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ÉCONOMIE Bailleurs entre avantage et incertitude

Location meublée : la réforme fiscale peut-elle réduire les avantages sans freiner l’offre de logements ?

Le projet de budget 2027 prévoit de plafonner certains amortissements des locations meublées, avec 200 millions d’euros de recettes attendues. Les bailleurs alertent sur le risque pour l’investissement, tandis que des amendements défendent les locations résidentielles.

Table et chaises dans un appartement meublé, avec une cuisine équipée, un lit et un réfrigérateur visibles.
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En bref

Le projet de budget 2027 prévoit de limiter les amortissements déductibles pour certains loueurs en meublé non professionnels, afin de rapprocher leur régime fiscal de celui de la location vide et d’accroître les recettes de l’État. Des professionnels redoutent un recul de l’investissement, tandis que des amendements proposent de préserver les logements occupés comme résidences principales et

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Pourquoi louer un appartement avec des meubles ouvre-t-il droit à un traitement fiscal différent ? Derrière cette question se joue aussi l’offre disponible pour les ménages qui cherchent un logement durable.

Le gouvernement veut réduire les avantages fiscaux de la location meublée dans le budget 2027. Il en attend 200 millions d’euros de recettes supplémentaires. Mais les professionnels de l’immobilier redoutent un nouveau frein à l’investissement locatif.

Un avantage fiscal qui dépasse le prix des meubles

Le débat porte principalement sur les loueurs en meublé non professionnels, les LMNP, qui déclarent leurs revenus au régime réel. Ce régime permet de déduire les charges effectivement supportées, plutôt que d’appliquer un abattement forfaitaire.

Il autorise aussi l’amortissement : le propriétaire déduit chaque année une fraction de la valeur du bâtiment et du mobilier. Cette écriture comptable représente leur usure théorique. Elle ne correspond donc pas à une nouvelle dépense payée chaque année.

Résultat : un bailleur peut encaisser des loyers tout en affichant un bénéfice imposable faible, voire nul. Toutefois, l’avantage connaît déjà une limite. Selon les règles fiscales de l’amortissement en location meublée, cette déduction ne peut pas, à elle seule, créer un déficit. Les amortissements non utilisés peuvent être reportés.

Il faut ainsi distinguer recettes encaissées et bénéfice fiscal. Une absence d’impôt sur les loyers ne signifie pas que le propriétaire ne supporte aucun coût. Entretien, financement et remplacement des équipements restent à sa charge.

Ce que prévoit le projet de budget 2027

Le dispositif gouvernemental entend plafonner l’amortissement déductible des logements meublés non professionnels. Pour la location résidentielle, il prévoit un taux maximal de 2,5 %, dans la limite de 7 000 euros par an et par foyer fiscal. Pour les meublés touristiques, ces limites descendraient à 1,5 % et 5 000 euros.

Le projet restreint également les possibilités de reporter les amortissements non déduits. Ces paramètres figurent dans la présentation de l’article 7 accompagnant un amendement parlementaire sur la fiscalité des locations meublées. Il s’agit de dispositions en discussion, pas de règles définitivement acquises.

Le mécanisme ne crée donc pas une taxe identique pour tous les propriétaires. Il réduit une déduction utilisée pour calculer leur bénéfice imposable. L’effet dépendra des loyers, des charges et des amortissements de chacun.

Les bailleurs qui utilisent pleinement cet avantage seraient davantage concernés. À l’inverse, un propriétaire relevant d’un régime forfaitaire ne déduit pas individuellement ses amortissements : le cœur de cette mesure ne vise pas son mode de calcul.

Pour les locataires, des besoins très différents

Un logement meublé ne désigne pas nécessairement une location touristique. Il peut accueillir un étudiant pendant l’année universitaire, un salarié en mobilité ou un ménage qui y établit sa résidence principale. Confondre ces usages brouille le débat.

Le meublé évite d’acheter immédiatement un lit, une table ou de l’électroménager. En contrepartie, son loyer est généralement supérieur à celui d’un logement vide comparable, comme le rappelle le comparatif officiel entre location vide et location meublée. Le mobilier facilite donc l’installation, sans garantir un logement moins coûteux dans la durée.

Les contrats diffèrent aussi. Un bail meublé classique dure au moins un an, ou neuf mois pour un étudiant. Pour une location vide détenue par un particulier, la durée habituelle minimale atteint trois ans. Le dépôt de garantie peut représenter deux mois de loyer hors charges en meublé, contre un en location vide.

Ces différences comptent pour les ménages modestes. Ne pas financer de meubles peut aider au départ, mais immobiliser un dépôt plus élevé constitue une autre contrainte. Pour une famille qui cherche à rester plusieurs années, la stabilité du contrat pèse également.

Rééquilibrer l’offre ou décourager les investisseurs ?

Le gouvernement poursuit deux objectifs : obtenir des recettes et rapprocher les traitements fiscaux des différentes locations. L’État bénéficierait directement du rendement budgétaire. Les ménages cherchant une résidence principale pourraient bénéficier d’un rééquilibrage de l’offre, si les propriétaires privilégient davantage cet usage.

Cette réflexion précède le budget 2027. Le rapport de mai 2024 sur la réforme de la fiscalité locative, conduit par la députée Annaïg Le Meur, défendait déjà une convergence entre location nue et meublée. Il documentait aussi le rôle des difficultés de financement dans le ralentissement du marché. La fiscalité n’est donc pas l’unique moteur de l’investissement.

De son côté, Loïc Cantin, de la Fédération nationale de l’immobilier, reconnaît une différence de traitement. Mais il dénonce « un très mauvais signal » pour les investisseurs. Sa fédération représente des professionnels dont l’activité dépend notamment des achats et de la gestion de logements locatifs.

Son objection centrale concerne les investissements existants : les propriétaires ont construit leur financement avec certaines règles fiscales. Les modifier pour les revenus futurs peut dégrader leur équilibre financier. Cela ne signifie toutefois pas, en soi, que l’administration recalculerait les impôts des années passées.

Les exceptions au cœur de la bataille parlementaire

Les contre-propositions montrent que le débat dépasse une opposition entre propriétaires et gouvernement. Le groupe LIOT propose de préserver les meublés du parc privé servant de résidence principale, ainsi que certains logements étudiants. Il veut éviter de pénaliser une offre résidentielle utile, tout en maintenant la réforme pour d’autres usages.

Les territoires touristiques défendent également leurs contraintes. Un amendement déposé le 10 octobre 2026 sur les logements en montagne propose de protéger les acquisitions antérieures à 2027. Ses auteurs invoquent notamment des rénovations plus coûteuses et des périodes de travaux plus courtes.

La suite de l’examen budgétaire devra trancher trois points : les locations effectivement concernées, le traitement des investissements existants et le sort des amortissements accumulés. Ces arbitrages détermineront à la fois l’effort demandé aux bailleurs et les recettes réellement attendues en 2027.

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