Candidature Hollande 2027 : son livre veut réconcilier la gauche sociale-démocrate avec les électeurs du centre
Dans son nouveau livre, François Hollande avance des propositions sur les retraites, la fiscalité et la TVA. Sans participer à la primaire de la gauche, l’ancien président se réserve jusqu’en décembre pour décider d’une éventuelle candidature en 2027.

François Hollande utilise son nouveau livre pour défendre une ligne sociale-démocrate mêlant taxation ciblée des hauts patrimoines, retraite à 63 ans et hausse de la TVA sur certains biens. Il refuse la taxe Zucman et ne participera pas à la primaire de la gauche, mais pourrait se déclarer en décembre 2026 si le candidat désigné ne convainc pas.
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Un ancien président peut-il revenir dans la course à l’Élysée en avançant à la fois des mesures de gauche et des propositions appréciées au centre ? C’est le pari esquissé par François Hollande dans son nouveau livre, publié le 3 septembre 2026.
Un livre qui ressemble déjà à une plateforme politique
Intitulé Unir, nouveau monde, nouvelle gauche, l’ouvrage paraît à quelques semaines d’une primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique. François Hollande a choisi de ne pas y participer. Il fixe cependant un rendez-vous politique précis : décembre 2026, mois auquel il entend décider de la suite.
L’ancien chef de l’État ne se déclare donc pas candidat. Mais son calendrier, ses prises de position et la publication de ce sixième livre en moins de sept ans entretiennent clairement l’hypothèse d’un retour pour la présidentielle de 2027.
François Hollande est aujourd’hui député de la première circonscription de la Corrèze. Il a retrouvé un mandat parlementaire après la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024. Sa fiche officielle de député confirme ce mandat en cours.
Dans son livre, l’ancien président dresse aussi un bilan très sévère des années Emmanuel Macron. Il juge leur issue « consternante » et estime que l’extrême droite, autrefois utilisée comme repoussoir, est devenue un refuge pour une partie importante des électeurs.
Cette critique vise également les personnalités susceptibles de prolonger le macronisme, notamment Édouard Philippe et Gabriel Attal. François Hollande cherche ainsi à incarner une alternative à la fois au pouvoir sortant et à une gauche qu’il juge trop divisée.
Une gauche sociale, mais sans certaines mesures phares
Le projet défendu dans l’ouvrage reprend plusieurs marqueurs historiques de la social-démocratie. François Hollande propose notamment de mettre davantage à contribution les patrimoines supérieurs à 10 millions d’euros, grâce à une hausse ciblée de l’impôt.
La mesure rappelle la taxe exceptionnelle de 75 % sur les très hauts revenus, défendue pendant sa campagne de 2012. Ce dispositif avait été appliqué pendant deux ans avant d’être abandonné.
En revanche, François Hollande ne soutient pas la taxe Zucman, pourtant défendue par une partie importante de la gauche parlementaire. Ce projet prévoit un impôt plancher de 2 % sur le patrimoine net des contribuables disposant de plus de 100 millions d’euros.
Le dispositif a été examiné à l’Assemblée nationale en 2025. Ses promoteurs avancent un ciblage très limité, autour de 1 800 foyers fiscaux selon les estimations parlementaires. Ses opposants redoutent, eux, les risques de départ de capitaux et les difficultés de calcul liées aux actifs professionnels. Le dossier législatif de l’impôt plancher sur les grandes fortunes présente ces principaux éléments.
Le député corrézien refuse également un relèvement massif du smic. Cette position le distingue de la gauche qui veut agir directement sur les salaires, mais le rapproche d’une approche davantage centrée sur la compétitivité des entreprises et le coût du travail.
La retraite à 63 ans, un compromis qui divise
La proposition la plus commentée concerne l’âge de départ à la retraite. François Hollande défend un âge légal fixé à 63 ans. Il cherche ainsi une position intermédiaire entre le retour à 62 ans demandé par une partie de la gauche et le seuil de 64 ans prévu par la réforme de 2023.
Cette réforme prévoit un relèvement progressif de l’âge légal de 62 à 64 ans. Elle allonge aussi la durée de cotisation nécessaire pour obtenir une pension sans décote. Une synthèse de Vie publique rappelle les principales dispositions de ce texte.
François Hollande ajoute une autre piste : limiter pendant cinq ans la revalorisation des pensions à 1 %. En pratique, cela réduirait la progression des retraites lorsque l’inflation dépasse ce niveau. Il estime que cette mesure produirait un gain comparable à celui obtenu en repoussant l’âge de départ d’un an.
Pour les retraités, l’effet serait très différent selon le niveau de pension. Les ménages disposant d’un revenu confortable pourraient absorber plus facilement une perte de pouvoir d’achat. Les retraités modestes, eux, seraient davantage exposés à la hausse des dépenses contraintes.
Le projet comprend enfin une part de capitalisation contrôlée par les partenaires sociaux. Ce mécanisme consiste à compléter les pensions financées par les cotisations avec une épargne investie sur les marchés. À gauche, cette idée reste sensible, car elle peut accroître les écarts entre les salariés capables d’épargner et les autres.
La TVA pour financer la protection sociale
Autre proposition : augmenter la TVA sur certains biens. François Hollande veut exonérer l’énergie, l’alimentation et les produits de première nécessité, qui passeraient à 0 % de TVA dans son schéma.
Les biens durables seraient en revanche davantage taxés. Il cite notamment les produits que les ménages achètent moins fréquemment, comme les équipements ou certains biens de consommation.
Son raisonnement est redistributif : taxer davantage les achats considérés comme non essentiels pour alléger la fiscalité sur les dépenses courantes. Mais une hausse de TVA peut aussi être répercutée dans les prix. Les distributeurs et les fabricants pourraient en absorber une partie, mais les consommateurs risqueraient d’en supporter une autre.
L’impact serait donc inégal. Les ménages aisés, qui consomment davantage de biens durables, seraient plus directement concernés par la hausse ciblée. Les ménages modestes pourraient bénéficier de la baisse sur les produits essentiels, mais resteraient vulnérables si l’augmentation se diffusait dans les prix.
Un positionnement qui intéresse le centre et inquiète le PS
Cette combinaison de mesures explique le bon accueil réservé par François Bayrou à certaines propositions. Le président du MoDem estime que les idées de François Hollande sont désormais plus compatibles avec les siennes. Il défend de son côté une candidature commune allant du Parti socialiste à la droite républicaine.
Cette convergence peut offrir à François Hollande un espace politique. Elle peut aussi brouiller son identité à gauche. Les électeurs favorables à une forte taxation des grandes fortunes ou à une hausse importante du smic pourraient ne pas se reconnaître dans cette ligne.
Le Parti socialiste observe donc la démarche avec prudence. Une candidature extérieure à la primaire pourrait affaiblir le candidat désigné si celui-ci ne parvient pas à installer une dynamique. À l’inverse, François Hollande assure qu’il ne cherchera pas à interférer si le vainqueur de la primaire devient suffisamment crédible.
La question centrale reste celle de son influence électorale. L’ancien président conserve une expérience institutionnelle et une connaissance des rouages de l’État. Mais son quinquennat demeure associé à de fortes déceptions dans une partie de la gauche, notamment après l’abandon de sa candidature en 2017.
Le mois de décembre comme moment de vérité
François Hollande ne part pas totalement de zéro. Pour son 72e anniversaire, des proches ont fait afficher 500 visuels mettant en avant certaines mesures de son quinquennat. Cette opération a relancé les spéculations sur une préparation de campagne.
L’ancien président dément toutefois disposer d’un quartier général électoral. Il assure que les locaux évoqués dans la presse ne sont pas loués en son nom.
Le prochain test sera politique avant d’être électoral. Il faudra observer la participation à la primaire, la capacité du candidat choisi à progresser dans les enquêtes d’opinion et l’état des rapports de force entre le PS, Place publique et les autres composantes de la gauche.
François Hollande a fixé décembre 2026 comme échéance. À ce moment-là, il devra choisir entre soutenir une candidature capable de rassembler son camp ou tenter lui-même un retour à l’Élysée. Dans les deux cas, son livre aura servi à poser les bases de cette décision.



