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ÉCONOMIE Le répit à la pompe en question

Pourquoi la baisse du gazole pourrait soulager certains conducteurs sans alléger durablement le budget des automobilistes

La baisse annoncée de 12 à 18 centimes par litre pourrait réduire de 6 à 9 euros le coût d’un plein de 50 litres. Mais elle ne concerne pas l’essence et dépend encore de sa mise en œuvre par les distributeurs.

Des mains replacent un pistolet de gazole sur une pompe usée, au premier plan d’une station-service.
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En bref

Le gouvernement veut mobiliser 10 millions de barils de réserves pour faire baisser le gazole de 12 à 18 centimes par litre avant le 1er novembre. Pour un plein de 50 litres, cela représenterait 6 à 9 euros d’économie, sous réserve de la répercussion par les distributeurs. Les automobilistes roulant à l’essence ne sont pas concernés par cette mesure.

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Combien restera-t-il à payer pour aller travailler lorsque le gazole aura baissé ? Pour les automobilistes qui enchaînent les kilomètres, quelques centimes comptent, mais ne suffisent pas à effacer plusieurs mois de hausse.

Le gouvernement promet une diminution de 12 à 18 centimes par litre de gazole avant le 1er novembre. L’essence reste en dehors de cette annonce. Derrière le soulagement attendu, deux questions persistent : combien chaque conducteur économisera-t-il réellement, et combien de temps cela durera-t-il ?

Une baisse annoncée face à une hausse beaucoup plus forte

Mercredi 7 octobre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé vouloir mobiliser 10 millions de barils des stocks stratégiques. Ces réserves de pétrole et de carburants servent à amortir les crises. L’exécutif entend ainsi faire diminuer le prix du gazole sans financer une nouvelle remise publique à la pompe.

Le point de départ reste élevé. Jeudi 8 octobre au matin, les prix moyens atteignaient 2,36 euros par litre de gazole et 2,20 euros pour l’essence. Depuis février, les augmentations avoisinent respectivement 39 % et 26 %. L’annonce ne ramènerait donc pas les automobilistes aux prix d’avant la flambée.

Cette tension découle du long blocage du détroit d’Ormuz pendant la guerre au Moyen-Orient. Le passage des pétroliers a partiellement repris cet été, sous escorte américaine. Mais cette reprise n’a pas effacé le choc sur les prix des carburants.

Si la baisse annoncée s’appliquait intégralement au prix moyen du 8 octobre, le gazole reviendrait entre 2,18 et 2,24 euros. Ce calcul donne un ordre de grandeur, pas un tarif garanti : d’autres variations peuvent intervenir d’ici sa mise en œuvre.

Six à neuf euros de moins pour un plein de 50 litres

Pour un plein de 50 litres, une réduction de 12 à 18 centimes représenterait une économie de 6 à 9 euros. Sur 30 litres, le gain serait de 3,60 à 5,40 euros. C’est une aide concrète, mais limitée au regard des dépenses répétées des grands rouleurs.

Dans une station-service des Yvelines, Nawel, professeure des écoles, souligne cette limite. Elle traverse chaque jour le département. Même une diminution de 18 centimes lui paraît insuffisante pour changer sensiblement son budget. Son inquiétude porte autant sur le niveau des prix que sur la réalité de la baisse.

À Rambouillet, Stéphane voit néanmoins une possibilité de dégager un peu d’argent à l’approche des fêtes. Nicolas, lui aussi grand rouleur, retient surtout l’exclusion de l’essence. Deux conducteurs effectuant des trajets comparables ne bénéficieront pas du même soutien si leurs véhicules utilisent des carburants différents.

La dépendance à la voiture varie aussi selon les territoires. Une étude publique sur les déplacements domicile-travail, publiée en avril 2024, exploite l’enquête mobilité de 2019. La voiture assurait alors 87 % des trajets professionnels locaux dans les communes rurales, contre 54 % dans les communes densément peuplées.

Ces données ne décrivent pas les pratiques actuelles, mais elles éclairent une différence structurelle. Pour les salariés qui doivent rouler chaque jour, le carburant constitue une dépense difficile à éviter. Une même économie par litre pèse davantage dans un budget serré, tandis qu’un conducteur consommant beaucoup reçoit un gain total supérieur.

Les réserves, un amortisseur plutôt qu’une ressource illimitée

La France dispose d’environ 17 millions de tonnes de réserves pétrolières, soit un peu plus de 120 millions de barils. Cela correspond à un ordre de grandeur de trois mois de stocks. Les 10 millions de barils annoncés constituent donc une mobilisation significative, sans représenter l’ensemble des réserves disponibles.

Le dispositif ne se résume toutefois pas à des cuves appartenant directement à l’État. Les opérateurs pétroliers portent une obligation de stockage. Ils peuvent en déléguer une grande partie au Comité professionnel des stocks stratégiques pétroliers, qui s’appuie sur la Sagess.

Comme le précise la présentation des obligations françaises de stockage pétrolier, ces réserves comprennent du pétrole brut, mais aussi des produits déjà raffinés. Cette distinction compte : du gazole disponible peut alimenter la distribution, tandis que le pétrole brut doit d’abord passer par une raffinerie.

Ensuite, libérer des stocks ne signifie pas livrer directement les stations. Selon les procédures de mise à disposition des réserves de la Sagess, le ministère chargé de l’énergie décide de leur allocation. Les distributeurs organisent l’enlèvement et l’expédition. Le dispositif prévoit également la restitution des produits en fin de crise.

Ces étapes expliquent pourquoi l’annonce ne produit pas instantanément un nouveau prix sur les panneaux. Le gouvernement doit encore négocier avec les distributeurs. Le bénéfice pour les automobilistes dépendra de la traduction effective de l’opération dans les tarifs.

Un répit pour les conducteurs, un arbitrage pour l’État

Pour l’exécutif, cette solution permet de répondre à la pression sur le pouvoir d’achat sans annoncer une dépense budgétaire de remise. Les utilisateurs de diesel en seraient les bénéficiaires directs. Les conducteurs roulant à l’essence resteraient, eux, sans réduction spécifique dans le cadre présenté.

Cette logique rencontre deux critiques distinctes. Nicolas préférerait une baisse des taxes sur les carburants. Marion conteste surtout la durée du soutien : puiser dans les réserves ne peut pas se prolonger indéfiniment. Elle y voit une façon de calmer momentanément le mécontentement plutôt qu’une réponse durable à la crise.

Le recours aux stocks possède pourtant des précédents. La France a déjà mobilisé 14,5 millions de barils en mars, dans le cadre d’un accord entre pays de l’Agence internationale de l’énergie. Elle l’avait également fait en mars 2022, après le début de la guerre en Ukraine, et en 2016, pendant les blocages de raffineries contre la loi travail.

Le gouvernement affirme qu’il n’existe aucun risque d’approvisionnement à court terme. L’enjeu immédiat concerne donc le prix davantage qu’une pénurie annoncée. D’ici au 1er novembre, trois éléments permettront de mesurer le résultat : les engagements des distributeurs, l’ampleur réelle de la baisse et sa durée. Pour les automobilistes, le test se fera sur le ticket du prochain plein.

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