À l’approche de 2027, l’ancien vote Macron se disperse : le centre ne retient plus qu’un tiers de ses électeurs
L’étude de la Fondation Jean-Jaurès montre un ancien électorat macroniste fragmenté. Seuls 35% restent attachés au bloc central, tandis que la droite, la gauche et la lassitude progressent avant 2027.

Un électorat qui ne tient plus en bloc
Qu’est devenu l’électorat qui a permis à Emmanuel Macron de l’emporter en 2022 ? À un peu moins d’un an de la présidentielle de 2027, la réponse est brutale : il ne forme plus un bloc solide, mais une mosaïque de fidélités, de doutes et de glissements.
Une étude publiée le 29 mai 2026 par la Fondation Jean-Jaurès montre que seuls 35% des électeurs d’Emmanuel Macron au second tour de 2022 restent attachés au bloc central. Les autres se dispersent : 27% se disent tentés par la droite, 23% par la gauche et 15% se déclarent désabusés.
Le rappel historique compte. En 2022, Emmanuel Macron avait été réélu avec 58,55% des suffrages exprimés face à Marine Le Pen, selon les résultats définitifs validés par le Conseil constitutionnel. Son camp avait alors agrégé des électeurs venus de la gauche et de la droite, dans un paysage déjà éclaté.
Le centre ne suffit plus à lui-même
Le cœur de l’étude est là : même parmi les « héritiers », c’est-à-dire les électeurs encore proches du bloc central, la continuité ne s’impose pas. 34,5% disent avoir une forte probabilité de voter Horizons, le parti d’Édouard Philippe, et 32,5% Renaissance, désormais conduit par Gabriel Attal.
Autrement dit, le bloc central ne se contente plus d’être contesté par ses adversaires. Il est travaillé de l’intérieur par une concurrence directe entre deux anciens Premiers ministres, tous deux installés dans l’espace macroniste mais avec des styles et des rythmes différents.
Édouard Philippe, qui a annoncé sa candidature à la présidentielle de 2027 en septembre 2024, s’appuie sur une image de stabilité et de sérieux. Gabriel Attal, lui, a officialisé sa candidature le 22 mai 2026 et cherche à incarner une relance plus offensive. La bataille n’oppose pas seulement deux personnes. Elle révèle aussi un problème de fond : que vendre à un électorat qui ne veut plus d’une simple continuité ?
Ce que veulent les différents morceaux de l’ancien macronisme
L’étude distingue quatre profils. Les « héritiers » restent les plus proches du centre. Mais, sur le fond, ils ne demandent pas un simple prolongement du macronisme. 57% d’entre eux souhaitent « réformer la société française en profondeur ». Le vote d’adhésion au camp présidentiel est donc de plus en plus conditionnel.
Pour les électeurs « tentés par la droite », le basculement se fait d’abord sur l’immigration et l’identité. 67% jugent que la maîtrise de l’immigration sera déterminante dans leur vote, et 70% estiment qu’il y a trop d’immigrés en France. Ce segment peut bénéficier à la droite classique, mais aussi au Rassemblement national si le discours de fermeté apparaît plus crédible que celui du centre.
Les « tentés par la gauche » regardent, eux, vers les enjeux sociaux et environnementaux. Urbains et diplômés, ils sont 59% à placer la préservation de l’environnement parmi leurs priorités. Ce groupe peut alimenter une offre de centre-gauche, voire un vote plus écologiste, si celui-ci paraît plus lisible que le bloc central.
Enfin, les « désabusés » sont les plus éloignés de l’ancienne promesse macroniste. 51% se disent insatisfaits du bilan d’Emmanuel Macron. Ils ne ferment pas forcément la porte à une nouvelle offre, mais ils n’achètent plus automatiquement l’argument du « vote utile » contre les extrêmes.
Le barrage ne mobilise plus autant
C’est sans doute le point politique le plus sensible. Pendant des années, le camp central a pu compter sur une logique de rempart : voter pour lui afin d’éviter un duel avec l’extrême droite ou avec La France insoumise. Cette stratégie reste présente dans le débat public, mais elle convainc moins, y compris dans le noyau dur des électeurs macronistes de 2022.
Pour les bénéficiaires potentiels, cela change beaucoup de choses. Édouard Philippe et Gabriel Attal ne peuvent plus miser seulement sur la peur d’un second tour jugé menaçant. Ils doivent proposer une ligne lisible, une méthode, et surtout un cap. Sans cela, chacun risque d’apparaître comme un simple gestionnaire d’héritage.
Le rapport de force est aussi social. Les électeurs les plus sensibles aux questions d’ordre, d’immigration et d’identité ne vivent pas la campagne comme ceux qui placent l’écologie ou les questions sociales au premier plan. Les uns peuvent être attirés par un durcissement du discours. Les autres veulent une offre plus verte, plus sociale, parfois plus critique du bilan du quinquennat.
Une primaire de fait dans le bloc central
La concurrence entre Horizons et Renaissance ressemble de plus en plus à une primaire sans les règles d’une primaire. Le problème est simple : si les deux camps poursuivent leur route jusqu’au bout, ils risquent de se neutraliser mutuellement. Si l’un des deux doit se retirer, encore faut-il qu’un accord soit crédible, lisible et accepté des soutiens de chacun.
Les prochains mois vont donc compter. La campagne de Gabriel Attal est désormais lancée. Édouard Philippe, lui, continue de structurer sa présence autour d’une candidature déjà installée. Dans le même temps, le reste de la droite observe cette rivalité avec intérêt, car toute fracture au centre peut ouvrir un espace supplémentaire à Bruno Retailleau ou à d’autres figures conservatrices.
La suite dépendra de deux choses très concrètes : la capacité du bloc central à parler à des électeurs désormais plus exigeants, et la force réelle du risque d’un second tour entre le RN et LFI. C’est ce scénario-là, et lui seul, qui pourrait encore ressouder une partie de cet électorat. Mais l’étude publiée ce 29 mai montre qu’il ne suffit déjà plus, à lui seul, à faire tenir le camp.
La séquence à surveiller est donc claire : les sondages de l’été, les prises de parole programmatiques d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal, puis la manière dont chacun tentera de s’imposer comme l’option la plus crédible du centre en 2027.



