Pourquoi cette baisse d’image compte vraiment
Quand un responsable politique veut se projeter vers la présidentielle, sa popularité n’est pas un détail. C’est un carburant. Sans elle, il lui faut convaincre plus vite, parler plus fort et prendre plus de risques pour exister dans la course.
C’est exactement le moment que traversent Bruno Retailleau et Gabriel Attal. Le premier vient de s’imposer à la tête des Républicains. Le second tient désormais les commandes de Renaissance à l’Assemblée et prépare, lui aussi, la suite. Mais tous deux voient leur image s’éroder dans l’opinion, au moment même où ils cherchent à accélérer.
Les faits : deux leaders, deux campagnes qui se mettent en place
Le sondage Odoxa-Backbone Consulting pour Le Figaro montre une même tendance pour les deux hommes : Bruno Retailleau perd 10 points de bonnes opinions en un an, et Gabriel Attal en perd 11. Dans l’enquête, le patron des Républicains plafonne à 41% de bonnes opinions. Chez les adhérents LR, son intronisation est très largement soutenue : 87% la jugent positive, contre 50% dans l’ensemble de la population.
Le contraste est net. Chez les militants, la séquence est vécue comme un signal de rassemblement. Dans le pays, elle divise davantage. Cela dit beaucoup de la mécanique à l’œuvre : un parti peut se resserrer autour de son chef alors que l’électorat, lui, reste hésitant.
Du côté de Gabriel Attal, l’idée est la même : faire monter la pression, prendre date et transformer une notoriété déjà forte en base présidentielle. Le problème, c’est que sa popularité n’avance plus au même rythme que son agenda politique. Les enquêtes récentes le placent encore parmi les figures centrales du camp présidentiel, mais sans lui donner l’avantage décisif qu’il cherche.
Ce que cette baisse change concrètement
Une chute de popularité n’empêche pas de se lancer. En revanche, elle complique tout le reste. Elle rend plus difficile la constitution d’un camp, fragilise la capacité à imposer un récit et pousse les rivaux à relever la tête. Bruno Retailleau doit composer avec cette équation au moment où il veut incarner une droite de gouvernement plus dure sur les thèmes régaliens. Gabriel Attal, lui, doit prouver qu’il peut élargir son audience au-delà du socle macroniste.
Pour les deux hommes, l’enjeu est aussi interne. Le soutien des militants ou des parlementaires ne suffit pas. Il faut attirer les électeurs qui hésitent, les sympathisants fatigués, et surtout ceux qui comparent déjà plusieurs prétendants. Or les études d’opinion récentes montrent que, dans l’espace central et à droite, d’autres noms restent très solides, au premier rang desquels Édouard Philippe. Dans un sondage Ipsos-BVA de février 2026, il devance encore Gabriel Attal parmi les personnalités souhaitées à la présidentielle, tandis que Bruno Retailleau arrive derrière les principaux prétendants du bloc central.
Autrement dit, la bataille n’est pas seulement une bataille de notoriété. C’est une bataille d’utilité politique. Qui peut rassembler ? Qui peut durer ? Qui peut éviter la dispersion des voix à droite et au centre ? C’est là que l’image compte, mais aussi la crédibilité de l’offre.
Qui y gagne, qui y perd
La montée en première ligne de Bruno Retailleau bénéficie d’abord à LR. Le parti retrouve un visage clair, une ligne lisible et un chef capable de parler à son noyau dur. Mais cette clarification a un revers : plus le discours se durcit, plus il peut éloigner les électeurs modérés, ceux qui font souvent basculer une primaire, une liste ou un second tour.
Gabriel Attal joue, lui, sur un autre terrain. Son intérêt est d’occuper l’espace central avant qu’il ne soit trop tard. Renaissance n’a pas intérêt à laisser le terrain de la succession macroniste à d’autres figures. Mais là encore, la stratégie a un prix. Plus Attal s’affirme comme candidat naturel, plus il expose le camp présidentiel à ses contradictions internes et à la concurrence d’Édouard Philippe, déjà bien installé dans le paysage.
Pour les électeurs, l’effet est plus ambigu. Un chef qui s’impose peut rassurer. Il peut aussi inquiéter s’il apparaît trop calculateur, trop tôt en campagne, ou trop enfermé dans son propre camp. Les enquêtes d’opinion le rappellent régulièrement : la vitesse compte, mais elle ne remplace pas l’adhésion.
Les rapports de force derrière les chiffres
Il faut aussi lire ces sondages à travers le contexte politique du moment. La droite est éclatée entre plusieurs ambitions. Le centre, lui, cherche un successeur crédible à Emmanuel Macron sans se déchirer. Dans ce paysage, les figures les plus visibles captent l’attention, mais pas forcément la confiance. C’est ce qui explique le paradoxe actuel : Retailleau et Attal avancent, mais leur marge de progression reste fragile.
Cette fragilité est d’autant plus visible que les deux hommes n’ont pas le même profil. Retailleau capitalise sur l’autorité, l’ordre et la ligne. Attal mise sur la modernité, la réactivité et la capacité à parler au centre. Deux stratégies différentes. Deux électorats différents. Mais le même obstacle : transformer une présence forte dans le débat en majorité réelle dans le pays.
Horizon : ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se jouera dans les prochains rendez-vous électoraux et dans les prochains sondages. Le calendrier municipal puis la montée en puissance des enjeux présidentiels vont tester la solidité de ces deux trajectoires. La vraie question est simple : leur accélération suffira-t-elle à enrayer la baisse, ou les autres prétendants vont-ils continuer à creuser l’écart ?













