À Plouasne, les électeurs revotent après l’égalité parfaite et l’annulation d’un scrutin municipal sous tension
À Plouasne, les habitants doivent voter à nouveau après une égalité parfaite entre deux listes et l’annulation du scrutin par le tribunal administratif. La commune traverse aussi une crise politique liée à la démission de son maire.

À Plouasne, les deux listes arrivées au second tour avaient obtenu 514 voix chacune. Le tribunal administratif a annulé le scrutin en raison d’irrégularités, entraînant aussi l’annulation de l’élection du maire. Les habitants doivent donc désigner une nouvelle équipe municipale dans un climat marqué par les tensions et une procédure judiciaire visant l’ancien édile.
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À Plouasne, les habitants doivent retourner voter après un scrutin municipal hors norme. Deux listes avaient obtenu exactement 514 voix. Puis l’élection du maire a été annulée par la justice, dans un contexte local déjà profondément tendu.
Une égalité parfaite au second tour
Plouasne compte environ 1 800 habitants, dans les Côtes-d’Armor, entre Rennes et Dinan. Les élections municipales des 15 et 22 mars 2026 y ont opposé trois listes au premier tour, puis deux au second.
Le premier tour avait placé Michel Daugan en tête avec 431 voix, devant Élisabeth Bordeau, créditée de 376 suffrages. Antoine Chatain, troisième candidat, avait obtenu 260 voix. Aucune liste n’ayant atteint la majorité absolue, un second tour était nécessaire.
Le 22 mars, le résultat a été parfaitement équilibré. Les listes conduites par Michel Daugan et Élisabeth Bordeau ont chacune recueilli 514 voix. Dans une commune où 1 081 électeurs ont voté, chaque bulletin pouvait donc peser lourd.
Le code électoral prévoit une règle particulière en cas d’égalité. Lorsque deux listes obtiennent le même nombre de voix, les sièges reviennent à la liste dont les candidats présentent la moyenne d’âge la plus élevée. C’est ce mécanisme qui avait permis à la liste de Michel Daugan d’obtenir 15 sièges, contre 4 pour celle d’Élisabeth Bordeau.
Michel Daugan avait ainsi été élu maire. Mais cette désignation n’a pas résisté aux événements qui ont suivi.
Une élection annulée par le tribunal administratif
Le tribunal administratif de Rennes a annulé les élections municipales de Plouasne dans un jugement rendu le 19 mai 2026. La décision faisait suite à plusieurs recours, déposés notamment par le préfet des Côtes-d’Armor, la tête de la liste adverse et des électeurs de la commune.
Le juge a retenu deux irrégularités concernant le décompte des voix du second tour. L’une d’elles portait sur un bulletin considéré comme irrégulier. Son retrait hypothétique aurait ramené la liste de Michel Daugan à 513 voix.
Cette correction ne suffisait pas à proclamer automatiquement Élisabeth Bordeau vainqueure. Le tribunal a estimé qu’il était impossible de déterminer avec certitude à quelle liste le bulletin litigieux avait été destiné. En revanche, l’écart entre les deux listes était suffisamment faible pour justifier l’annulation du scrutin.
Le tribunal a également annulé le premier tour. En droit électoral, les deux tours d’une élection municipale forment un ensemble indivisible lorsque le second tour est annulé. L’élection de Michel Daugan comme maire et comme représentant de Plouasne au sein de Dinan Agglomération a donc été annulée elle aussi.
Les électeurs ont dès lors été convoqués pour de nouvelles élections municipales et communautaires. Le conseil municipal devra ensuite élire le maire parmi ses membres.
Un scrutin qui dépasse le simple duel politique
Le contentieux électoral ne résume pourtant pas la crise traversée par la commune. Michel Daugan a démissionné de son mandat après avoir été mis en examen dans une affaire de violences en réunion. Un adjoint est également concerné par cette procédure.
Une mise en examen signifie qu’un juge d’instruction estime qu’il existe des indices graves ou concordants justifiant la poursuite des investigations. Elle ne constitue pas une condamnation. La responsabilité pénale des personnes concernées devra être établie par la justice.
Cette distinction est essentielle pour les habitants. Leur commune doit désormais organiser une nouvelle élection alors que l’ancien maire est visé par une procédure judiciaire et que le scrutin précédent a été invalidé pour des irrégularités. Les débats municipaux se trouvent ainsi liés à une affaire qui dépasse les dossiers habituels d’une commune rurale.
Pour les candidats, l’enjeu est aussi de rétablir un fonctionnement municipal stable. Une mairie ne gère pas seulement un budget et des équipements. Elle assure également les services de proximité, les relations avec l’intercommunalité et le suivi de projets locaux. Une période d’instabilité peut compliquer ces décisions, surtout dans une petite commune où les équipes municipales disposent de moyens humains limités.
Les habitants, eux, doivent voter à nouveau après s’être déjà déplacés pour un scrutin dont le résultat a été annulé. Cette répétition peut nourrir la lassitude ou l’abstention. Elle peut aussi renforcer la mobilisation de ceux qui considèrent que l’avenir de la commune doit être tranché clairement.
Deux listes, deux réponses à la crise
Élisabeth Bordeau avait placé sa campagne sous le signe de l’apaisement. Lors d’une réunion publique, elle a appelé à « rétablir les liens brisés » et à « travailler à l’apaisement ». Son équipe présente donc le nouveau scrutin comme une occasion de tourner la page et de reconstruire des relations politiques plus sereines.
Cette ligne peut bénéficier aux électeurs qui souhaitent mettre fin aux tensions. Elle suppose toutefois de convaincre au-delà du cercle des soutiens de la candidate. Dans une commune de cette taille, les désaccords électoraux peuvent rapidement toucher les relations professionnelles, familiales ou associatives.
Le camp de Michel Daugan avait, lors du précédent scrutin, conservé une majorité très nette de sièges malgré l’égalité en voix. Il disposait de 15 élus sur 19. Mais cette configuration n’est plus directement transposable après l’annulation judiciaire et la démission du maire.
La nouvelle campagne se déroule donc avec un rapport de force différent. Les électeurs ne choisissent pas seulement entre deux programmes. Ils doivent aussi se prononcer sur une méthode de gouvernance, sur la capacité des candidats à restaurer la confiance et sur leur aptitude à travailler avec une opposition municipale.
Les résultats officiels du précédent scrutin montrent par ailleurs une participation de 74,14 % au second tour. Cette mobilisation élevée rappelle que l’affaire a suscité un intérêt important dans la commune. Reste à savoir si les électeurs se déplaceront dans les mêmes proportions pour ce nouveau vote.
La prochaine étape : un nouveau conseil municipal
Le prochain scrutin doit permettre de désigner une nouvelle équipe municipale et de mettre fin à la vacance politique créée par l’annulation. Une fois les résultats proclamés, le conseil municipal élira le maire et ses adjoints.
Le principal indicateur à surveiller sera d’abord la participation. Dans une élection aussi serrée, quelques dizaines de bulletins peuvent modifier la répartition des sièges. Le nombre de bulletins blancs et nuls sera également observé, après les contestations qui ont entouré le précédent dépouillement.
Plouasne devra ensuite renouer avec un fonctionnement quotidien. Le prochain maire devra gérer les dossiers municipaux, représenter la commune auprès de Dinan Agglomération et tenter de rétablir un dialogue politique local. Après une égalité parfaite, une annulation judiciaire et une démission, le vote ne sera pas seulement une nouvelle échéance électorale. Il servira aussi à mesurer la capacité du village à sortir de la crise.



