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ÉCONOMIE & SOCIéTé Blessures et colère dans les lycées

Blessures de lycéens : entre demande d’excuses, enquêtes et réponses attendues sur leurs conditions d’études

Après les blessures survenues pendant la mobilisation, le maire de Saint-Denis demande à Emmanuel Macron de s’excuser auprès des familles. Le bilan des victimes, les enquêtes de l’IGPN et les revendications scolaires maintiennent la pression sur l’exécutif.

Salle de classe de lycée aux tables serrées et usées, avec chaises dépareillées, fournitures éparses et tableau mural.
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En bref

Le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, réclame des excuses présidentielles pour les familles d’élèves blessés pendant la mobilisation. Les autorités font état de 215 élèves et 85 personnels éducatifs blessés, tandis que l’IGPN a ouvert 18 enquêtes. Le mouvement porte aussi sur les moyens et les conditions d’apprentissage dans les lycées.

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Comment continuer à faire entendre des revendications scolaires quand des adolescents rentrent de manifestation grièvement blessés ? Pour les familles, la mobilisation lycéenne pose désormais deux questions : les conditions d’études et la protection de leurs enfants.

Une demande d’excuses, au-delà des réponses budgétaires

Dans la manifestation parisienne du jeudi 8 octobre 2026, Bally Bagayoko interpelle directement Emmanuel Macron. Le maire LFI de Saint-Denis lui demande de présenter « ses excuses » aux familles des élèves blessés. Il réclame un geste de reconnaissance, distinct des mesures attendues pour l’école.

« Nos lycéens ont été blessés, nos enfants ont été blessés », déclare l’élu. À ses yeux, une parole présidentielle ne nécessite pas des milliards, mais de l’humanisme. Il déplore l’absence de prise de parole du chef de l’État depuis le début du mouvement.

Cette intervention engage aussi un rapport de force politique. Bally Bagayoko apporte son soutien aux jeunes mobilisés et conteste la réponse de l’exécutif. Pour les familles concernées, cependant, la demande porte d’abord sur la reconnaissance des blessures et sur les responsabilités.

Le maire critique également l’allocution de Sébastien Lecornu, prononcée mercredi 7 octobre. Le Premier ministre a renvoyé les premières décisions à la fin octobre. Bally Bagayoko juge ce calendrier « irresponsable » et dénonce une « gesticulation verbale ». Le désaccord concerne donc autant le contenu des réponses que leur urgence.

Des blessures nombreuses, des responsabilités à établir

Les bilans disponibles donnent la mesure de la crise. Les autorités recensent 215 élèves et 85 personnels éducatifs blessés depuis le début du mouvement. Matignon affirme que la majorité des blessures d’élèves provient d’accidents ou d’individus extérieurs. Cette explication gouvernementale ne permet toutefois pas d’attribuer chaque blessure à une cause précise.

Le bilan communiqué dans le cadre de la mobilisation fait également état de près de 800 policiers et gendarmes blessés. Ces chiffres concernent des groupes différents. Ils ne renseignent pas, à eux seuls, sur la gravité respective des blessures ni sur les circonstances de chaque incident.

Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, annonce 18 enquêtes de l’IGPN, le service chargé d’enquêter sur les comportements des policiers. L’ouverture d’une enquête ne constitue pas une conclusion sur les responsabilités. Elle doit permettre d’examiner les faits concernés.

À Lens, un manifestant de 15 ans a eu la main arrachée lundi 5 octobre. Mercredi, le ministre a annoncé la suspension de l’usage des grenades assourdissantes. Cette décision modifie immédiatement les moyens disponibles pour le maintien de l’ordre. Elle ne règle ni la question des responsabilités, ni celle de l’accompagnement des victimes.

Deux exigences se confrontent ainsi sans nécessairement s’exclure : protéger les personnes et garantir l’accès aux établissements. Les élèves, les personnels et les forces de l’ordre sont tous exposés. Mais les adolescents blessés et leurs familles doivent aussi affronter les conséquences durables de ces blessures.

Les revendications scolaires ne disparaissent pas derrière les violences

La mobilisation porte également sur le fonctionnement quotidien des lycées. Dans leur communiqué de soutien aux revendications lycéennes, le SNES-FSU, le SNEP-FSU et le SNUEP-FSU évoquent le manque de personnels, des bâtiments vétustes et des classes trop chargées. Ils dénoncent aussi des emplois du temps difficiles et des obstacles à la poursuite d’études.

Ces syndicats défendent les conditions de travail des personnels autant que les conditions d’apprentissage des élèves. Leur soutien élargit donc le mouvement. Il rapproche les revendications des jeunes de demandes professionnelles déjà portées dans l’Éducation nationale.

Pour répondre, il faut néanmoins distinguer les responsables. L’État gère notamment les enseignants et l’organisation pédagogique. Les régions ont la charge des bâtiments des lycées, de leur équipement et de leur fonctionnement matériel. Cette répartition des compétences scolaires entre l’État et les collectivités oblige à coordonner les réponses.

Une annonce nationale ne suffit donc pas à résoudre simultanément un remplacement d’enseignant et un chantier de rénovation. Les besoins appellent des décisions différentes, avec des délais distincts. Les établissements doivent ensuite pouvoir constater leurs effets concrets.

Le montant global des dépenses ne dit pas tout

La France a consacré 199,2 milliards d’euros à l’éducation en 2025, soit 6,7 % du produit intérieur brut. Selon la note de la DEPP sur les dépenses d’éducation en 2025, la hausse atteint 1,2 % en euros courants. Après correction de l’évolution des prix, elle se limite à 0,1 %.

Ce total couvre tout le système éducatif, pas seulement les lycées. Il ne permet donc pas de mesurer les moyens disponibles dans chaque établissement. Une dépense nationale élevée peut coexister avec des difficultés locales : l’enjeu concerne aussi sa répartition et son utilisation.

Les situations scolaires diffèrent également selon les territoires et les milieux sociaux. La DEPP documente ces écarts dans L’état de l’École et ses indicateurs d’inégalités scolaires. Pour apprécier une réponse gouvernementale, il faudra donc regarder quels établissements et quels élèves en bénéficient réellement.

Deux échéances pour mesurer la sortie de crise

Jeudi 8 octobre, la majorité des établissements ont rouvert. Des blocages persistent néanmoins dans des lycées et des universités. Reprendre les cours répond aux besoins des élèves qui souhaitent étudier. Poursuivre la mobilisation permet, pour ses participants, de maintenir la pression sur les décideurs.

Bally Bagayoko défend la légitimité des revendications et refuse de considérer les lycéens comme instrumentalisés. De leur côté, les syndicats enseignants appellent les personnels à se tenir auprès des élèves. L’exécutif met en avant les enjeux de sécurité et fixe un calendrier de décisions plus tardif.

La prochaine journée de mobilisation et de grève doit avoir lieu le 13 octobre. Puis viendra l’échéance de fin octobre annoncée par Sébastien Lecornu. Deux éléments permettront d’évaluer la réponse : les mesures concrètes pour les établissements et les suites données aux enquêtes sur les blessures.

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