Plaine Commune : ce que l’élection de Bally Bagayoko change pour les habitants de Seine-Saint-Denis

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Bally Bagayoko a été élu président de Plaine Commune avec 46 voix sur 79. Cette bascule politique à Saint-Denis donne un nouvel exécutif à un EPT de 450 000 habitants, où se jouent aménagement et services publics.

À Saint-Denis, une victoire locale qui pèse bien au-delà de la ville

Quand on vote pour un maire, on choisit souvent aussi, sans le voir, une machine bien plus large. À Plaine Commune, ce vote décide de l’urbanisme, de l’espace public, de certains services et d’une partie du rapport de force entre communes de Seine-Saint-Denis. L’élection de Bally Bagayoko à sa présidence, ce mardi 21 avril, change donc l’équilibre d’un territoire de 450 000 habitants, où travaillent environ 2 200 agents.

Le contexte compte. Plaine Commune est un établissement public territorial, ou EPT : une structure intercommunale créée avec la métropole du Grand Paris pour gérer, à l’échelle de plusieurs villes, des compétences qui dépassent chaque commune prise isolément. Dans ce périmètre, les décisions sur la voirie, l’aménagement ou certains grands projets ne se lisent jamais seulement à l’échelle d’une mairie. Elles touchent des quartiers entiers, des communes plus ou moins dotées, et des habitants qui n’ont pas tous le même accès aux mêmes services.

Une présidence disputée, puis arrachée au vote

Le 21 avril, Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis et figure de La France insoumise, a été élu président de Plaine Commune par 46 voix sur 79 suffrages exprimés. Son concurrent, Karim Bouamrane, maire socialiste de Saint-Ouen-sur-Seine, a recueilli 32 voix. Une voix est allée à la communiste Sofia Boutrih, qui n’était pas candidate. La séance d’installation, tenue au siège de l’intercommunalité à Saint-Denis, a été tendue dès l’ouverture. Le vote consacre une bascule politique : le nouvel exécutif territorial passe sous la conduite d’un élu insoumis, pour la première fois à ce niveau.

Ce résultat intervient un mois après la conquête de la mairie de Saint-Denis par Bally Bagayoko. Il succède à Mathieu Hanotin, qui présidait jusque-là Plaine Commune. La commune nouvelle de Saint-Denis, née de la fusion entre Saint-Denis et Pierrefitte-sur-Seine au 1er janvier 2025, est devenue la deuxième ville la plus peuplée d’Île-de-France après Paris. À elle seule, elle pèse donc lourd dans l’équilibre interne du territoire.

Mathieu Hanotin a défendu son bilan avant le vote, en mettant en avant la lutte contre l’urgence climatique, l’action contre l’habitat indigne et la poursuite de quatorze projets de renouvellement urbain. En face, plusieurs élus ont dénoncé une gestion jugée trop verticale et des tensions entre communes. Le débat n’était pas seulement personnel. Il portait aussi sur la manière de répartir les moyens entre villes plus favorisées et villes plus fragiles, dans un territoire où les besoins sociaux restent massifs.

Ce que change Plaine Commune, très concrètement

Plaine Commune n’est pas un simple forum d’élus. C’est un outil opérationnel. Ses services interviennent sur l’espace public des neuf villes du territoire et concentrent une grande partie de leurs effectifs sur ces missions. En pratique, cela veut dire des décisions sur les rues, les aménagements, les usages du quotidien, mais aussi sur des choix d’investissement qui peuvent accélérer ou freiner la transformation de quartiers entiers. Les grands projets profitent souvent aux secteurs les mieux connectés et les plus attractifs. Les territoires en difficulté, eux, attendent davantage des arbitrages de solidarité.

Bally Bagayoko veut en faire un « outil politique », mais « dans l’intérêt des habitants du territoire », selon ses mots. Il met en avant trois priorités : l’eau, le service public et l’aménagement du territoire. Son discours parle aussi de cohésion. Il refuse une logique de division entre quartiers et entre villes. Dit autrement, il promet de ne pas laisser chaque commune négocier seule, au risque de renforcer les écarts entre celles qui ont une base fiscale plus solide et celles qui vivent davantage de la péréquation et des arbitrages collectifs.

Cette ligne peut avantager les communes populaires, si les décisions de Plaine Commune pèsent davantage sur la répartition des moyens et sur les équipements publics. Mais elle peut aussi inquiéter des maires qui craignent de perdre de la maîtrise locale, surtout sur les dossiers d’aménagement, de circulation ou de logement. C’est tout l’enjeu de ce type d’intercommunalité : mutualiser pour agir plus fort, sans effacer les intérêts parfois divergents des villes membres.

Les tensions politiques derrière le vote

La bataille de présidence a aussi pris une dimension nationale. Karim Bouamrane redoutait que Jean-Luc Mélenchon utilise Plaine Commune comme caisse de résonance dans la perspective de 2027. Il a même menacé de retirer plus de 26 millions d’euros de contributions financières de sa ville si Bally Bagayoko prenait la tête de l’instance. Ce bras de fer dit beaucoup du rôle de Plaine Commune : un échelon technique, certes, mais aussi un espace politique où chacun cherche à peser sur l’image, les priorités et les alliances.

Après l’élection, les deux hommes ont pourtant tenté d’éteindre l’incendie. Bally Bagayoko a assuré que chaque maire serait respecté et que Saint-Ouen aurait sa place dans l’EPT. Karim Bouamrane lui a répondu en saluant une « main tendue sincère », tout en réclamant le respect. Ce rapprochement de fin de séance montre une réalité simple : même dans un climat de confrontation, l’intercommunalité oblige à travailler ensemble. Aucun maire ne peut gouverner le territoire seul.

Plusieurs soutiens de Bally Bagayoko se sont appuyés sur un autre argument : la capacité à diriger un cadre collectif et transpartisan. Le député Éric Coquerel a aussi présenté cette victoire comme une preuve que la gauche radicale peut administrer un territoire complexe sans être réduite à un rôle d’opposition. À l’inverse, ses critiques y voient le risque d’un conflit permanent avec les autres communes, surtout si les dossiers sensibles — logement, eau, aménagement, financement — se transforment en rapport de force politique permanent.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le vrai test commence après l’élection. Il faudra suivre la composition du bureau territorial, la méthode de travail avec les maires de Saint-Ouen, d’Aubervilliers, de La Courneuve, de Stains, de Villetaneuse, de L’Île-Saint-Denis, d’Épinay-sur-Seine et de Saint-Denis, ainsi que les premiers arbitrages budgétaires et urbains. C’est là que l’on saura si cette présidence change seulement les mots, ou bien l’équilibre concret du territoire.

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