Remplacement des enseignants : le plan promis peut-il rendre leurs heures de cours aux lycéens les plus touchés ?
Édouard Geffray annonce un plan d’urgence face aux cours perdus faute de remplaçants. Les lycéens attendent des mesures précises, notamment pour les absences longues et les établissements les plus en difficulté.

Édouard Geffray promet un plan d’urgence pour réduire les cours perdus faute d’enseignants, après des témoignages de lycéens sur des absences prolongées et des difficultés à trouver un stage. La réponse devra préciser les moyens prévus, traiter aussi les absences longues et tenir compte des établissements les plus touchés, alors que les contraintes budgétaires restent débattues.
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Comment préparer son bac quand les cours disparaissent de l’emploi du temps, parfois pendant des mois ? Pour les lycéens mobilisés, remplacer les enseignants absents touche directement aux conditions d’apprentissage et à leur avenir.
Jeudi 8 octobre, à Reims, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé un « plan d’urgence » sur les remplacements. Il promet d’en présenter les données précises d’ici « quelques heures ou quelques jours ». Reste à connaître les moyens mobilisés et les délais concrets pour retrouver un professeur devant chaque classe.
Des heures perdues qui dépassent les seules absences
Le problème dépasse les situations individuelles. Un rapport parlementaire sur le remplacement des enseignants, reprenant les données du ministère, chiffre à environ 20 millions les heures d’enseignement non assurées en 2024-2025. Cela représente 9,8 % des heures prévues dans les collèges et lycées publics, soit presque une sur dix.
Il faut cependant distinguer deux causes. Le non-remplacement des professeurs représente 7,5 % des heures prévues, contre 2,3 % pour les fermetures d’établissement. Ces dernières résultent notamment de l’organisation des examens. Un plan consacré aux remplaçants ne réglera donc pas, à lui seul, toutes les interruptions de cours.
À Reims, les témoignages donnent une dimension concrète à ces chiffres. Au lycée professionnel Raymond Kopa, une élève a décrit un enseignant absent pendant toute une année scolaire, sans remplacement. Un autre élève de terminale professionnelle a signalé des sanitaires dégradés, avec un seul cabinet qui ferme et sans papier toilette.
Plusieurs jeunes ont aussi évoqué leurs difficultés à trouver un stage. Leurs revendications ne portent donc pas uniquement sur les cours manquants. Elles concernent l’ensemble des conditions nécessaires pour apprendre, préparer un diplôme et accéder au monde professionnel.
Deux circuits de remplacement, deux contraintes différentes
Dans le secondaire, la durée de l’absence détermine l’organisation. Pour les absences courtes, inférieures à quinze jours, l’établissement organise la réponse. Au-delà, les services académiques prennent le relais. Ils mobilisent des titulaires sur zone de remplacement, les TZR, ou des enseignants contractuels. Le ministère détaille ces circuits dans sa présentation de l’organisation du remplacement des enseignants.
Depuis la rentrée 2023, le Pacte enseignant rémunère notamment les professeurs volontaires qui assurent des remplacements courts. Une mission de dix-huit heures rapporte 1 250 euros bruts. Le dispositif permet aux directions de solliciter des personnels déjà présents, sans attendre une affectation extérieure. Pour les volontaires, il offre une rémunération supplémentaire en contrepartie d’un engagement de travail.
Mais remplacer quelques heures et couvrir une année entière ne relèvent pas du même mécanisme. Dans le second cas, il faut un enseignant disponible pour assurer durablement les cours. Le ministère prévoit précisément le recours aux TZR et aux contractuels pour ces absences longues. Le cas évoqué à Reims impose donc de regarder au-delà du seul remplacement ponctuel.
Édouard Geffray affirme avoir amélioré les outils de suivi. L’objectif annoncé : cibler davantage les établissements les plus concernés. Ce suivi doit permettre de repérer les besoins. Toutefois, la Cour des comptes juge encore insuffisants les outils qui mesurent le temps d’enseignement perdu. Elle recommande aussi de renforcer l’attractivité des territoires et de diversifier le vivier d’enseignants.
Les élèves les plus fragiles subissent davantage les interruptions
Tous les établissements ne connaissent pas les mêmes difficultés. Dans son rapport sur le temps d’enseignement perdu au collège, publié en décembre 2025, la Cour des comptes souligne les écarts sociaux et territoriaux. Pour 2023-2024, les collèges de l’éducation prioritaire perdaient 11 % des heures, contre 8 % ailleurs, rappelle la Défenseure des droits.
Les zones rurales isolées rencontrent également davantage de difficultés pour remplacer leurs enseignants. Le ciblage promis par le ministre devra donc tenir compte de ces contraintes territoriales. Sans cela, une amélioration de la moyenne nationale pourrait laisser subsister les situations les plus dégradées.
La Défenseure des droits, Claire Hédon, insiste sur la continuité du service public d’enseignement. Dans son analyse des conséquences sociales des cours non assurés, elle souligne leur poids sur les élèves déjà confrontés à des difficultés sociales. L’enjeu n’est pas seulement de remplir un emploi du temps : il concerne l’accès effectif à une scolarité continue et égale.
Assurer des cours sans reporter toute la charge sur les équipes
Pour le ministère, le remplacement court constitue un levier de continuité pédagogique. Les élèves bénéficient des heures rétablies et les directions disposent d’un outil supplémentaire. Mais le SNES-FSU conteste les modalités du dispositif. Dans son analyse des plans de remplacement de courte durée, le syndicat alerte sur les contraintes horaires et les délais de préparation.
Il défend ainsi les conditions de travail des enseignants, mais soulève aussi une question pédagogique. Préparer une séance utile exige du temps et des supports adaptés. Le syndicat critique notamment les prescriptions de partage de ressources et de préparation collective, qui ajoutent du travail aux heures de remplacement elles-mêmes.
Le rapport de force porte donc sur la répartition de l’effort. Le ministère veut mobiliser les équipes pour limiter les interruptions. Le syndicat refuse que cette réponse dégrade leur travail. Pour les élèves, l’évaluation devra porter sur les apprentissages assurés, pas seulement sur le nombre d’heures occupées.
Les prochains engagements devront préciser moyens et calendrier
Le ministre doit rencontrer les trois principales organisations lycéennes dans l’après-midi du 8 octobre. Il prévoit d’aborder les remplacements, la démocratie lycéenne et Parcoursup. Sur l’orientation, il assure que les élèves de terminale bénéficieront dès cette année des mesures envisagées, sans en détailler encore le contenu.
Édouard Geffray promet une résolution aussi rapide que possible des revendications, dans un cadre budgétaire soumis au Parlement. Deux étapes permettront désormais de mesurer la portée de l’annonce : la présentation du plan dans les heures ou jours promis, puis le débat sur ses moyens. Il faudra notamment vérifier la place accordée aux absences longues et aux établissements les plus touchés.



