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ÉCONOMIE & SOCIéTé L’école au bord de l’affrontement

Mobilisation lycéenne : comment protéger les élèves sans étouffer leur contestation sociale

Alors que des centaines de lycées ferment et que des violences éclatent, Dominique de Villepin appelle à distinguer les casseurs des manifestants. Le gouvernement doit garantir la sécurité tout en répondant aux revendications des élèves.

Grille rouillée de lycée verrouillée par une chaîne, affiches de blocage, cour vide visible derrière les barreaux.
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En bref

Le mouvement lycéen entraîne des blocages, des fermetures d’établissements et des violences ayant blessé des élèves, des personnels et des policiers. Dominique de Villepin demande des interventions policières ciblées, une grande prudence avec les armes de défense et un dialogue réel avec les jeunes, les établissements et les collectivités.

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Comment protéger les lycéens quand les blocages dégénèrent, sans transformer toute mobilisation en affrontement avec la police ? C’est la question qui s’impose alors que des centaines d’établissements doivent encore fermer et que les violences se multiplient autour des manifestations.

Une mobilisation lycéenne qui change d’échelle

Le mouvement a commencé le 17 septembre. Il s’est ensuite étendu à de nombreux établissements. À l’origine, les lycéens dénoncent une situation jugée indigne dans plusieurs établissements et réclament des réponses concrètes du gouvernement.

Mais les blocages ont été accompagnés d’incidents violents. Des établissements ont été dégradés. Des policiers ont été pris pour cible. Des élèves et des personnels de l’Éducation nationale ont également été blessés.

Au 4 octobre, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray indiquait que 170 élèves et 65 membres du personnel avaient été blessés depuis le début de la mobilisation. Il annonçait aussi la fermeture totale ou partielle de 400 à 500 établissements pour le lundi 5 octobre.

Ces fermetures répondent d’abord à une question de sécurité. Elles perturbent toutefois la continuité des cours. Les familles doivent parfois garder leurs enfants à domicile. Les élèves les plus fragiles risquent, eux, de perdre davantage de temps scolaire.

Dominique de Villepin critique la réponse de l’État

Invité dans l’émission Le Grand oral, Dominique de Villepin a reconnu la gravité des violences visant les forces de l’ordre. Il a évoqué des policiers « visés, caillassés avec des jets d’acide » et a jugé ces faits « inacceptables ».

Mais l’ancien Premier ministre estime que le gouvernement doit aussi regarder en face les conditions du maintien de l’ordre. Cette expression désigne les méthodes utilisées pour prévenir les troubles, protéger les personnes et encadrer une manifestation.

« Il y a un problème de maintien de l’ordre dans notre pays et il faut savoir le regarder en face », a-t-il déclaré. Pour lui, l’État ne peut pas répondre uniquement par des opérations policières classiques à une mobilisation qui concerne des adolescents.

Dominique de Villepin juge également que l’exécutif commet une « immense erreur » en qualifiant les blocages de lycées de « violences urbaines ». Cette formule rapproche le mouvement lycéen d’émeutes ou de troubles qui ne poursuivraient aucun objectif social.

À ses yeux, cette qualification risque surtout de masquer les causes de la mobilisation. Il appelle le gouvernement à reconnaître la réalité des difficultés dans les établissements et à apporter des réponses matérielles, notamment avec les collectivités locales, les régions et les équipes éducatives.

Le débat sur les armes et la proportionnalité

Les images diffusées sur les réseaux sociaux ont renforcé la polémique. Elles montrent notamment une femme brûlée au visage à Marseille et un lycéen malmené dans un ruisseau à Belfort par un commissaire de police.

Ces images ne suffisent pas, à elles seules, à résumer l’ensemble des opérations de maintien de l’ordre. Elles posent néanmoins une question centrale : comment distinguer rapidement les personnes violentes des manifestants qui ne menacent personne ?

Dominique de Villepin demande des interventions « ciblées et proportionnées ». Il souhaite que les forces de l’ordre protègent en priorité les lycéens présents dans les rassemblements.

Il réclame aussi une grande prudence dans l’usage du flash-ball, terme couramment employé pour désigner les lanceurs de balles de défense. Il demande la fin des tirs tendus et estime que cette arme ne doit être utilisée qu’« uniquement contre des cibles identifiées ».

Cette demande répond aux inquiétudes de nombreux parents. La présence de gaz lacrymogène, de charges et de tirs dans des rassemblements où se trouvent des mineurs peut provoquer un sentiment d’insécurité durable. Elle peut aussi éloigner les familles de toute participation à une mobilisation publique.

À l’inverse, les policiers et les personnels présents sur le terrain doivent faire face à des jets de projectiles, à des dégradations et à des attaques parfois graves. Leur sécurité constitue donc une autre contrainte concrète. Le maintien de l’ordre doit protéger les manifestants, mais aussi ceux qui interviennent et les riverains.

Une opposition entre fermeté et dialogue

Sur le principe, Dominique de Villepin refuse toute justification de la violence. « La violence n’est jamais légitime », affirme-t-il. Il estime toutefois qu’un gouvernement doit l’anticiper au lieu d’attendre que la situation se dégrade.

Cette position le place entre deux lignes. Il condamne les violences commises par certains manifestants. En même temps, il critique une réponse policière qu’il juge trop générale et insuffisamment adaptée à la présence de lycéens.

Le gouvernement défend, de son côté, la nécessité de protéger les établissements, les élèves et les personnels. Les fermetures annoncées pour le 5 octobre montrent que l’exécutif considère les conditions de sécurité comme prioritaires.

Les organisations lycéennes contestent cette réponse. Elles appellent à poursuivre la mobilisation le mardi 6 octobre, en dénonçant l’absence de « mesures concrètes ». Elles se désolidarisent des violences, tout en estimant que les blocages ne doivent pas être réduits à l’action de groupes violents.

Le désaccord porte donc aussi sur le diagnostic. Pour le gouvernement, des groupuscules d’ultragauche auraient pris le mouvement en otage. Pour Dominique de Villepin, cette lecture détourne l’attention des revendications et empêche l’ouverture d’un dialogue avec les élèves, les établissements et les collectivités.

Des conséquences très différentes selon les territoires

Les effets de la mobilisation ne sont pas les mêmes partout. Dans les établissements déjà fragilisés, une fermeture peut aggraver les difficultés d’apprentissage et désorganiser les familles. Dans les lycées mieux dotés, le retour en classe peut parfois être plus rapide.

Les personnels de direction se trouvent au premier plan. Ils doivent décider de maintenir ou non l’accueil des élèves, protéger les bâtiments et dialoguer avec les manifestants. Les enseignants doivent ensuite rattraper les cours perdus, sans toujours disposer de moyens supplémentaires.

Les collectivités locales sont également sollicitées. Elles gèrent une partie des bâtiments, des transports scolaires et des dispositifs de sécurité. Leur implication peut faciliter la sortie de crise, mais elle ne peut pas remplacer une décision nationale sur les revendications portées par les lycéens.

Pour les familles, l’enjeu est immédiat : savoir si l’établissement sera ouvert, si les transports fonctionneront et si les enfants pourront se rendre en cours sans danger. Pour les lycéens, le risque est double. Ils peuvent être exposés aux violences, mais aussi perdre une partie de leur scolarité si les fermetures se prolongent.

Le 6 octobre, prochain test pour le gouvernement

La journée du mardi 6 octobre doit constituer un nouveau point de tension. Les organisations lycéennes ont appelé à de nouveaux blocages et rassemblements. Leur mobilisation dépendra de leur capacité à maintenir des cortèges sans violences et à formuler des demandes précises.

Le gouvernement devra, lui, répondre sur deux fronts. Il devra garantir la sécurité des élèves et des personnels. Il devra aussi montrer que le dialogue peut produire des décisions concrètes, et pas seulement des déclarations.

Le principal enjeu des prochains jours sera donc la capacité de l’État à séparer clairement trois situations : la mobilisation sociale, les dégradations et les attaques contre les forces de l’ordre. C’est sur cette distinction que se jouera la suite de la crise.

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