Justice territoriale : Fabien Verdier veut ramener les villes moyennes au cœur de la présidentielle de 2027
Fabien Verdier se lance dans la primaire de la gauche socialiste et démocratique. L’ancien maire de Châteaudun veut faire des services publics et de l’équilibre entre territoires des priorités de 2027.

Fabien Verdier, ancien maire de Châteaudun et ex-cadre du Parti socialiste, cherche à participer à la primaire de la gauche socialiste et démocratique. Il défend un réinvestissement dans les services publics, les hôpitaux et les villes moyennes, qu’il juge essentiels pour réduire la défiance politique et contenir la progression du Rassemblement national.
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Dans une petite ville, que vaut encore une promesse politique quand le tribunal ferme, que l’hôpital s’éloigne et que les services publics disparaissent ? C’est à cette question que Fabien Verdier veut répondre en faisant de la « justice territoriale » le thème central de la prochaine présidentielle.
Une candidature centrée sur les villes moyennes
Fabien Verdier a annoncé, jeudi 3 septembre 2026, sa candidature à la primaire de la gauche socialiste et démocratique. Il souhaite y porter la voix des territoires ruraux, des petites villes et des sous-préfectures.
Ancien maire de Châteaudun, en Eure-et-Loir, il a également été secrétaire national du Parti socialiste. Il a quitté le parti autour de 2017. Âgé de 45 ans, il exerce par ailleurs comme directeur d’hôpital.
Cette candidature doit encore franchir une étape décisive : l’obtention des parrainages nécessaires. Si son dossier est validé, Fabien Verdier deviendrait le sixième candidat de cette primaire.
Il avait déjà tenté de participer à la primaire socialiste de 2016. À l’époque, il n’avait pas réuni suffisamment de signatures pour entrer dans la compétition.
Le scrutin organisé par le Parti socialiste et ses partenaires est prévu en deux tours, les 9 et 10 octobre puis les 16 et 17 octobre 2026. Il doit désigner un candidat pour l’élection présidentielle de 2027. La démarche rassemble notamment le PS, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste, mais elle ne regroupe pas toute la gauche.
Le constat d’une fracture entre métropoles et périphéries
Fabien Verdier veut partir d’un constat simple : de nombreux territoires ont perdu des équipements, des emplois et des habitants au cours des dernières décennies.
Il cite la fermeture de tribunaux, de services publics, d’hôpitaux et d’agences bancaires. Ces évolutions ne produisent pas seulement des difficultés pratiques. Elles modifient aussi le rapport des citoyens à l’État et aux élus.
Dans une grande métropole, la disparition d’un service peut être compensée par d’autres structures accessibles en transports en commun. Dans une sous-préfecture ou un bourg rural, elle peut imposer plusieurs dizaines de kilomètres de déplacement.
La différence concerne aussi l’emploi. Les grandes villes concentrent davantage les sièges d’entreprises, les universités, les services supérieurs et les investissements. À l’inverse, les villes moyennes dépendent souvent d’un nombre limité d’employeurs publics ou industriels.
Lorsque l’un d’eux réduit ses activités, le choc dépasse largement les salariés concernés. Les commerces, les logements, les écoles et les finances locales peuvent aussi en subir les conséquences.
« Parler à toute la France »
Dans sa lettre de demande de parrainage, Fabien Verdier défend une ligne de gauche davantage ancrée dans la vie quotidienne. Selon lui, la gauche ne pourra retrouver durablement les classes populaires et moyennes qu’en s’adressant à l’ensemble du pays.
Il critique une approche qui penserait la France principalement depuis les grandes métropoles. Son objectif est de remettre au centre la proximité, les services publics et les réalités locales.
« La gauche ne retrouvera durablement les classes populaires et moyennes que si elle recommence à parler à toute la France », écrit-il. Il ajoute qu’elle doit « repartir du terrain, de la proximité, de la vie quotidienne ».
Cette stratégie vise notamment les électeurs qui se sentent éloignés des institutions. Fabien Verdier affirme que cette « France des oubliés » représente 34,8 millions de personnes.
Ce chiffre renvoie à un ensemble très large de territoires. Il ne désigne pas une catégorie administrative unique. Il regroupe plutôt des habitants de zones rurales, de villes petites ou moyennes et de bassins de vie éloignés des centres de décision.
Le lien entre déclin territorial et progression du RN
Fabien Verdier établit également un lien direct entre le recul des services et la progression du Rassemblement national. « L’extrême droite se nourrit de cette fracture territoriale », estime-t-il.
Son raisonnement est le suivant : lorsque les habitants ne voient plus de réponse concrète à leurs difficultés, les discours de rupture peuvent gagner du terrain. Le sentiment d’abandon devient alors un ressort électoral.
Cette lecture est partagée par de nombreux responsables politiques, mais elle ne fait pas l’unanimité. Le vote en faveur du RN s’explique aussi par d’autres facteurs : le niveau de vie, l’immigration, l’insécurité, la défiance envers les partis traditionnels ou encore la personnalisation de la vie politique.
Réduire cette progression à la seule fermeture d’un service public serait donc insuffisant. En revanche, l’accès aux soins, aux transports, aux démarches administratives et à l’emploi reste un élément concret du rapport à la République.
Une primaire déjà très disputée
Fabien Verdier entre dans une compétition où plusieurs personnalités cherchent à incarner la social-démocratie. Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel figurent notamment parmi les candidats ou les personnalités engagées dans le processus. Olivier Faure est également attendu dans la course.
La primaire doit permettre de départager des sensibilités différentes. Certaines veulent reconstruire une gauche réformiste et européenne. D’autres insistent davantage sur la protection sociale, les services publics ou la rupture avec les choix économiques des dernières années.
Le périmètre du scrutin constitue déjà un sujet de désaccord. La démarche est distincte du processus défendu par les formations qui souhaitent réunir une gauche plus large, notamment avec Les Écologistes, Génération.s ou des mouvements issus de l’ancienne coalition de gauche.
À l’inverse, ses organisateurs présentent cette primaire comme un moyen de clarifier une ligne politique et de construire une candidature commune dans le camp social-démocrate. Cette formule peut donner davantage de cohérence au projet. Elle risque aussi de laisser de côté une partie de l’électorat de gauche.
La question se pose également pour les élus locaux. Fabien Verdier assure bénéficier du soutien de nombreux maires. Mais parrainer un candidat reste un choix politique visible. Les élus doivent donc arbitrer entre la défense d’une candidature territoriale et la volonté de soutenir une personnalité ayant davantage de chances d’atteindre le second tour de la primaire.
Les prochains rendez-vous à surveiller
La première échéance sera la validation des candidatures. Fabien Verdier doit réunir les parrainages requis pour pouvoir participer officiellement au scrutin.
Viendra ensuite la campagne interne, avec la présentation des projets et les débats entre candidats. Les organisateurs prévoient le premier tour les 9 et 10 octobre 2026, puis le second tour les 16 et 17 octobre.
Pour Fabien Verdier, l’enjeu sera de transformer une critique largement entendue en proposition politique précise. Reste à savoir comment financer le retour des services publics, quels emplois créer dans les villes moyennes et comment répartir les investissements entre métropoles et territoires périphériques.
La primaire dira aussi si la « justice territoriale » peut devenir un thème national, au-delà des élus et des habitants directement concernés.



