À Jérusalem, le soutien de Retailleau à Israël met à l’épreuve son engagement pour une solution à deux États
En Israël, Bruno Retailleau rend hommage aux victimes du 7 octobre et défend un soutien marqué à l’État israélien. Son déplacement soulève aussi une question politique : comment concilier cette ligne avec la perspective d’un État palestinien viable ?

Bruno Retailleau se rend en Israël, où il rend hommage aux victimes du 7 octobre 2023 et défend des liens étroits avec l’État israélien. Il soutient aussi la création d’un État palestinien viable, mais sa critique de ceux qui parlent de génocide à Gaza nourrit le débat sur l’équilibre entre solidarité, droit international et protection des civils.
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Comment soutenir les victimes du 7 octobre sans écarter les droits des Palestiniens ? En Israël, Bruno Retailleau place cette question au cœur d’un déplacement qui engage aussi sa campagne présidentielle.
Un hommage aux victimes, un message aux électeurs français
Trois ans après les attaques du 7 octobre 2023, le candidat Les Républicains effectue une visite de deux jours à Tel-Aviv et Jérusalem. Son programme associe une rencontre avec la communauté française, un hommage sur le site du festival Nova et un entretien avec Isaac Herzog, président d’Israël.
Au mémorial du festival, il échange avec Cathy Zohar, dont la fille Bar a été tuée. Elle raconte une jeune femme qui aimait la musique et les mathématiques, et devait entrer à l’université. Pour cette mère, témoigner permet de préserver une présence, malgré la peur d’oublier une voix ou un parfum.
Retailleau inscrit cette rencontre dans une solidarité entre les deux pays. Il rappelle que 51 Français ont perdu la vie et évoque les « liens du sang » entre Israël et la France. Ce bilan figure également dans les déclarations françaises consacrées à la mémoire du 7 octobre.
Le déplacement poursuit aussi un objectif politique : montrer que le prétendant à l’Élysée peut parler aux dirigeants étrangers. Après un voyage à Kiev en mai, il veut construire une stature internationale, à l’approche de la présidentielle de 2027.
Le Hamas et Gaza : deux questions à distinguer
Le chef de LR condamne sans ambiguïté le Hamas. Cette qualification ne relève pas seulement du débat partisan français : l’organisation figure parmi les groupes visés par les sanctions européennes contre le terrorisme.
En revanche, Retailleau franchit un autre seuil lorsqu’il affirme que ceux qui emploient le mot génocide veulent excuser les actes du Hamas. Il s’agit d’une accusation politique sur leurs intentions, pas d’un constat juridique.
Une voix contradictoire existe hors des partis français. Le 5 décembre 2024, Amnesty International a publié une enquête concluant à un génocide contre les Palestiniens de Gaza. L’organisation s’appuie notamment sur les destructions, les conditions de survie imposées aux habitants et des déclarations de responsables israéliens. Israël rejette cette accusation.
Le débat possède également une dimension judiciaire. L’Afrique du Sud a saisi la Cour internationale de justice, qui tranche les différends entre États. Dans cette procédure concernant l’application de la convention sur le génocide à Gaza, la Cour a ordonné des mesures conservatoires en 2024. Ces mesures d’urgence ne constituent pas, à elles seules, un jugement établissant un génocide.
La distinction compte pour les citoyens. Condamner les attaques du Hamas, défendre la sécurité des Israéliens et examiner les responsabilités des autorités israéliennes ne sont pas des positions incompatibles. Les familles endeuillées demandent reconnaissance et sécurité. Les civils palestiniens ont, eux aussi, des droits que la lutte contre le terrorisme ne supprime pas.
Deux États : un accord de principe, des obstacles concrets
Retailleau ne renonce pas à la solution à deux États : un Israël et une Palestine vivant côte à côte. Il défend un État palestinien viable, démocratique et débarrassé du Hamas. Il renvoie aussi le statut de Jérusalem à un règlement négocié.
Sur ce point, la différence avec Emmanuel Macron ne porte donc pas sur le seul objectif final. La France a reconnu l’État de Palestine le 22 septembre 2025. Dans son discours annonçant cette reconnaissance diplomatique, le président a défendu les droits des deux peuples et présenté cette décision comme un moyen de préserver une issue politique.
Le cadre soutenu par Paris exige également le désarmement du Hamas et son exclusion de la gouvernance de Gaza. La Déclaration de New York sur la solution à deux États, approuvée par 142 États le 12 septembre 2025, associe cette exigence à la condamnation des attaques du 7 octobre.
Mais une reconnaissance diplomatique ne suffit pas à rendre un État viable. La sécurité, la continuité territoriale et l’existence d’autorités capables de gouverner restent déterminantes. Pour les habitants, ces questions conditionnent les déplacements, le travail et l’accès aux services. Pour les dirigeants, elles déterminent la possibilité d’appliquer un accord.
Retailleau formule d’ailleurs une critique de la situation en Cisjordanie, sans détailler les mesures qu’il prendrait. Le 8 septembre 2026, la France, le Royaume-Uni et le Canada ont annoncé vouloir interdire les importations de produits des colonies et appliquer des sanctions ciblées. Ces mesures viseraient ceux qui facilitent la colonisation ou en tirent profit.
Une bataille française sur la diplomatie et l’identité
Le candidat dirige une grande partie de ses critiques contre La France insoumise. Il l’accuse d’entretenir une proximité avec l’antisémitisme à des fins électorales. Cette accusation reste la sienne : elle ne permet pas de confondre toutes les mobilisations pour les droits palestiniens avec un soutien au Hamas.
Son discours cherche à rassurer les Français préoccupés par l’antisémitisme et à mobiliser un électorat attaché à une droite affirmant son soutien à Israël. Cependant, associer globalement les critiques d’Israël à une complaisance terroriste risque de fermer le débat sur la protection des civils palestiniens.
Retailleau attaque également Emmanuel Macron pour son absence à la marche contre l’antisémitisme du 12 novembre 2023. Il affirme qu’un président devait se trouver en tête du cortège. Enfin, il réitère son souhait d’inscrire les racines judéo-chrétiennes de la France dans la Constitution, reliant diplomatie et identité nationale.
Dans les prochaines semaines, deux éléments permettront de mesurer la portée de ce voyage : les propositions diplomatiques concrètes du candidat et la traduction des sanctions annoncées contre les colonies. L’enjeu sera de passer du soutien symbolique aux décisions, avec leurs conséquences distinctes pour les dirigeants, les acteurs économiques et les populations.



