Comment le mouvement En Marche a transformé la présidentielle de 2017 et bouleversé les partis politiques français
Lancé en 2016 par Emmanuel Macron, En Marche a renouvelé les pratiques militantes et franchi le clivage gauche-droite. Sa victoire en 2017 a durablement recomposé le paysage politique français.

Créé en avril 2016, le mouvement En Marche a proposé une organisation souple, ouverte aux citoyens et compatible avec la double appartenance politique. Porté par Emmanuel Macron, il a remporté la présidentielle de 2017 puis obtenu une majorité à l’Assemblée nationale, fragilisant les partis traditionnels et redessinant le clivage gauche-droite.
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Comment un simple nom peut-il contribuer à bouleverser une élection présidentielle ? En 2017, « En Marche ! » ne désigne pas seulement un mouvement politique. L’expression devient rapidement une marque électorale, un mode d’organisation et le symbole d’un paysage politique en pleine recomposition.
Un lancement dans une année présidentielle hors norme
La présidentielle de 2017 commence dans un contexte inédit sous la Ve République. François Hollande, élu en 2012, renonce à briguer un second mandat. Le président sortant explique sa décision par l’absence de « perspective » suffisamment solide pour défendre une nouvelle candidature.
Cette décision ouvre largement le jeu. À gauche, la primaire désigne Benoît Hamon. À droite, François Fillon remporte la compétition des Républicains avant d’être rattrapé par une affaire judiciaire. Au centre, Emmanuel Macron avance sans parti traditionnel et sans avoir encore annoncé officiellement sa candidature.
Le futur candidat dispose pourtant déjà d’un outil politique. Le mouvement « En Marche ! » est créé le 6 avril 2016, alors qu’Emmanuel Macron est encore ministre de l’Économie. La date est confirmée par la biographie officielle d’Emmanuel Macron.
Quelques jours plus tard, le ministre présente cette initiative lors d’un meeting à Amiens, sa ville natale. Il déclare alors : « J’ai réfléchi, j’ai consulté, j’ai associé beaucoup de gens et j’ai décidé qu’on allait créer un mouvement politique nouveau. »
Pourquoi le nom « En Marche ! » a-t-il été choisi ?
Le nom remplit plusieurs fonctions. D’abord, ses initiales correspondent à celles d’Emmanuel Macron. Ensuite, il suggère le mouvement, l’action et le déplacement. Il ne renvoie ni à une doctrine historique ni à une famille politique installée.
Cette neutralité apparente permet au mouvement de s’adresser à des électeurs venus de la gauche comme de la droite. Le choix rompt aussi avec les appellations classiques. Le Parti socialiste, Les Républicains ou le Front national portent une histoire politique précise. « En Marche ! » veut plutôt évoquer une dynamique collective.
Le fonctionnement annoncé suit la même logique. L’adhésion est gratuite. Elle ne suppose pas de carte ni de cotisation. Le mouvement accepte aussi, dans un premier temps, la double appartenance. Un militant peut donc rester membre d’un autre parti.
Cette souplesse vise les citoyens éloignés du militantisme traditionnel. Elle profite également aux élus et aux responsables politiques qui souhaitent soutenir Emmanuel Macron sans rompre immédiatement avec leur famille d’origine.
Le mouvement mène alors une vaste opération de terrain. Des équipes interrogent les Français, notamment par des questionnaires et du porte-à-porte. L’objectif est de faire remonter des attentes avant de construire le programme présidentiel.
Un slogan qui devient une identité politique
Durant la campagne, « En Marche ! » finit par éclipser les slogans électoraux plus classiques. Les affiches mettent pourtant en avant d’autres formules, comme « Macron président, la France doit être une chance pour tous ».
Cette phrase insiste sur l’émancipation individuelle. Elle renvoie à l’idée que chacun doit pouvoir progresser grâce à son travail, ses compétences et ses initiatives. Pour les soutiens du candidat, elle traduit une promesse d’ouverture et de mobilité sociale.
Le vocabulaire du mouvement est également pensé pour ses sympathisants. Ses membres sont appelés les « marcheurs ». Le terme transforme une organisation encore récente en communauté politique identifiable.
La formule « En Marche ! » fonctionne ainsi comme un slogan sans être officiellement présentée comme tel. Elle peut désigner le candidat, ses militants, sa campagne ou la transformation promise au pays.
« En même temps », la promesse d’un dépassement du clivage
Une autre expression accompagne cette stratégie : « En même temps ». Emmanuel Macron l’utilise pour défendre une synthèse entre certaines idées de gauche et certaines idées de droite.
Le positionnement est clair sur le plan électoral. Le candidat veut soutenir l’économie de marché et la compétitivité, tout en conservant une protection sociale et un rôle important pour l’État. Il se veut pro-européen, réformateur et ouvert aux compromis.
Cette stratégie élargit son espace politique. Elle permet de récupérer des responsables issus du Parti socialiste, du centre et, plus tard, de la droite. Elle répond aussi au rejet croissant des partis traditionnels observé à la veille du scrutin.
Mais cette promesse de dépassement possède une limite. Elle peut rassembler des électeurs très différents sans régler leurs désaccords de fond. Les choix économiques, sociaux ou institutionnels peuvent satisfaire certains soutiens et en décevoir d’autres.
Des chercheurs soulignent également le caractère très personnalisé de l’organisation. Dans une analyse consacrée à la campagne de 2017, le politiste Pascal Perrineau décrit un mouvement de supporters et de bénévoles, davantage structuré autour d’un leader que d’instances partisanes traditionnelles.
Une campagne qui change le rapport aux partis
Au premier tour, Emmanuel Macron arrive en tête avec 24,01 % des suffrages exprimés. Il devance Marine Le Pen, qui obtient 21,30 %. Les candidats des deux grands partis de gouvernement sont éliminés : François Fillon recueille 20,01 % et Benoît Hamon 6,36 %.
Le second tour oppose donc un mouvement récent au Front national. Emmanuel Macron adopte alors une formule plus collective : « Ensemble, la France ! » Marine Le Pen défend de son côté le slogan « Choisir la France ».
Le 7 mai 2017, Emmanuel Macron est élu président de la République avec 66,10 % des suffrages exprimés, contre 33,90 % pour Marine Le Pen. Le résultat transforme immédiatement « En Marche ! » en force gouvernementale.
Le mouvement doit ensuite changer d’échelle. Pour les élections législatives de juin 2017, il devient « La République En Marche ». Cette transformation répond à une nécessité concrète : présenter des candidats, constituer un groupe parlementaire et soutenir l’action du nouveau président.
Les législatives donnent au mouvement une majorité absolue à l’Assemblée nationale. La nouvelle majorité compte de nombreux députés novices en politique. Le CEVIPOF décrit alors un renouvellement important du personnel parlementaire, même si cette évolution reste socialement inégale.
Une rupture réelle, mais des questions durables
Pour ses soutiens, « En Marche ! » a permis de sortir du duel traditionnel entre le Parti socialiste et la droite républicaine. Le mouvement a aussi offert une porte d’entrée à des citoyens qui ne souhaitaient pas rejoindre un parti classique.
Pour ses détracteurs, cette organisation a surtout reposé sur la popularité d’Emmanuel Macron et sur une mobilisation électorale. La question était alors de savoir si elle pouvait fonctionner durablement entre deux élections.
Le débat porte aussi sur la représentation sociale. La nouvelle majorité parlementaire a renouvelé les profils et les parcours, mais elle reste marquée par une forte présence des cadres, des professions supérieures et des responsables issus des institutions publiques ou économiques.
Le nom a donc tenu sa promesse de mouvement. Il a accompagné une campagne rapide, une victoire présidentielle et une recomposition parlementaire. Il n’a pas, à lui seul, supprimé les clivages. Il les a déplacés autour de nouvelles oppositions : ouverture contre fermeture, réforme contre protection, expérience contre renouvellement.
Ce qu’il faut retenir
« En Marche ! » a marqué la présidentielle de 2017 parce qu’il associait un nom simple, une organisation souple et une candidature sans parti traditionnel. Son succès a reposé sur la promesse de rassembler au-delà de la gauche et de la droite.
La suite a montré que le plus difficile ne consistait pas seulement à gagner une élection. Il fallait aussi transformer une dynamique de campagne en organisation politique capable de gouverner, de faire voter des textes et de conserver une base électorale.



