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ÉLECTIONS Le pari des noms historiques

Sénatoriales dans la Sarthe : le RN veut transformer un nom prestigieux en levier électoral local

En 2020, le RN a présenté dans la Sarthe une liste associant Marie-Caroline Le Pen à Virginie de Gaulle, arrière-petite-nièce du général. Un choix symbolique qui révèle la stratégie d’ancrage local et de normalisation du parti.

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En bref

En 2020, Marie-Caroline Le Pen a conduit la liste du RN aux élections sénatoriales dans la Sarthe. La présence de Virginie de Gaulle, maire rurale et arrière-petite-nièce du général, devait donner au parti une image plus locale et rassembleuse. Ce choix ravivait toutefois les contradictions entre la stratégie de normalisation du RN et son passé anti-gaulliste.

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Que peut peser un nom dans une élection locale ? Dans la Sarthe, le Rassemblement national mise sur une candidature au fort potentiel symbolique : celle d’une arrière-petite-nièce du général de Gaulle.

Une liste RN construite autour de figures locales

La campagne des élections sénatoriales de septembre 2020 s’est ouverte dans plusieurs dizaines de départements. Dans la Sarthe, le Rassemblement national a présenté sa liste le lundi 24 août.

Marie-Caroline Le Pen, sœur de Marine Le Pen, en prend la tête. Elle est suivie par Romain Lemoigne, alors maire de La Flèche. Élu lors des élections municipales de mars 2020, il avait 25 ans au moment de son accession à la mairie.

Cette victoire avait attiré l’attention. Elle installait pour la première fois le RN à la tête d’une ville du Grand Ouest. La Flèche compte toutefois moins de 15 000 habitants. Le résultat restait donc local, mais il fournissait au parti un point d’appui dans un territoire où il cherchait à s’implanter.

Le troisième nom de la liste est celui de Virginie de La Fresnaye, maire de Courcelles-la-Forêt. Cette commune rurale de la Sarthe est dirigée par une élue issue de la famille de Gaulle.

Virginie de La Fresnaye est l’arrière-petite-nièce du général. Pour cette campagne, elle a choisi de reprendre son nom de naissance : Virginie de Gaulle. Son nom marital figurait encore sur les documents liés à sa réélection municipale, en mars 2020.

Marie-Caroline Le Pen a présenté cette association comme un symbole politique. « La liste Le Pen-de Gaulle est une illustration de l’Union Nationale que nous voulons pour la France », a-t-elle écrit sur le réseau social X, alors appelé Twitter.

Pourquoi les sénatoriales donnent une place aux maires

Les élections sénatoriales ne fonctionnent pas comme les élections législatives ou présidentielles. Les sénateurs sont élus par un collège de grands électeurs. Celui-ci est composé principalement de conseillers municipaux, de conseillers départementaux, de conseillers régionaux et de députés.

Dans la Sarthe, trois sièges étaient à pourvoir en 2020. Le scrutin se déroulait à la proportionnelle. Les listes obtenant suffisamment de voix pouvaient donc décrocher un ou plusieurs sièges, selon leur résultat.

Cette mécanique donne un poids particulier aux élus municipaux. Un maire, même à la tête d’un village de petite taille, peut disposer d’une influence utile auprès des grands électeurs. Pour un parti national, placer des maires sur une liste permet aussi d’afficher un ancrage territorial.

Le choix de Virginie de Gaulle répond à cette logique. Elle apporte à la liste un mandat local, une implantation rurale et un nom connu de tous les Français. En revanche, sa troisième position rendait son élection incertaine. Dans un scrutin proportionnel, tout dépend du nombre de sièges obtenus par la liste.

Le bénéfice recherché est donc double. Il est électoral, avec l’espoir de convaincre des élus locaux. Il est également médiatique, grâce à une association de noms immédiatement identifiable.

Un symbole qui se heurte à l’histoire du RN

Le rapprochement entre le nom de Gaulle et celui de Le Pen ne va pas de soi. Le gaullisme s’est construit autour de la Résistance, de la légitimité républicaine et de l’indépendance nationale. Le Front national, devenu Rassemblement national, s’est développé dans une autre tradition politique, marquée par la droite nationaliste et l’opposition à plusieurs choix du général.

Roger Holeindre, l’un des cofondateurs du Front national, avait appartenu à l’Organisation armée secrète, l’OAS. Cette organisation clandestine défendait l’Algérie française et a mené des actions violentes contre le pouvoir gaulliste. Elle avait notamment participé à des tentatives visant le général de Gaulle.

Jean-Marie Le Pen, qui a présidé le Front national jusqu’en 2011, avait lui aussi vivement critiqué le général. Dans le premier tome de ses mémoires, publié en 2018, il écrivait que de Gaulle restait « une horrible source de souffrance pour la France ».

Dans le même ouvrage, il estimait également que le maréchal Pétain « n’a pas failli à l’honneur en signant l’armistice » en 1940. Ces prises de position appartiennent à l’histoire politique du parti et compliquent son usage actuel de la référence gaullienne.

Une stratégie de normalisation assumée

Le RN cherche depuis plusieurs années à élargir son électorat. Pour y parvenir, il met davantage en avant des élus locaux, des maires et des profils présentés comme indépendants des appareils politiques traditionnels.

Dans ce cadre, l’étiquette « Le Pen-de Gaulle » peut être lue comme une opération de normalisation. Le parti tente de relier son nom à une figure historique associée à l’État, à la souveraineté et à la fonction présidentielle.

Cette stratégie profite d’abord à la tête de liste. Marie-Caroline Le Pen bénéficie de la notoriété de sa famille politique et de celle du général de Gaulle. Elle peut ainsi présenter sa candidature comme une alliance entre une formation nationale et des élus enracinés dans leur commune.

Elle comporte cependant un risque. L’utilisation du nom de naissance d’une candidate pour une campagne électorale peut être perçue comme une manière de renforcer artificiellement l’impact d’une candidature. La question n’est pas juridique, mais politique : le nom sert-il à décrire un engagement ou à produire un effet d’image ?

Les électeurs concernés ne sont d’ailleurs pas les seuls à juger cette démarche. Les grands électeurs s’intéressent aussi à la capacité d’une liste à défendre les intérêts des communes. Dans les territoires ruraux, les enjeux de services publics, de mobilité, de santé et de finances locales pèsent souvent davantage que les références historiques.

Des précédents et une contestation interne

La présence d’un membre de la famille de Gaulle sur une liste d’extrême droite n’était pas totalement nouvelle. Charles de Gaulle, petit-fils homonyme du général, avait été élu en 1999 sur une liste du Front national aux élections européennes.

Mais la référence gaullienne suscite aussi des critiques au sein même de la classe politique. Laure Lavalette, porte-parole du RN, a appelé à « voter Le Pen-de Gaulle » dans la Sarthe. Elle avait auparavant publié un texte rendant hommage à Jean Bastien-Thiry.

Jean Bastien-Thiry était l’organisateur de l’attentat du Petit-Clamart, en août 1962. Cette attaque visait le général de Gaulle, alors président de la République. Laure Lavalette l’avait décrit comme « un héros français et chrétien qui a porté jusqu’au bout l’idéal du sacrifice ».

Cette référence donne une portée particulière à la polémique. D’un côté, la liste veut montrer que le RN peut rassembler des profils locaux autour d’une idée de souveraineté nationale. De l’autre, certains propos passés de responsables du parti rappellent la persistance d’une histoire anti-gaulliste.

Ce qu’il fallait surveiller dans la Sarthe

L’enjeu immédiat était le score de la liste RN auprès des grands électeurs. Une troisième place ne garantissait pas une entrée au Sénat. Il fallait d’abord obtenir un résultat suffisant dans un département où trois sièges seulement étaient attribués.

La campagne devait donc mesurer deux forces. La première était la progression du RN dans les communes sarthoises, après plusieurs succès municipaux. La seconde concernait la capacité des partis traditionnels à conserver leurs réseaux d’élus.

Au-delà du scrutin de septembre 2020, cette candidature révélait une tendance durable : pour gagner des sièges locaux, le RN cherche à combiner notoriété nationale, implantation municipale et personnalités issues de la société locale. Dans la Sarthe, le nom de Gaulle devait servir de test grandeur nature à cette stratégie.

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