À Poissy, l’annulation des municipales laisse les habitants dans l’attente d’un nouvel arbitrage du Conseil d’État
Le tribunal administratif a annulé les municipales de Poissy après avoir estimé que des soutiens politiques revendiqués à tort avaient pu fausser le premier tour. La maire annonce un appel, tandis que les élus restent en fonction dans l’attente d’une décision définitive.

Le tribunal administratif de Versailles a invalidé les municipales de Poissy, estimant que des soutiens politiques revendiqués à tort avaient pu influencer le premier tour. La maire Sandrine Berno Dos Santos annonce un appel devant le Conseil d’État. En attendant son verdict, les élus restent en fonction ; une nouvelle élection dépendra de la décision définitive.
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Les habitants de Poissy devront-ils retourner voter alors qu’ils ont déjà choisi leur équipe municipale en mars ? La justice a annulé le scrutin, mais l’appel annoncé par la maire laisse encore ouverte l’issue de cette bataille électorale.
Un scrutin annulé, une mairie qui poursuit son activité
Le tribunal administratif de Versailles a annulé, jeudi 8 octobre 2026, les élections municipales des 15 et 22 mars à Poissy, dans les Yvelines. Sandrine Berno Dos Santos, maire divers droite, annonce qu’elle fera appel devant le Conseil d’État, la plus haute juridiction administrative.
Cette décision ne signifie donc pas un départ immédiat de l’équipe municipale. L’article L250 du code électoral sur le maintien en fonction des conseillers municipaux prévoit que les élus restent en poste jusqu’à la décision définitive sur les contestations. Pour les habitants, la procédure judiciaire n’interrompt pas, à elle seule, le fonctionnement de la commune.
Le litige présente une particularité : les faits qui justifient l’annulation concernent un candidat éliminé au premier tour, pas la liste victorieuse. Pourtant, leurs conséquences possibles touchent l’ensemble de l’élection. Pour comprendre ce mécanisme, il faut revenir à une différence de quelques dizaines de bulletins.
Pourquoi 59 voix peuvent changer toute une élection
Mathieu Paranthoën conduisait la liste « Mieux vivre Poissy, la gauche et l’écologie avec vous ». Au premier tour, elle a terminé troisième avec 1 271 voix, soit 9,56 % des suffrages exprimés. Le tribunal relève qu’il lui manquait seulement 59 voix pour atteindre le seuil permettant de se maintenir au second tour, dans son communiqué sur l’annulation des municipales de Poissy.
Ce seuil de 10 % constitue une frontière décisive. Au-dessus, une liste peut présenter ses candidats au second tour. Entre 5 % et 10 %, elle peut seulement fusionner avec une liste qualifiée. Ces règles du scrutin municipal et des fusions de listes donnent donc des possibilités très différentes à des équipes séparées par peu de voix.
Mathieu Paranthoën a contesté les agissements de « Poissy Debout ! », la liste divers gauche de Maxime Legrand. Celle-ci avait terminé sixième, avec 464 voix. Selon le tribunal, les deux listes pouvaient attirer une partie du même électorat. L’écart réduit avec le seuil de qualification donne ainsi un poids particulier aux irrégularités constatées.
Le raisonnement ne consiste pas à attribuer automatiquement les 464 voix à Mathieu Paranthoën. Il porte sur une autre question : les manœuvres ont-elles pu modifier les résultats du premier tour, donc les choix proposés au second ? Le tribunal a répondu oui.
Des soutiens politiques qui ont trompé les électeurs
Les juges reprochent à « Poissy Debout ! » d’avoir revendiqué des soutiens de personnalités politiques de premier plan. Or ces personnalités et leurs mouvements ont démenti leur existence. Le tribunal considère que ces revendications pouvaient induire les électeurs en erreur.
Autre point retenu : la confusion entre des associations et des partis. Les documents de campagne mentionnaient « Les Écolos » et « Yvelines socialistes ». Pourtant, seule la liste de Mathieu Paranthoën bénéficiait du soutien officiel du Parti socialiste et des Écologistes.
Dans une campagne locale, ces références aident les électeurs à identifier une orientation et des alliances. Ici, le tribunal estime que leur utilisation a brouillé ces repères. Il a également déclaré Maxime Legrand inéligible pendant un an : cette sanction lui interdit de se présenter à une élection durant cette période.
La sanction personnelle et l’annulation répondent à deux enjeux distincts. La première vise le candidat concerné. La seconde porte sur les conséquences possibles de ses agissements pour tous les participants, y compris ceux auxquels le jugement ne reproche pas ces manœuvres.
Une victoire nette au second tour, mais un premier tour déterminant
Au second tour, Sandrine Berno Dos Santos a remporté 52,96 % des suffrages exprimés face à Karl Olive. Les résultats officiels des municipales de Poissy recensent 6 876 voix pour sa liste, qui a obtenu 33 sièges au conseil municipal.
Cette majorité constitue le principal argument politique de la maire : défendre le choix des électeurs du second tour. Elle regrette « profondément » l’annulation et souligne que les griefs retenus ne concernent pas directement son équipe.
À l’inverse, le recours de Mathieu Paranthoën défend la possibilité, pour sa liste et ses électeurs, de participer au second tour. Son succès judiciaire lui ouvre une perspective de nouvelle candidature si l’annulation devient définitive. Il ne lui garantit toutefois aucun résultat électoral.
Les intérêts diffèrent donc. La majorité municipale cherche à préserver son mandat. La liste requérante veut rétablir une compétition qu’elle estime faussée. Pour les électeurs, l’enjeu dépasse ces stratégies : il concerne à la fois la fiabilité des informations de campagne et la stabilité de leur représentation.
Le rapport de force initial rappelle aussi que rien n’était acquis. Karl Olive avait terminé premier le 15 mars, avec 42,61 %, contre 32,42 % pour Sandrine Berno Dos Santos. Celle-ci l’a ensuite dépassé. Les deux tours ont bien produit des équilibres différents.
La prochaine étape se jouera devant le Conseil d’État
Pour les candidats, un nouveau scrutin signifierait reprendre une campagne et reconstruire des alliances. Pour les habitants, il faudrait choisir à nouveau leurs représentants. Mais cette perspective reste conditionnée à l’issue de la procédure : l’annonce d’un appel ne constitue pas encore une décision du Conseil d’État.
La prochaine étape à surveiller est donc le dépôt de cet appel, puis son examen. Si le Conseil d’État confirme l’annulation, de nouvelles élections devront avoir lieu. S’il l’infirme, le scrutin de mars restera valable. D’ici là, les élus demeurent en fonction conformément au code électoral.



