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ACTUALITé NATIONALE La facture du redressement

Budget 2027 : qui paiera le prix du déficit entre baisse de la surtaxe des grands groupes et économies publiques ?

Sébastien Lecornu défend une baisse de la surtaxe sur les grandes entreprises et une trajectoire de réduction du déficit. Face aux critiques de Michel Barnier, le débat porte aussi sur la répartition de l’effort entre entreprises, ménages et services publics.

Dossier budgétaire ouvert et microphone sur un pupitre, dans une salle parlementaire ornée aux rangées de sièges en arrière-plan.
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En bref

Sébastien Lecornu défend son projet de budget 2027 face aux critiques de Michel Barnier, alors que le gouvernement vise un déficit public de 5 % du PIB. Le plan prévoit de réduire, sans la supprimer, la surtaxe des grandes entreprises. Le Parlement devra arbitrer les recettes et les dépenses, avec des conséquences pour les entreprises, les ménages et les services publics.

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Qui doit payer pour réduire le déficit : les grandes entreprises, les ménages ou les services publics ? Derrière l’échange tendu entre Sébastien Lecornu et Michel Barnier, c’est cette répartition de l’effort qui se joue.

Un même diagnostic, une bataille sur les moyens

Michel Barnier reproche à son successeur de manquer d’audace pour redresser les comptes publics. Dans un courrier du 6 octobre, l’ancien premier ministre Les Républicains critique ses choix budgétaires. Sébastien Lecornu lui répond en défendant son projet pour 2027 : « La maîtrise du déficit public n’est pas une option ».

Le désaccord ne porte donc pas sur la nécessité de réduire le déficit, cette différence entre les dépenses publiques et les recettes. Il concerne les moyens d’y parvenir. Matignon entend notamment alléger la surtaxe sur les grandes entreprises, tout en demandant à Michel Barnier de faciliter l’adoption du budget malgré ses réserves.

Cette discussion intervient après un nouveau dérapage des comptes. Le gouvernement estime désormais le déficit de 2026 à 5,4 % du produit intérieur brut, contre un objectif initial de 5 %. Pour 2027, il vise de nouveau 5 %. Le PIB mesure la richesse produite dans le pays en une année. Ces prévisions restent des objectifs gouvernementaux, pas des résultats acquis.

Ce que dit vraiment le chiffre de 53,9 %

Pour défendre sa trajectoire, Sébastien Lecornu avance un indicateur précis. Avec son projet, la dépense publique hors intérêts de la dette représenterait 53,9 % du PIB. Elle retrouverait ainsi, affirme-t-il, son niveau le plus bas depuis 2019. Le poids total des dépenses publiques dans l’économie diminuerait pour la première fois depuis 2023.

Deux précautions permettent de comprendre cet argument. D’abord, une diminution du rapport entre dépenses et PIB ne signifie pas nécessairement une baisse des dépenses en euros. Ce rapport peut aussi reculer lorsque l’économie progresse plus vite que les dépenses. Ensuite, retirer les intérêts de la dette permet d’isoler les autres dépenses, mais ne fait pas disparaître cette facture.

Le chiffre de 53,9 % ne suffit donc pas à décrire ce que chaque citoyen recevra ou paiera. Pour le mesurer, il faut regarder les décisions concrètes : prestations, budgets des administrations, prélèvements et aides. Le gouvernement a présenté ses projets de budget de l’État et de financement de la Sécurité sociale le 1er octobre. Leur contenu reste soumis à la discussion parlementaire.

La surtaxe baisse, sans disparaître

Le choix le plus visible concerne la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, créée en 2025. Le projet pour 2027 la reconduit, mais ramène son rendement attendu à 5 milliards d’euros. Il ne s’agit donc pas d’une suppression : les groupes concernés continueraient à payer un supplément d’impôt, moins élevé qu’auparavant.

Les majorations prévues passeraient de 20,6 % à 15,7 % pour les entreprises réalisant entre 1,5 et 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Au-delà de 3 milliards, elles reculeraient de 41,2 % à 31,4 %. Attention : ces pourcentages majorent l’impôt sur les sociétés. Ils ne représentent pas une taxe prélevée directement sur le chiffre d’affaires.

Les bénéficiaires directs de cet allègement seraient donc les grands groupes soumis à la contribution. Sébastien Lecornu défend une logique de visibilité fiscale : il estime qu’une surtaxe durable pourrait décourager les investisseurs. Dans sa lettre aux entrepreneurs du 9 septembre, il relie cette baisse à l’investissement, à l’innovation et aux créations d’emplois. Ce sont les effets recherchés, non une garantie de résultat.

Petites entreprises et grands groupes : des effets différents

La baisse de la surtaxe ne résume pourtant pas le budget des entreprises. Le projet modifie aussi les allègements de cotisations patronales. Il prévoit notamment d’intégrer certains compléments de salaire dans leur calcul. Une entreprise pourrait ainsi bénéficier d’une surtaxe réduite tout en supportant d’autres prélèvements supplémentaires.

Les petites structures, qui ne bénéficient pas directement de cet allègement réservé aux grands groupes, redoutent surtout l’évolution du coût du travail. Le Syndicat des indépendants dénonce ainsi un nouveau poids sur les petites entreprises. Le Medef chiffre, lui, l’effort global demandé aux entreprises à près de 20 milliards d’euros. Cette estimation vient de l’organisation patronale et traduit sa lecture du projet.

Le patronat n’affiche cependant pas une position uniforme. L’Union des entreprises de proximité salue plusieurs orientations, notamment sur l’apprentissage et la lutte contre la fraude. Elle appelle les parlementaires au compromis. Les intérêts divergent donc aussi selon les secteurs, la taille des entreprises et les aides dont elles dépendent.

À gauche, une autre répartition de l’effort

La France insoumise défend le choix inverse : rendre permanente la contribution des grandes entreprises. Dans un amendement au budget 2027 sur la pérennisation de la surtaxe, ses députés présentent cette recette comme un moyen de financer durablement les services publics et les investissements climatiques. Cette position privilégie des ressources publiques stables plutôt qu’un allègement fiscal pour les groupes concernés.

Le débat dépasse ainsi le face-à-face entre deux anciens alliés de gouvernement. Réduire une recette oblige à trouver une compensation ailleurs pour conserver le même objectif de déficit. À l’inverse, maintenir un prélèvement fait porter davantage l’effort sur ses contribuables. Les ménages concernés par les prestations et les usagers des services publics ont donc, eux aussi, un intérêt direct dans ces arbitrages.

Dans les prochaines semaines, deux points permettront de juger le compromis : le montant de la surtaxe après les amendements et les dépenses retenues pour tenir la trajectoire annoncée. L’enjeu pour Sébastien Lecornu sera de transformer son objectif de maîtrise du déficit en dispositions adoptées, sans perdre les soutiens nécessaires au Parlement.

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