Présidentielle 2027 : Vallaud propose la démarchandisation pour sortir santé et services publics du profit

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À l’approche de 2027, Boris Vallaud pousse l’idée de démarchandisation. Il veut soustraire des services essentiels comme la santé à la logique du profit, en renforçant la place de la puissance publique et de structures à but non lucratif.

Qui décide encore de ce qui doit relever du marché ?

Dans la campagne qui vient, la bataille ne se jouera pas seulement sur les impôts ou l’école. Elle se jouera aussi sur une question très concrète : qu’est-ce qui doit rester hors de portée de la logique du profit ? C’est sur ce terrain que Boris Vallaud veut placer le Parti socialiste, avec un mot qu’il entend installer durablement : la « démarchandisation ».

Le député des Landes et président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale défend cette ligne dans un livre intitulé Nos vies ne sont pas des marchandises. L’idée est simple à formuler, plus délicate à traduire en politique : soustraire certains biens et services essentiels à la logique spéculative, et réserver le marché à ce qu’il présente comme des services de confort. Dans ses propres textes de référence, le PS dit vouloir recentrer les financements sur des missions de service public portées directement par la puissance publique ou par des structures associatives et coopératives guidées par l’intérêt général.

Le calendrier n’est pas anodin. Au sein du Parti socialiste, la préparation de 2027 avance en parallèle des tensions internes. Olivier Faure a été confirmé premier secrétaire du parti lors du congrès de 2025, avec 51,15 % des voix exprimées, dans un parti qui cherche encore sa ligne et ses équilibres. Boris Vallaud, lui, s’impose comme une voix à part dans ce paysage.

Ce que la « démarchandisation » changerait dans la vie réelle

Le cœur du raisonnement est politique autant qu’économique. Pour Vallaud, l’accès à la santé, à l’éducation, à l’eau, à l’électricité, aux soins à la personne ou à d’autres besoins essentiels ne devrait pas dépendre d’un pouvoir d’achat suffisant. Ce sont, selon lui, des conditions de la liberté, pas de simples produits. Cette idée rejoint une ligne que le PS pousse déjà sur plusieurs fronts : logement, école, retraites, services publics, fiscalité et financement de l’action publique.

Concrètement, une telle orientation favoriserait d’abord les ménages modestes, ceux qui encaissent le plus durement les hausses de prix, les franchises, les restes à charge et les accès inégaux aux services essentiels. Elle donnerait aussi davantage de sécurité aux territoires où le privé est peu présent ou peu rentable : petites communes, zones rurales, quartiers populaires. À l’inverse, elle rognerait les marges des acteurs privés qui vivent de la concurrence sur ces besoins de base, qu’il s’agisse d’opérateurs de services, de groupes de santé, de gestionnaires d’eau ou de prestataires liés à la dépendance et au funéraire.

Le raisonnement n’est pas celui d’un retour pur et simple à l’État centralisé. Les socialistes citent aussi des régies publiques de l’eau ou des services funéraires publics qui pratiquent des tarifs préférentiels. Autrement dit, l’enjeu n’est pas seulement idéologique. Il est très concret : qui fixe les tarifs, qui contrôle la qualité, qui encaisse la valeur créée, et qui supporte le coût quand le service devient indispensable ?

Un mot d’ordre utile, mais contesté dans sa famille politique

Pourquoi Boris Vallaud insiste-t-il maintenant ? Parce que, dans un PS en quête de cap, le vocabulaire compte. Le parti cherche à redevenir lisible à gauche sans se couper du reste de l’électorat. La « démarchandisation » lui permet de parler d’inégalités, de pouvoir d’achat, de services publics et de protection sociale avec une formule unique, plus offensive que la simple défense du service public.

Mais ce choix dit aussi quelque chose des rapports de force internes. Vallaud s’inscrit dans une ligne qui pousse le parti à se redéployer à gauche, au moment où d’autres au PS défendent plutôt une stratégie d’union large. La résolution « Front populaire 2027 » votée par les socialistes montre justement cette double ambition : faire du PS le cœur d’une candidature commune à gauche, tout en discutant avec des personnalités comme Raphaël Glucksmann et en travaillant les alliances à venir. Le parti veut donc à la fois un marqueur idéologique net et une coalition électorale la plus large possible.

Cette tension est aussi celle de la présidentielle. Une ligne plus nettement ancrée à gauche peut mobiliser des électeurs qui veulent une rupture avec le macronisme. Mais elle peut aussi compliquer la synthèse avec les écologistes, les communistes ou les sociaux-démocrates plus modérés. À l’inverse, une ligne trop centriste risque d’effacer le PS dans le paysage. Boris Vallaud joue donc une carte classique en politique : donner une colonne vertébrale doctrinale pour peser dans la négociation à venir.

Dans cette équation, les bénéficiaires ne sont pas les mêmes. Les usagers des services essentiels gagnent en protection si la puissance publique reprend la main. Les collectivités qui expérimentent déjà des régies ou des services publics locaux gagnent en légitimité. Les cadres du parti gagnent, eux, un récit commun. En revanche, les entreprises qui ont trouvé dans la santé, le logement ou la dépendance des marchés solvables voient poindre davantage de contraintes. C’est là que le débat devient politique : il ne s’agit pas seulement de savoir si le marché fonctionne, mais de décider jusqu’où la société accepte qu’il entre dans la vie quotidienne.

Ce qu’il faudra surveiller d’ici 2027

La suite se jouera sur deux scènes. D’abord, à l’intérieur du PS, avec la désignation ou non d’un candidat et la place que prendra la ligne Vallaud dans le projet collectif. Ensuite, dans le camp de la gauche non socialiste, où les discussions entre socialistes, écologistes et autres forces de gauche diront si l’union se fait autour d’un programme commun ou d’une addition de candidatures. La résolution adoptée par les socialistes indique déjà une trajectoire : faire de la présidentielle de 2027 le point d’aboutissement d’un travail engagé dès maintenant.

Autrement dit, le livre de Boris Vallaud n’est pas seulement un texte d’idées. C’est un marqueur de position dans une bataille beaucoup plus large : celle du chef, celle de la ligne, et celle du périmètre de la gauche capable d’arriver au second tour.

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