Le vote allemand qui fragilise Merz et peut compliquer les choix européens des citoyens
La percée de l’AfD dans deux régions allemandes met Friedrich Merz sous pression. Entre vote de colère, blocage des coalitions et tensions européennes, cette séquence pourrait peser sur les décisions de Berlin.

L’AfD est arrivée en tête en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, tandis que la CDU de Friedrich Merz a fortement reculé. Faute de majorité et d’alliés, l’extrême droite pourrait rester éloignée du pouvoir régional, mais son influence pèse déjà sur les choix migratoires, budgétaires et européens de Berlin.
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Que se passe-t-il quand un parti d’extrême droite arrive en tête dans deux régions allemandes, tandis que la droite traditionnelle recule fortement ? La réponse dépasse les frontières de ces Länder : elle touche la solidité du gouvernement de Friedrich Merz et la capacité de Berlin à peser en Europe.
Un séisme électoral concentré dans l’est de l’Allemagne
En deux dimanches, les 6 et 20 septembre 2026, trois scrutins régionaux ont redessiné le paysage politique allemand. L’AfD, le parti d’extrême droite, est arrivée en tête en Saxe-Anhalt avec 43,8 % des voix. Deux semaines plus tard, elle a obtenu 38,2 % en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.
Dans ces deux régions de l’ancienne Allemagne de l’Est, l’AfD a plus que doublé son score en cinq ans. En Saxe-Anhalt, sa progression constitue même la plus forte jamais enregistrée par un parti depuis la création de la République fédérale en 1949. Les résultats détaillés sont disponibles dans les analyses consacrées au scrutin de Saxe-Anhalt et à celui du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.
La CDU, le parti conservateur du chancelier Friedrich Merz, a subi le mouvement inverse. Elle n’a recueilli que 17,2 % en Saxe-Anhalt. Il s’agit de son plus mauvais résultat dans cette région. En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, elle est tombée à 4,9 %, sous le seuil de 5 % nécessaire pour entrer au Parlement régional.
À Berlin, le résultat a pris une autre forme. Die Linke, la gauche radicale, est arrivée en tête avec 25,7 % des voix. Le parti a plus que doublé son score par rapport au scrutin de 2023. La CDU a toutefois devancé l’AfD, sans empêcher son recul dans la capitale.
Un vote de colère, mais pas une victoire gouvernementale
Ces résultats expriment plusieurs mécontentements. Dans l’est du pays, une partie des électeurs conserve le sentiment d’être désavantagée depuis la réunification de 1990. La désindustrialisation, les écarts de revenus et le vieillissement démographique alimentent cette frustration.
La Saxe-Anhalt figure parmi les régions les plus pauvres d’Allemagne. Dans les territoires ruraux, la disparition des emplois industriels s’est accompagnée d’un recul des services publics et des perspectives pour les jeunes. L’AfD transforme ce malaise en message politique. Elle promet de durcir la politique migratoire, défend un modèle familial traditionnel et rejette une partie des politiques climatiques.
Son succès ne repose toutefois pas uniquement sur une adhésion complète à son programme. Certains électeurs utilisent aussi le scrutin pour sanctionner le gouvernement fédéral. La coalition entre la CDU et le SPD peine à convaincre dans un contexte de croissance faible, de débats sur le pouvoir d’achat et de réformes impopulaires.
Le niveau de participation nuance néanmoins l’idée d’un simple vote de protestation. Elle a atteint entre 74 % et 78 % dans les trois scrutins. À Berlin, les électeurs âgés de 16 à 18 ans ont également pu voter pour la première fois à une élection régionale. Ce nouvel électorat a contribué à renforcer le poids des enjeux sociaux et du logement.
À Berlin, Die Linke a précisément misé sur ces préoccupations quotidiennes. Le parti a fait campagne sur le logement abordable, le pouvoir d’achat et la redistribution des richesses. Il a ainsi bénéficié d’une dynamique différente de celle de l’AfD, centrée davantage sur les questions migratoires, sécuritaires et identitaires.
L’AfD arrive en tête, mais reste isolée
Le résultat électoral ne suffit pas à donner le pouvoir à l’AfD. Dans les deux Länder où elle est arrivée première, elle n’a pas obtenu de majorité absolue. Elle doit donc trouver des partenaires pour élire un ministre-président et faire adopter ses textes.
Or, les autres partis maintiennent officiellement un « cordon sanitaire », c’est-à-dire le refus de gouverner avec l’extrême droite. Cette règle complique fortement la formation des exécutifs régionaux. Elle permet aussi aux formations concurrentes de conserver le contrôle des institutions, malgré leur recul électoral.
En Saxe-Anhalt, l’AfD dispose de 39 sièges sur 83. La majorité absolue lui a échappé de peu. Le BSW, une formation de gauche radicale, a obtenu cinq sièges. Sa position pourrait devenir décisive pour les votes à venir, même si le parti affirme ne pas vouloir former de coalition avec l’AfD.
Amira Mohamed Ali, présidente fédérale du BSW, a déclaré le 26 septembre : « Nous prendrons nos décisions en fonction des programmes. […] Nous ne faisons aucune distinction en fonction de l’appartenance politique des partenaires avec lesquels nous collaborons. » Cette position ouvre la voie à des coopérations ponctuelles, mais pas nécessairement à une alliance gouvernementale.
Le Parlement régional doit se réunir le 6 octobre. L’élection du ministre-président pourrait intervenir en novembre. Le candidat de l’AfD, Ulrich Siegmund, pourrait donc arriver à la tête du Land sans disposer d’une coalition formelle. Ce scénario serait inédit depuis 1945, même si sa réalisation dépendra de plusieurs votes successifs.
En Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la gauche semble mieux placée pour conserver le pouvoir. La ministre-présidente sortante Manuela Schwesig, membre du SPD, pourrait élargir sa coalition. À Berlin, Die Linke devra négocier avec les Verts et le SPD si elle veut diriger la ville-région. Dans les deux cas, l’AfD est en tête ou progresse, mais elle reste privée d’alliés naturels.
Un avertissement pour Friedrich Merz et pour l’Europe
Pour Friedrich Merz, la séquence est particulièrement dangereuse. Le chancelier a reconnu un « désastre » électoral pour la CDU. Il a cependant exclu de démissionner et maintient son calendrier de réformes. L’AfD demande au contraire son départ et veut faire de ces scrutins un référendum contre la coalition au pouvoir.
Le problème est aussi stratégique. Pour répondre à l’extrême droite, Friedrich Merz défend un recentrage national sur l’industrie, le budget et la politique migratoire. Cette orientation peut rassurer une partie de l’électorat conservateur. Elle risque aussi d’affaiblir les compromis européens sur le climat, l’immigration et les finances communes.
L’enjeu est concret. Les négociations sur le budget pluriannuel de l’Union européenne pour 2028-2034 sont déjà engagées. Friedrich Merz demande une réduction de plusieurs centaines de milliards d’euros. Un gouvernement allemand plus fragile pourrait ralentir les discussions et réduire la capacité de Berlin à construire des compromis avec Paris et les autres capitales.
La montée de l’AfD inquiète également ses partenaires sur la défense, le soutien à l’Ukraine et la politique étrangère. Le parti défend des positions favorables à la Russie et une ligne souverainiste. Son influence électorale ne se traduit pas encore par un accès au gouvernement régional. Elle pèse toutefois déjà sur l’agenda des partis traditionnels.
La prochaine échéance à surveiller sera la formation des exécutifs en Saxe-Anhalt et en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale. Le vote d’investiture du ministre-président en Saxe-Anhalt dira si le cordon sanitaire tient face à une AfD arrivée largement en tête. À l’échelle nationale, les élections régionales de l’ouest de l’Allemagne au printemps 2027 permettront de mesurer si le phénomène reste concentré dans l’ex-RDA ou s’étend à l’ensemble du pays.



