Un nouveau maire, mais une vieille question reste entière
À Paris, le changement de visage à l’Hôtel de Ville ne change pas tout d’un coup. Ce qui compte, pour les habitants, c’est surtout une chose : qui décide, avec quelle équipe, et avec quelle méthode ?
Une passation de pouvoir très politique
Dimanche 29 mars 2026, Emmanuel Grégoire a été officiellement élu maire de Paris par le Conseil de Paris. Il a obtenu 103 voix sur 163, soit bien au-dessus de la majorité fixée à 52 voix. Les 60 bulletins restants étaient blancs.
Cette élection marque la fin des 12 années d’Anne Hidalgo à la tête de la capitale. Elle intervient après les élections municipales des 15 et 22 mars 2026. Emmanuel Grégoire a conduit une liste d’union de la gauche, sans La France insoumise, et a remporté le second tour avec 50,5 % des suffrages face à Rachida Dati.
Le Conseil de Paris réunit 163 conseillers. C’est lui qui élit le maire de la capitale lors de sa séance d’installation. À Paris, le maire n’est donc pas désigné directement par les électeurs, mais par l’assemblée issue du scrutin municipal.
Ce que ce vote dit de la nouvelle majorité parisienne
Le score d’Emmanuel Grégoire montre d’abord l’ampleur de sa base politique. Sa majorité compte 103 conseillers, soit dix de plus que lors de la précédente mandature. Elle rassemble des élus socialistes, écologistes, communistes, de Place publique et de L’Après, anciennement proche des Insoumis.
Cette pluralité est un atout. Mais c’est aussi un test. Gouverner Paris avec plusieurs familles politiques suppose d’arbitrer en permanence. Sur les transports, le logement, la propreté ou l’urbanisme, les priorités ne se confondent pas toujours.
Emmanuel Grégoire a annoncé vouloir incarner un maire “d’hyperproximité”. Le mot n’est pas anodin. Il dit une rupture avec une méthode jugée plus verticale sous Anne Hidalgo. Autrement dit, le nouveau maire promet moins de distance entre l’Hôtel de Ville et les arrondissements, plus de présence sur le terrain et davantage de liens avec les mairies d’arrondissement.
La transition a aussi une portée symbolique. Anne Hidalgo a elle-même salué son successeur au moment de la passation. Elle a ainsi refermé une séquence politique ouverte il y a plus d’une décennie, au terme d’une relation longtemps dégradée entre l’ancienne maire et son ex-premier adjoint. Ce passage de relais, très exposé, était autant institutionnel que personnel.
Une opposition affaiblie, mais pas effacée
En face, la droite sort diminuée du scrutin. Rachida Dati, battue à l’échelle parisienne, conserve la mairie du 7e arrondissement. Elle prend la tête du premier groupe d’opposition, baptisé “Paris, Liberté !”, qui réunit 32 élus. Ce groupe mêle des élus LR, centristes et indépendants, avec notamment des ralliés de Renaissance.
Un deuxième groupe d’opposition, “Paris apaisé”, rassemble les élus de la liste conduite par Pierre-Yves Bournazel. Il compte 11 conseillers. Le MoDem gardera aussi sa propre organisation. Enfin, neuf élus de La France insoumise entrent dans l’hémicycle sous la conduite de Sophia Chikirou, arrivée troisième au second tour avec 7,96 %.
Cette recomposition compte. À Paris, le Conseil n’est pas seulement une chambre d’enregistrement. Il vote le budget, fixe les grandes orientations et surveille l’exécutif. Une opposition moins nombreuse peut peser moins lourd en séance. Mais elle peut rester audible sur les sujets qui touchent directement les Parisiens : circulation, école, sécurité, tarifs municipaux, ou encore aménagement des quartiers.
La nouvelle donne politique est aussi plus fragmentée qu’avant. La droite n’est plus organisée autour d’un seul bloc. À gauche, les Insoumis font désormais leur entrée en force dans le paysage parisien. Cela rend les rapports de force plus mouvants. Et cela peut compliquer la recherche de compromis durables.
Les prochains mois diront si la majorité tient la distance
Le vrai sujet commence maintenant. Emmanuel Grégoire doit présenter son exécutif aux autres conseillers de Paris et installer sa méthode. La capitale entre dans une phase où chaque dossier comptera double : pour les politiques publiques, mais aussi pour la cohésion de la majorité.
À court terme, il faudra surveiller la manière dont cette coalition plurielle fonctionne. Les écologistes, les communistes, les socialistes et les autres alliés ne portent pas toujours les mêmes priorités. La question n’est donc pas seulement celle des premières annonces. Elle est aussi celle de la durée.
Autre point à suivre : la place de l’opposition. Rachida Dati veut structurer un groupe large et offensif. Les autres composantes cherchent, elles, à exister sans se faire absorber. Dans une ville où chaque signal politique est scruté, les équilibres du Conseil de Paris compteront vite autant que les grands discours.













