Primaire présidentielle 2027 : pourquoi David Lisnard veut sortir de LR pour rassembler plus largement

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David Lisnard, maire de Cannes, revendique une ligne hors des Républicains pour viser la présidentielle 2027. Il défend une méthode de sélection jugée plus ouverte, tout en assumant l’idée de refuser le pouvoir quand il bride l’action.

À droite, la bataille de 2027 commence déjà

Qui peut encore rassembler la droite sans s’enfermer dans les querelles de sigles ? C’est la vraie question que pose David Lisnard, à un moment où la préparation de la présidentielle avance déjà à vive allure.

Le maire de Cannes a quitté Les Républicains le 31 mars pour se consacrer à son propre mouvement, Nouvelle Énergie. Depuis, il pousse une ligne simple : ne pas se laisser réduire au rôle de “rabatteur du libéralisme”, et viser clairement l’Élysée. Son entourage comme ses prises de parole publiques montrent une stratégie assumée : exister hors de LR, mais sans renoncer à peser sur la recomposition de la droite.

Ce départ n’a rien d’anecdotique. Il intervient alors que la droite cherche encore sa méthode pour 2027 : candidat unique, primaire interne ou primaire élargie. Lisnard, lui, défend depuis longtemps l’idée d’un processus de sélection le plus ouvert possible, quand d’autres veulent verrouiller la désignation au seul périmètre LR.

La sortie de LR, mais pas la sortie du jeu

Le 31 mars, Lisnard a quitté la direction des Républicains, où il occupait un poste de vice-président, pour se consacrer à la présidentielle de 2027 sous l’étiquette Nouvelle Énergie. Il explique avoir tranché après avoir jugé la ligne du parti trop ambiguë. À ses yeux, rester aurait brouillé son message et limité sa liberté de manœuvre.

Sa formule est claire : son objectif est de “gagner la présidentielle”, mais il dit aussi qu’on peut refuser le pouvoir quand il empêche d’agir ou contredit les convictions. Autrement dit, il ne veut pas apparaître comme un simple candidat de circonstance, mais comme celui qui incarne une refondation plus large. Cette logique colle à son positionnement habituel sur la décentralisation, la simplification et le retour de marges de décision pour les collectivités locales.

Dans le même temps, il n’abandonne pas l’idée d’une primaire. Au contraire, il continue de plaider pour un mécanisme de sélection large, capable d’agréger la droite et une partie du centre. C’est là que se joue son pari : transformer une famille politique fragmentée en espace de concurrence organisée, plutôt qu’en champ de bataille permanent.

Ce que cette stratégie change concrètement

Pour David Lisnard, l’intérêt est évident : se dégager d’un parti où il n’a plus de prise directe, tout en gardant une place dans le débat présidentiel. Pour son mouvement, c’est aussi une manière d’exister seul, avec une identité plus nette et un discours plus tranché sur la dépense publique, le local et la réforme de l’État.

Pour LR, en revanche, le calcul est plus risqué. Le départ d’un cadre visible affaiblit encore un parti qui cherche justement à éviter la dispersion à l’approche de 2027. La direction du parti tente de cadrer la procédure de désignation, mais cette méthode est contestée par ceux qui y voient un verrouillage trop étroit. Bruno Retailleau, président de LR, défend une ligne plus resserrée autour du parti, quand d’autres figures préfèrent une ouverture plus large.

Les gagnants potentiels d’une primaire ouverte sont faciles à identifier : les candidats capables de dépasser le seul socle LR, comme certains profils du centre droit ou des droites concurrentes. Les perdants seraient surtout les appareils partisans qui tiennent à garder la main sur la désignation. Plus la compétition s’élargit, plus le parti perd son pouvoir de filtration. C’est précisément ce que redoute une partie des cadres LR, qui rappellent l’échec des primaires de 2017 et 2022.

Il y a aussi une dimension très concrète. Dans une présidentielle française, la capacité à passer le premier tour dépend moins d’une pure cohérence doctrinale que de la faculté à agréger des électorats voisins. Lisnard parie sur cette mécanique. Il pense qu’un candidat de droite ne peut pas gagner seul avec LR. Il faut donc élargir, même si cela suppose d’ouvrir la porte à des concurrents extérieurs au parti.

Des critiques à droite, et une division qui ne se referme pas

La ligne Lisnard ne fait pas l’unanimité. À droite, plusieurs responsables considèrent qu’une primaire trop large risque de devenir ingérable, voire artificielle. Agnès Evren a dénoncé un “syndrome d’autodestruction” après le départ de Lisnard, tandis que d’autres élus jugent qu’on ne peut pas organiser une sélection sérieuse en diluant trop le périmètre politique.

Son idée d’une primaire allant du centre à une partie de la droite radicale suscite aussi des réserves. Plus on élargit, plus on additionne des lignes politiques difficiles à concilier. Pour les uns, c’est la seule façon de battre le RN au second tour. Pour les autres, c’est le meilleur moyen de fabriquer un candidat introuvable, car trop composite pour rassembler au moment décisif.

Cette tension dit quelque chose du moment politique. La droite veut revenir au premier plan, mais elle n’a pas encore trouvé son mode d’emploi. Entre un parti qui veut reprendre son autonomie, des personnalités qui visent plus large, et un centre qui regarde déjà vers 2027, chacun cherche l’architecture qui l’avantagera le plus. Les plus petits appareils espèrent survivre grâce à l’union. Les plus ambitieux, eux, veulent la faire à leurs conditions.

Ce qu’il faut surveiller dans les prochaines semaines

Le prochain signal fort viendra du mode de désignation choisi par LR pour la présidentielle de 2027. Si le parti s’oriente vers une primaire ouverte, Lisnard pourra dire qu’il a imposé son idée. Si la droite choisit au contraire une procédure plus fermée, il devra prouver qu’il peut exister en dehors de l’appareil sans perdre en influence.

Il faudra aussi suivre la capacité de Nouvelle Énergie à sortir du statut de mouvement personnel. Car pour transformer une ambition présidentielle en véritable force politique, il ne suffit pas d’avoir un discours. Il faut des élus, des relais locaux, une ligne stable et une stratégie d’alliances. C’est là que se jouera la différence entre un candidat qui pèse et un candidat qui occupe l’espace.

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