la Ville. La mairie veut désormais faire appliquer plus strictement ces règles et renforcer la protection des locataires.
Sur ce terrain, le nouveau maire veut aussi agir sur l’offre. Il affirme que « aucun mètre carré » ne doit rester inutile ou inutilisé. Il promet enfin une mobilisation pour qu’« aucun enfant ne dorme à la rue » l’hiver prochain. Derrière la formule, il y a un problème bien réel : à Paris, la pression sur le logement alimente les expulsions, les hébergements d’urgence et la précarité des familles.
Ce que change cette première séquence politique
Le premier message est institutionnel : Emmanuel Grégoire veut marquer une rupture de méthode avec Anne Hidalgo. Il insiste sur la proximité, la disponibilité et le travail de terrain. Il parlera de lui comme du maire de « l’hyper-proximité ». Ce choix dit quelque chose de sa stratégie : montrer que l’Hôtel de Ville ne veut pas seulement administrer, mais aussi réparer et rassurer.
Le deuxième message est politique. La nouvelle majorité compte 103 conseillers, soit dix de plus que sous la précédente mandature. En face, l’opposition de droite et du centre ressort affaiblie, avec 51 élus. Cela compte, parce que le Conseil de Paris est l’enceinte où se discutent les orientations, les budgets et les arbitrages concrets. La nouvelle équipe pourra donc avancer, mais sous surveillance.
La composition de l’exécutif montre aussi les équilibres internes de la majorité. Lamia El Aaraje devient première adjointe. Anne-Claire Boux récupère les affaires scolaires et la petite enfance. Johanne Kouassi prend les finances. François Vauglin hérite de l’urbanisme, et Jacques Baudrier reste en charge du logement. La présence écologiste y est plus forte que dans la majorité d’Anne Hidalgo en 2020, ce qui pèsera sur les choix en matière d’aménagement, de sobriété et d’espace public.
Sur le fond, les annonces touchent d’abord les habitants. Pour les parents, la priorité va à la sécurité dans le périscolaire. Pour les locataires, elle va à l’application des règles sur les loyers. Pour les ménages fragiles, elle passe par l’accès au logement social et à l’hébergement d’urgence. C’est là que se mesure, très concrètement, le mandat municipal.
Un Conseil de Paris déjà sous tension
La suite s’annonce disputée. La droite promet d’attaquer la nouvelle majorité sur la dette, un sujet devenu central dans le débat parisien. Les élus de l’opposition annoncent aussi des rapports de force plus rudes sur la gestion quotidienne. Rachida Dati, absente au moment de l’élection d’Emmanuel Grégoire, reste une figure importante de cette opposition. Sophia Chikirou, de son côté, veut incarner une opposition de gauche plus offensive, et elle l’a déjà dit : elle entend rappeler ses promesses au maire « matin, midi et soir ».
Le Conseil de Paris de mi-avril sera donc un premier test. Il dira si la majorité parvient à transformer les annonces en décisions, surtout sur le périscolaire. Il dira aussi si Emmanuel Grégoire peut imposer sa méthode sans se laisser enfermer dans les querelles héritées du mandat précédent. À Paris, le nouveau pouvoir municipal commence rarement dans le calme. Cette fois, il commence par la sécurité des enfants, la crise du logement et une bataille politique déjà ouverte.















