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ÉCONOMIE & SOCIéTé

Pourquoi la baisse des émissions de CO2 en France reste trop lente pour tenir l’objectif climatique de 2030

Les émissions françaises reculent encore selon le Citepa, avec -3 % en 2024 puis -2,1 % en 2025. Mais ce rythme reste insuffisant pour respecter la trajectoire fixée vers 2030 et la neutralité carbone en 2050.

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Quand les émissions baissent, est-ce enfin assez vite ?

Pour les ménages, les entreprises et les collectivités, la vraie question n’est plus de savoir si la France émet moins. Elle est de savoir si elle réduit assez vite pour tenir 2030, sans repousser encore l’effort sur la prochaine décennie. Le dernier baromètre du Citepa apporte une réponse nuancée : la baisse continue, mais le rythme reste trop faible pour coller à la trajectoire fixée par la stratégie climat française.

Le Citepa est l’organisme chargé de calculer les émissions territoriales de gaz à effet de serre de la France. Ses estimations servent de base au suivi de la Stratégie nationale bas-carbone, qui fixe le cap vers la neutralité carbone en 2050 et un objectif intermédiaire de -50 % d’émissions brutes en 2030 par rapport à 1990.

Une baisse confirmée, mais un palier encore trop haut

Les derniers chiffres publiés par le Citepa indiquent une diminution de 3 % en 2024 et de 2,1 % en 2025. Ces ordres de grandeur confirment un mouvement baissier, après une année 2023 déjà plus favorable, mais ils restent loin de ce qu’exige la trajectoire climatique française. Le ministère de la Transition écologique rappelle qu’il faudrait une baisse d’environ 5 % par an pour diviser par deux les émissions hors puits de carbone d’ici 2030.

Cette différence paraît technique. Elle ne l’est pas. À l’échelle d’un budget carbone, quelques dixièmes de point comptent. Le Haut Conseil pour le climat a déjà estimé que le décrochage observé en 2024 était incompatible avec la neutralité carbone en 2050 et avec l’étape de 2030. Le gouvernement, lui, a publié en décembre 2025 un projet de SNBC 3 qui rehausse l’objectif national de réduction à -50 % entre 1990 et 2030.

Ce que cela change concrètement, secteur par secteur

Derrière la moyenne nationale, les écarts entre secteurs restent déterminants. Le transport est toujours le principal émetteur du pays. Or c’est aussi le secteur le plus difficile à faire décroître rapidement, car il dépend du renouvellement du parc automobile, des comportements de déplacement et du coût de l’électrification. Le bâtiment, lui, dépend fortement des rénovations thermiques et du remplacement des chaudières fossiles. L’industrie, enfin, baisse souvent quand l’activité ralentit, ce qui ne garantit pas une décarbonation durable.

C’est là que la lecture politique change. Une baisse obtenue par un coup de frein conjoncturel dans l’industrie ou par une consommation d’énergie un peu plus faible n’a pas la même portée qu’une baisse issue d’investissements durables dans les transports, le logement ou les procédés industriels. Le Citepa souligne d’ailleurs que sa méthode suit les règles de transparence de l’Accord de Paris et les guides du Giec, ce qui permet de comparer les tendances dans le temps, mais pas de confondre ralentissement économique et transformation structurelle.

Pour les acteurs économiques, l’enjeu est double. Les grandes entreprises disposent souvent de moyens d’investissement, d’équipes techniques et d’un accès plus facile au financement. Les plus petites, elles, subissent davantage les coûts initiaux de la transition, qu’il s’agisse de rénovation, de changement d’équipement ou de modification des chaînes d’approvisionnement. Pour les collectivités, la marge de manœuvre dépend aussi des réseaux de transport, du bâti existant et de la fiscalité locale.

Les critiques : trop lent, trop fragile, trop dépendant de la conjoncture

Du côté des ONG, le constat est plus sévère. Le Réseau Action Climat et France Nature Environnement jugent que les efforts engagés par l’industrie française restent trop partiels pour constituer une décarbonation structurelle et durable. Leur lecture est claire : sans transformation des procédés, des investissements et des règles du jeu, les baisses d’émissions risquent de refléter d’abord les cycles économiques.

Le Haut Conseil pour le climat tient un discours proche, mais avec un angle institutionnel. Dans son rapport annuel 2025, il estime que la France a connu un ralentissement incompatible avec ses objectifs, et que le rythme de baisse doit accélérer pour rester cohérent avec la trajectoire 2030. Autrement dit, le problème n’est pas seulement de faire baisser les émissions, mais de le faire assez vite, secteur par secteur, sur une base stable.

Le gouvernement, lui, insiste sur le fait que l’action climatique doit s’intensifier plutôt que d’être relâchée. Dans sa communication de 2025, le ministère rappelle que la baisse des émissions se poursuit, tout en martelant qu’une réduction d’environ 5 % par an est nécessaire pour tenir l’objectif 2030. Cette position a un avantage politique évident : elle maintient la pression sans reconnaître un échec net. Elle a aussi une limite : elle dit l’urgence, mais pas encore la rapidité réelle de mise en œuvre.

En face, les milieux économiques demandent surtout de la visibilité. C’est l’un des points clés de la SNBC 3, présentée par le ministère comme une feuille de route appelée à donner un cap lisible aux citoyens, aux entreprises et aux territoires. Sans calendrier stable, les investissements tardent. Avec des règles changeantes, les projets sont reportés. Et dans les deux cas, la facture climatique finit par s’alourdir.

Le vrai test arrive maintenant

La suite se jouera sur deux fronts. D’abord, la trajectoire 2026 devra confirmer que la baisse ne repose pas seulement sur des effets de conjoncture. Ensuite, la SNBC 3 devra être finalisée et adoptée au printemps 2026, avec des budgets carbone cohérents avec la nouvelle cible nationale. C’est là que se dira si la France a seulement ralenti ses émissions, ou si elle a enfin enclenché une baisse durable à la bonne vitesse.

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