Quand un hôpital manque de bras, la question n’est pas théorique
Dans beaucoup d’hôpitaux, la vraie question n’est pas de savoir qui a raison dans une querelle diplomatique. C’est de savoir qui assure les gardes, qui tient les consultations et qui évite qu’un service tourne au ralenti. C’est dans ce décor qu’Emmanuel Macron a choisi de défendre les médecins diplômés hors Union européenne, en les décrivant comme des praticiens indispensables au système de santé.
La séquence s’est déroulée lundi 27 avril, à l’hôpital de Lavelanet, en Ariège. Le président a taclé ceux qui voudraient « se fâcher avec l’Algérie » et a ciblé une mécanique qu’il juge absurde : des médecins déjà en poste à l’hôpital qui doivent encore franchir des étapes administratives lourdes pour être pleinement titularisés.
Ce que sont les PADHUE, et pourquoi leur statut compte
Les PADHUE sont des praticiens diplômés hors Union européenne. Pour exercer en France, ils doivent suivre une procédure spécifique. L’inscription au tableau de l’Ordre des médecins est obligatoire pour exercer la médecine, et le conseil départemental vérifie la régularité des diplômes avant de statuer sur la demande d’inscription.
Le système ne se résume pas à un simple tampon administratif. Pour beaucoup de ces médecins, il faut réussir des épreuves de vérification des connaissances, les EVC, puis passer par une commission d’autorisation d’exercice. Le ministère a justement adapté la procédure en 2025, en créant une voie interne et en aménageant les modalités du concours pour tenir compte de l’engagement de ces praticiens déjà présents dans les établissements français.
Le sujet est sensible parce qu’il touche à deux urgences en même temps : sécuriser l’accès aux soins et respecter les règles d’accès à une profession réglementée. Quand la machine administrative se grippe, les hôpitaux perdent du temps, et les patients aussi. À l’inverse, quand elle s’assouplit trop, certains y voient un risque de baisse d’exigence ou d’inégalité de traitement avec les médecins formés en France.
Les chiffres montrent un système qui dépend déjà beaucoup de ces médecins
Au 1er janvier 2025, 19 154 médecins diplômés à l’étranger hors UE et officiellement inscrits exerçaient en France, selon les données de l’Ordre des médecins. Dans l’ensemble des médecins à diplômes obtenus hors UE, l’Algérie arrive en tête avec 36,2 % des diplômes recensés, devant la Tunisie et la Syrie. Les généralistes et certains spécialistes, surtout dans les zones sous-dotées, reposent déjà largement sur cette main-d’œuvre médicale.
Le même atlas de l’Ordre souligne un point clé : les médecins à diplômes étrangers sont davantage présents dans certains départements au centre de la métropole et autour du bassin parisien, mais aussi là où les densités médicales sont les plus faibles. Autrement dit, ils ne comblent pas tout, mais ils compensent une partie du manque là où l’offre locale est fragile.
Le poids de ces praticiens ne cesse pas de grandir. En 2026, l’Ordre indique que les médecins à diplômes étrangers représentent 14,2 % des médecins inscrits au Tableau. Il ajoute qu’ils jouent un rôle croissant dans l’équilibre démographique de certains territoires et spécialités. C’est une donnée décisive pour comprendre la prise de position présidentielle.
Ce que Macron veut corriger, et ce que cela change vraiment
Le président attaque d’abord la complexité du dispositif. Pour lui, faire repasser des concours à des médecins qui travaillent déjà à l’hôpital n’a pas de sens. Son message est simple : si un service dépend déjà de ces professionnels, l’État doit aller plus vite. Cette position profite aux hôpitaux en tension, aux patients des territoires mal dotés et aux praticiens concernés, qui attendent souvent une stabilisation de leur statut.
Mais cette simplification a aussi un revers. Elle peut inquiéter les médecins déjà installés en France, qui demandent des garanties sur le niveau de compétence et sur l’équité du système. L’Ordre des médecins reconnaît lui-même que l’amélioration de la démographie médicale ne règle pas les inégalités d’accès aux soins, qui restent fortes et appellent des réponses structurelles. En clair : accélérer l’intégration des PADHUE aide à boucher des trous, mais ne remplace pas une politique de fond sur la répartition des médecins.
Le contexte politique pèse aussi lourd. La tension entre Paris et Alger se mêle ici à un sujet très concret de santé publique. Bruno Retailleau, lui, a choisi de renvoyer la balle vers la question migratoire et les obligations de quitter le territoire français, les OQTF, plutôt que vers les lenteurs administratives dénoncées par le chef de l’État. Deux lectures s’affrontent donc : l’une met en avant l’utilité immédiate des médecins étrangers, l’autre cherche à replacer le débat dans une ligne plus dure vis-à-vis de l’Algérie et de l’immigration.
Les prochains jours diront si la phrase restera une sortie ou si elle ouvre une réforme
Sur le fond, l’exécutif a déjà commencé à bouger. En 2025, le ministère de la Santé a annoncé des ajustements des EVC et des mesures pour mieux intégrer les PADHUE qui exercent déjà en France. Le décret du 28 mai 2025 a aussi créé une voie interne au concours. Reste à voir si ces corrections suffisent à fluidifier durablement le parcours d’autorisation, ou si une réforme plus large sera encore nécessaire pour sortir d’un système à plusieurs vitesses.
Le vrai test se jouera donc dans les services, pas dans les déclarations. Si les procédures restent trop lentes, les hôpitaux continueront de s’appuyer sur des médecins déjà indispensables mais maintenus dans l’incertitude. Si elles s’accélèrent, l’État gagnera en cohérence, mais il devra aussi prouver qu’il ne baisse ni l’exigence médicale ni la clarté des règles. C’est là que se joue l’équilibre entre accès aux soins, sécurité des patients et respect du cadre d’exercice.













