Un chauffage moins dépendant du gaz, c’est possible ?
Quand les prix de l’énergie s’emballent, les collectivités et les industriels cherchent des solutions plus stables. La géothermie revient alors dans la conversation, avec un atout simple : elle puise une chaleur locale, disponible sous nos pieds.
En France, le sujet n’est pas marginal. Les réseaux de chaleur et de froid deviennent un outil central de décarbonation, car ils permettent d’alimenter des bâtiments entiers avec une production mutualisée. Le ministère chargé de la transition écologique rappelle que ces réseaux peuvent s’appuyer sur plusieurs sources renouvelables, dont la géothermie peu profonde ou profonde. L’enjeu est double : réduire les émissions et limiter la dépendance aux énergies importées.
La géothermie, une énergie discrète mais déjà bien installée
La géothermie ne désigne pas une technologie unique. En surface, elle sert surtout aux bâtiments résidentiels et tertiaires. En profondeur, elle peut alimenter des réseaux de chaleur urbains, mais aussi certains sites agricoles et industriels. La différence tient à la profondeur des forages, à la température visée et à l’usage final. Les données officielles distinguent ainsi la géothermie de surface de la géothermie profonde, qui produit de la chaleur livrée à plus grande échelle.
Le gouvernement pousse clairement cette filière. L’ADEME indique que l’accélération de la géothermie profonde et de surface reste un axe prioritaire en 2025, dans le cadre d’un plan d’actions lancé en 2023. Le Fonds chaleur, piloté pour le compte de l’État, a déjà financé plus de 10 000 installations d’énergies renouvelables et de récupération depuis sa création. En 2024, 1 350 nouvelles installations doivent produire 3,6 TWh par an de chaleur renouvelable et de récupération.
Les chiffres donnent une idée du potentiel, mais aussi de la marge de progression. En 2023, la géothermie a fourni 2 TWh de chaleur livrée en France. Dans le même temps, les réseaux de chaleur ont consommé 63 % d’énergies renouvelables ou de récupération, mais le gaz naturel reste encore présent dans le bouquet énergétique. Autrement dit, la bascule est engagée, sans être achevée.
Pourquoi l’État mise sur cette solution
Le contexte énergétique a changé. Quand le gaz et le pétrole deviennent plus chers, les solutions locales gagnent en intérêt. C’est exactement l’argument mis en avant par les acteurs de la filière : une chaleur décarbonée, pilotable, et moins exposée aux crises internationales. La géothermie a aussi un avantage politique évident. Elle se voit peu, s’intègre dans les infrastructures de chauffage existantes et peut sécuriser les approvisionnements sur le long terme.
Cette logique explique l’appui des pouvoirs publics aux réseaux de chaleur. Le service public France Chaleur Urbaine a été conçu pour faciliter le raccordement des bâtiments situés près d’un réseau. En Île-de-France, les autorités soulignent que beaucoup d’immeubles restent chauffés au gaz ou au fioul alors qu’un réseau renouvelable passe à proximité. Là encore, la géothermie devient intéressante parce qu’elle s’adapte bien aux zones denses.
Ce que cela change pour les territoires
Pour une collectivité, la géothermie peut réduire la facture énergétique à moyen terme et stabiliser les coûts. Pour un bailleur, une université, un hôpital ou une usine, elle permet de sécuriser un approvisionnement en chaleur sans dépendre directement des marchés fossiles. Pour l’agriculture, elle peut aussi servir à des usages ciblés, comme le chauffage de serres ou certains procédés industriels nécessitant de la chaleur.
Le modèle économique reste toutefois lourd au départ. Il faut financer les études, le forage, les réseaux et les raccordements. C’est là que l’aide publique joue un rôle décisif. En Essonne, par exemple, l’ADEME a annoncé 27,7 millions d’euros de soutien pour un projet de géothermie. En Île-de-France, le Fonds chaleur a engagé près de 89 millions d’euros en 2025 sur 335 millions d’euros d’investissements. Ces montants montrent que la géothermie avance surtout quand l’État et les collectivités partagent le risque initial.
Il existe aussi une contrainte technique. Tous les sous-sols ne se valent pas. Le potentiel varie selon les territoires, et les forages profonds demandent une connaissance fine du terrain. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’Île-de-France concentre de nombreuses installations, tout en lançant encore de nouvelles campagnes de cartographie scientifique pour mieux identifier les zones favorables.
Une filière soutenue, mais pas sans limites
Les partisans de la géothermie insistent sur sa sobriété carbone, sa stabilité et son faible niveau de nuisance en surface. Les collectivités y voient un outil utile pour verdir des réseaux de chaleur déjà existants. Les industriels, eux, y cherchent une énergie plus prévisible. C’est un argument puissant dans une période de volatilité des prix de l’énergie.
Mais les obstacles ne disparaissent pas pour autant. Le temps de développement est long. Le coût initial reste élevé. Et le modèle dépend beaucoup du soutien public, au moins au démarrage. C’est pour cela que les rencontres organisées à Paris autour des réseaux de chaleur et de froid renouvelables prennent une portée politique réelle : elles servent autant à promouvoir la filière qu’à convaincre financeurs, élus et exploitants de passer à l’échelle.
Le vrai enjeu, désormais, n’est pas de savoir si la géothermie existe. Elle existe déjà. La question est de savoir si elle peut sortir du statut de solution prometteuse pour devenir une infrastructure de masse, capable de chauffer davantage de quartiers, d’usines et d’exploitations agricoles. Les prochains arbitrages publics sur les réseaux de chaleur, les aides du Fonds chaleur et les nouveaux projets régionaux diront jusqu’où la filière peut monter en puissance.















