Un groupe, cent ans d’histoire industrielle
Il existe des entreprises françaises dont on sous-estime la trajectoire. Le Groupe SEB en fait partie. Fondé en 1857, présent dans plus de 150 pays, il emploie aujourd’hui près de 34 000 personnes à travers le monde, dont une part significative sur le territoire national. Ses marques, Tefal, Moulinex, Rowenta, Krups, SEB, sont ancrées dans les cuisines et les intérieurs français depuis des générations. Ce n’est pas un symbole industriel parmi d’autres : c’est l’un des rares champions mondiaux du petit électroménager à avoir conservé une base de production et de recherche en Europe.
Le 2 avril 2026, ce groupe choisit de se présenter autrement. Non pas à travers un salon professionnel classique, ni une conférence de presse balisée. Mais via un défilé, numérique, inspiré des codes de la haute couture : le Fashion Domestic Show. Une première mondiale dans le secteur.
Quand l’industrie emprunte les codes de la mode
L’idée peut surprendre. Un aspirateur qui défile. Une friteuse sans huile présentée comme une pièce de collection. Et pourtant, le parallèle tient. La mode a depuis longtemps compris que la mise en scène est une forme d’argument. Que montrer un objet dans un contexte désirable, c’est déjà affirmer sa valeur.
Le Groupe SEB fait le même pari avec ses produits. En empruntant les codes du défilé, les collections, les pièces iconiques, il propose un regard inédit sur ce qu’il appelle l’innovation domestique. Ses produits ne sont plus seulement fonctionnels : ils sont présentés comme des objets de design, à la fois utiles, désirables et porteurs d’usage. Le vocabulaire change. Et avec lui, peut-être, la perception.
Ce choix de mise en scène n’est pas anodin dans un moment où les pouvoirs publics cherchent à revaloriser l’image de l’industrie française, notamment auprès des nouvelles générations. Attirer des talents, susciter de la fierté, transformer la perception d’un secteur souvent associé à la pénibilité ou au déclin : c’est aussi ce à quoi peut servir une communication ambitieuse.
La souveraineté industrielle, un sujet qui revient
La question de la souveraineté industrielle a retrouvé une actualité forte depuis la pandémie de 2020. La dépendance aux chaînes d’approvisionnement asiatiques, les pénuries de composants, les fermetures d’usines : autant de signaux qui ont remis sur la table le débat sur la désindustrialisation française et ses conséquences.
Dans ce contexte, des groupes comme SEB incarnent une réalité souvent oubliée : celle d’une industrie française qui a, en partie, résisté. Qui continue d’innover, de concevoir, de produire, et de recruter. Thierry de La Tour d’Artaise, président du groupe, a rappelé à plusieurs reprises l’importance de préserver des capacités industrielles en France et en Europe, face à des concurrents qui bénéficient de conditions sociales et fiscales très différentes.
La compétition internationale dans le petit électroménager est en effet particulièrement intense. Des acteurs asiatiques, en particulier chinois, ont conquis des parts de marché considérables grâce à des coûts de production structurellement plus bas. Dans ce contexte, la capacité à innover, à monter en gamme et à créer de la valeur perçue devient un levier de différenciation décisif. C’est précisément ce que cherche à illustrer le Fashion Domestic Show.
Un événement, une ambition politique et économique
Le Fashion Domestic Show ne s’adresse pas seulement aux journalistes et aux créateurs de contenu. Il cible aussi, explicitement, les décideurs politiques et économiques. Ce positionnement est révélateur d’une volonté du groupe de participer au débat public sur l’avenir de l’industrie française, et de montrer, par l’exemple, que modernité et ancrage territorial ne sont pas contradictoires.
Car c’est peut-être là l’enjeu le plus discret, mais le plus profond, de cet événement : démontrer qu’une entreprise industrielle centenaire peut se réinventer sans renier ce qu’elle est. Qu’elle peut adopter les codes de la culture contemporaine, du design, de la mode, tout en restant fidèle à son ADN d’accessibilité et de proximité avec les consommateurs.
La forme du défilé, spectaculaire et contemporaine, est un choix délibéré de rupture avec les conventions du secteur. Elle dit, en creux, quelque chose d’important : l’industrie française n’a pas à s’excuser de ce qu’elle est. Elle peut même se permettre d’être audacieuse.
Ce que cela dit de la communication industrielle
Au-delà du Groupe SEB, cet événement pose une question plus large sur la manière dont l’industrie française communique, ou ne communique pas, sur elle-même. Pendant des décennies, les entreprises industrielles ont laissé le terrain de la désirabilité aux secteurs du luxe, de la tech ou de la mode. Avec le Fashion Domestic Show, SEB propose une autre voie : investir ce terrain, avec ses propres produits, sa propre histoire, et une mise en scène à la hauteur de ses ambitions.
Si la formule fonctionne, elle pourrait bien inspirer d’autres acteurs du secteur. Et contribuer, modestement mais concrètement, à changer le regard que les Français portent sur leur industrie.















