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ÉLECTIONS Le casse-tête du candidat commun

Pour qui voter en 2027 ? La droite et le centre cherchent encore une méthode pour éviter la dispersion des voix

À droite et au centre, plusieurs prétendants visent l’Élysée tandis que le débat sur une primaire reste ouvert. L’enjeu est de désigner un candidat capable de rassembler sans reproduire les échecs passés.

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En bref

Bruno Retailleau, Xavier Bertrand, David Lisnard, Édouard Philippe et Gabriel Attal se positionnent pour 2027, mais leurs stratégies divergent. Certains défendent une candidature autonome, tandis que d’autres soutiennent une primaire de la droite et du centre. Le choix de la méthode pèsera sur la capacité du bloc à éviter la dispersion des voix.

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À droite, les Français pourraient-ils devoir choisir entre plusieurs candidatures proches avant même de voter pour le prochain président de la République ? À moins d’un an de la présidentielle de 2027, le camp conservateur et le centre cherchent encore la méthode capable d’éviter une dispersion des voix.

Une primaire pour réunir, ou un scrutin à éviter ?

Le débat porte sur une question simple en apparence : faut-il organiser une primaire pour départager les candidats de la droite et du centre ?

Une primaire est un vote organisé avant l’élection présidentielle afin de choisir un candidat commun. Elle peut être réservée aux adhérents d’un parti ou ouverte à un électorat plus large. Dans les deux cas, elle impose aux prétendants d’accepter un résultat collectif.

À droite, cette solution reste marquée par les précédents récents. En 2016, la primaire de la droite avait désigné François Fillon. Cinq ans plus tard, celle des Républicains avait choisi Valérie Pécresse. Sa candidature s’était finalement soldée par 4,78 % des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle de 2022.

Pour plusieurs responsables, ces souvenirs plaident contre une nouvelle compétition interne. Pour d’autres, ils montrent surtout qu’une droite divisée prend le risque de disparaître du second tour.

Retailleau accepte le principe, sans y croire

Bruno Retailleau se retrouve au centre de cette contradiction. Président des Républicains et candidat déclaré à l’Élysée, il affirme ne refuser aucune compétition.

Interrogé le 28 août dans l’émission politique Les 4 Vérités, sur France 2, il a déclaré : « Je n’ai jamais dit non par principe à la primaire. S’il y a une primaire, je l’affronterai. »

Le président de LR a toutefois ajouté : « Je n’y crois pas. » Cette position lui permet de ne pas fermer la porte tout en conservant sa liberté. Il peut ainsi défendre une désignation directe par son parti, sans apparaître comme celui qui refuse le débat.

Le sujet est stratégique pour LR. Une primaire ouverte pourrait attirer des électeurs du centre, mais aussi réduire le poids des adhérents républicains dans le choix final. À l’inverse, une désignation interne donnerait davantage de contrôle à la formation dirigée par Bruno Retailleau, au risque de laisser les centristes partir séparément.

Les modalités sont donc aussi importantes que le principe. Qui voterait ? Quels candidats pourraient participer ? L’extrême droite serait-elle incluse ? Et surtout, les battus accepteraient-ils réellement de soutenir le vainqueur ?

Bertrand refuse de rejouer le scénario de 2021

Xavier Bertrand a confirmé sa candidature lors de l’université d’été du Medef. Le président des Hauts-de-France refuse cependant l’idée d’une nouvelle primaire.

Il s’appuie sur son expérience de 2021. Arrivé derrière Valérie Pécresse lors du scrutin interne des Républicains, il n’avait pas obtenu l’investiture. La candidate choisie n’avait ensuite pas franchi le seuil de 5 % à l’élection présidentielle.

« On ne va pas faire les mêmes erreurs à chaque fois », a-t-il expliqué. Pour lui, le problème ne vient donc pas seulement de la pluralité des candidatures. Il tient aussi au risque qu’une primaire désigne un candidat incapable d’élargir son socle électoral.

Cette position bénéficie aux prétendants qui disposent déjà d’une implantation personnelle. Xavier Bertrand peut ainsi se présenter comme un candidat de rassemblement, sans dépendre d’un vote organisé par LR. En contrepartie, son choix contribue à maintenir plusieurs candidatures concurrentes au sein du même espace politique.

David Lisnard, maire de Cannes et président de l’Association des maires de France, a lui aussi annoncé son entrée dans la course. Sa situation est plus complexe : il fait partie des élus favorables à une primaire, tout en étant lui-même candidat.

Il devrait donc participer au processus si celui-ci voit le jour. Mais il conserve également la possibilité de défendre une candidature autonome si aucun accord n’est trouvé sur les règles du scrutin.

Le centre pèse déjà dans les rapports de force

La compétition ne se limite pas aux Républicains. Édouard Philippe et Gabriel Attal, deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron, se positionnent eux aussi pour 2027.

Dans le baromètre Ifop-Fiducial cité dans le débat public de l’été, Édouard Philippe recueillait 14,5 % d’intentions de vote et Gabriel Attal 8 %. Bruno Retailleau était crédité de 6 %. Ces chiffres restent des photographies de l’opinion, et non des prédictions. À ce stade de la campagne, la notoriété et l’actualité peuvent encore modifier fortement les rapports de force.

Édouard Philippe apparaît néanmoins comme le mieux placé dans le bloc central. Dans un scénario où il serait le seul candidat de cet espace, il atteindrait 18 % des suffrages dans l’enquête citée. Gabriel Attal ne bénéficierait pas du même effet de rassemblement dans les hypothèses présentées.

Gabriel Attal conteste toutefois l’idée d’un favori installé. Sur RMC, le 27 août, il a estimé qu’« il n’y a plus de favori » et que les candidats se situaient « globalement dans la marge d’erreur ».

Le patron de Renaissance affirme ne jamais avoir écarté une primaire. Il dit même avoir proposé un vote de départage entre lui et Édouard Philippe. Selon lui, cette proposition n’a pas été retenue par l’équipe de l’ancien Premier ministre.

Le désaccord oppose donc deux stratégies. Édouard Philippe cherche à préserver son avance et son autonomie. Gabriel Attal veut empêcher que cette avance se transforme trop tôt en investiture implicite.

Le risque principal : une addition de candidatures

Hervé Morin, président de la région Normandie, défend une primaire ouverte à la droite et au centre. Il estime qu’« aucun candidat naturel ne s’impose » et appelle les prétendants à se regrouper autour d’une « charte commune ».

Son objectif est de limiter la division électorale. Il affirme avoir reçu le soutien de centaines de maires favorables à une candidature unique. Leur intérêt est concret : éviter que les familles politiques modérées se neutralisent au premier tour.

Mais cette proposition soulève plusieurs objections. Les Républicains peuvent craindre d’être minoritaires face aux électeurs du centre. Les centristes, de leur côté, peuvent refuser de soutenir un candidat dont la ligne serait jugée trop conservatrice. Enfin, les candidats battus pourraient conserver leur liberté et maintenir leur campagne.

La question se pose aussi pour les électeurs. Une primaire peut clarifier l’offre politique, mais elle peut également déplacer le débat vers les rivalités personnelles. Les militants disposent alors d’un rôle déterminant, tandis que les citoyens non encartés restent spectateurs jusqu’au premier tour.

Le précédent de 2022 nourrit cette prudence. Malgré la primaire de LR, plusieurs candidatures avaient continué d’exister à droite et au centre. Le vote interne n’avait donc pas suffi à produire un rassemblement durable.

Une décision attendue avant la campagne officielle

Hervé Morin juge qu’un candidat commun pourrait être choisi avant la fin de l’année 2026. Selon lui, trois mois suffiraient pour organiser une primaire.

Le calendrier institutionnel laisse encore du temps. La liste officielle des candidats à la présidentielle ne devrait pas être arrêtée avant mars 2027, après le dépôt des parrainages nécessaires.

D’ici là, trois échéances seront à surveiller : la méthode retenue par LR, la position définitive d’Édouard Philippe et l’attitude des candidats en cas de primaire.

Le véritable enjeu ne sera pas seulement de choisir un nom. Il faudra aussi vérifier si les prétendants acceptent de renoncer, si les partis reconnaissent le résultat et si les électeurs suivent la candidature commune. Sans ces trois conditions, la primaire risque de devenir une étape supplémentaire dans la fragmentation de la droite et du centre.

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