Au Sénat, le RN gagne un groupe : Edwige Diaz doit transformer la percée électorale en influence politique
Élue sénatrice de la Gironde, Edwige Diaz prend la tête du premier groupe RN au Sénat. Elle devra unir des élus venus d’horizons différents et imposer une ligne dans une chambre toujours dominée par la droite.

Élue en Gironde, Edwige Diaz prend la direction du premier groupe parlementaire RN constitué au Sénat. Elle devra coordonner des élus issus du RN et de la droite alliée, tout en négociant avec une chambre dominée par les Républicains. Cette implantation donne au parti davantage de moyens et de visibilité, mais pas la capacité d’imposer seul son agenda.
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Que peut réellement changer l’arrivée du Rassemblement national au Sénat ? Pour le parti, l’enjeu dépasse le symbole. Il s’agit désormais de transformer une percée électorale en influence parlementaire. À 38 ans, Edwige Diaz est chargée d’incarner cette nouvelle étape.
Une entrée historique au Palais du Luxembourg
Le 27 septembre 2026, Edwige Diaz a été élue sénatrice de la Gironde. Elle figurait en tête de la liste RN dans un département où six sièges étaient à pourvoir. Le scrutin a aussi confirmé la domination des listes de droite et du centre, qui ont obtenu cinq sièges sur six.
Cette élection permet au RN de revenir au Sénat avec plusieurs élus. En s’alliant à des sénateurs issus de l’Union des droites pour la République, le parti dispose désormais du nombre nécessaire pour constituer un groupe parlementaire. C’est une première dans l’histoire de la Ve République.
Un groupe parlementaire n’est pas une simple étiquette. Il permet de disposer de collaborateurs, de temps de parole et de moyens matériels. Il facilite aussi le dépôt de propositions de loi et la création de commissions d’enquête. Pour le RN, l’objectif est donc d’obtenir une présence durable dans une institution où il était jusque-là marginal.
Edwige Diaz doit prendre ses fonctions au Sénat le 1er octobre. Elle reste parallèlement députée de la 11e circonscription de la Gironde, un mandat qu’elle exerce depuis 2022, avec une interruption liée à la dissolution de 2024 puis à sa réélection.
Une militante formée par les défaites locales
Edwige Diaz est née le 15 octobre 1987 à Marseille. Après des études d’espagnol, elle commence sa vie professionnelle comme cadre administrative et commerciale. Elle fait ses premiers pas politiques à l’UMP, l’ancien nom des Républicains, et vote pour Nicolas Sarkozy en 2007.
Son parcours bascule en 2012. Après avoir rencontré Marine Le Pen lors de la campagne présidentielle, elle rejoint le Front national, devenu Rassemblement national en 2018. Le parti cherche alors à professionnaliser ses équipes. Son implantation locale et sa capacité à tenir un discours politique attirent rapidement l’attention de ses responsables.
Jacques Colombier, alors cadre du parti en Nouvelle-Aquitaine, l’encourage à s’implanter en Gironde. Les débuts sont difficiles. Edwige Diaz échoue aux élections municipales et sénatoriales. En 2015, elle devient toutefois conseillère régionale de Nouvelle-Aquitaine et prend la tête de la fédération RN de Gironde.
Elle essuie ensuite une défaite aux législatives de 2017. Dans une circonscription portée par la vague macroniste, elle recueille près de 43 % des voix au second tour. En 2020, elle échoue encore à conquérir la mairie de Saint-Savin, mais atteint le second tour.
Ces revers ont contribué à construire son profil. Elle connaît les réseaux militants, les élus locaux et les attentes d’un territoire rural ou périurbain. Cette expérience est particulièrement utile au Sénat, une chambre élue par les grands électeurs, principalement des conseillers municipaux et des élus locaux.
La stratégie du terrain, de Saint-Savin à l’Assemblée
La 11e circonscription de la Gironde comprend notamment Saint-Savin, Blaye et Coutras. Le territoire combine petites communes, activités agricoles, revenus modestes et accès parfois difficile à Bordeaux. Il a aussi été marqué par la mobilisation des « gilets jaunes ».
Edwige Diaz s’appuie sur cette implantation pour gagner les législatives de 2022. Elle bat la députée sortante de la majorité présidentielle et entre à l’Assemblée nationale. En 2024, après la dissolution, elle est réélue dès le premier tour avec 53,33 % des suffrages.
Son ascension ne repose cependant pas uniquement sur ses résultats électoraux. Elle devient une figure régulièrement mise en avant par Marine Le Pen et Jordan Bardella. Elle participe aux débats télévisés et intervient fréquemment pour défendre les positions du RN face aux élus macronistes, socialistes ou insoumis.
Pour la direction du parti, son profil coche plusieurs cases. Elle est jeune, expérimentée sur le terrain et à l’aise dans les médias. Elle représente aussi la génération chargée de rendre le RN plus présent dans les institutions locales et parlementaires.
Une mission délicate dans un Sénat dominé par la droite
La présidence du groupe RN au Sénat ne sera pas une fonction honorifique. Edwige Diaz devra d’abord faire travailler ensemble des élus aux parcours différents. Certains sont issus du RN historique. D’autres sont proches d’Éric Ciotti et de l’UDR, avec une culture politique davantage libérale et conservatrice.
Cette diversité peut élargir l’audience du groupe. Elle peut aussi créer des tensions sur les priorités économiques, sociales ou institutionnelles. Le RN devra notamment arbitrer entre la défense du pouvoir d’achat, la critique des normes et une ligne plus favorable à la baisse des dépenses publiques.
Le Sénat impose par ailleurs un rapport de force particulier. La droite y conserve une position centrale. Les Républicains disposent de réseaux anciens, d’une forte implantation municipale et d’une expérience approfondie des procédures parlementaires. Le groupe RN devra donc négocier pour obtenir des postes, faire inscrire ses textes et peser sur les compromis.
Son arrivée profite d’abord au RN. Le parti gagne des moyens, une visibilité accrue et un accès direct à une chambre qui participe à l’examen des lois. Elle peut aussi servir de relais aux maires favorables à ses propositions, notamment sur la sécurité, l’immigration, l’agriculture ou les compétences des collectivités.
Pour les autres groupes, l’arrivée du RN constitue en revanche un nouveau facteur de concurrence. La droite risque de voir certains élus locaux se rapprocher de cette nouvelle force parlementaire. Mais cette perspective reste limitée par la culture propre du Sénat et par la fidélité de nombreux élus à leurs groupes traditionnels.
Un symbole pour le RN, une influence encore à démontrer
Jordan Bardella a présenté Edwige Diaz comme une élue de terrain ayant acquis sa légitimité par les campagnes successives. Marine Le Pen lui accorde également sa confiance. Cette proximité renforce son poids dans l’appareil du parti.
Ses adversaires soulignent toutefois que le succès électoral ne garantit pas l’influence parlementaire. Le Sénat fonctionne avec des majorités variables et privilégie souvent les accords entre groupes. Avec un effectif inférieur à celui des Républicains, le RN ne pourra pas imposer seul son agenda.
Le groupe devra donc choisir ses batailles. Il pourra chercher à obtenir des avancées sur des textes précis, soutenir certaines initiatives de la droite ou mettre en avant des propositions emblématiques. Dans tous les cas, sa capacité à produire des compromis sera observée de près.
L’autre enjeu concerne les relations avec les élus de droite. Le RN espère attirer des sénateurs tentés par une alliance avant l’élection présidentielle. Mais le passage d’un groupe à l’autre reste une décision lourde. Il peut provoquer des ruptures locales et fragiliser les équilibres municipaux.
Les premières semaines seront décisives
Edwige Diaz devra rapidement installer son groupe, répartir les responsabilités et définir ses priorités. Le règlement du Sénat, la composition des commissions et les négociations entre présidents de groupe seront les premiers tests de son autorité.
Il faudra aussi surveiller la composition définitive du groupe RN-UDR. Le nombre de sénateurs déterminera ses moyens et sa capacité à obtenir des responsabilités. Les premiers textes défendus permettront ensuite de mesurer si cette entrée historique se transforme en influence concrète.
Pour Edwige Diaz, le défi est clair : prolonger dans la chambre haute le travail d’implantation mené en Gironde, sans perdre la cohésion d’un groupe encore neuf. Sa réussite dépendra moins de son exposition médiatique que de sa capacité à négocier avec une institution où le RN doit encore apprendre à durer.



