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ÉCONOMIE & SOCIéTé L’école face aux écarts de niveau

Au collège, les groupes de niveau n’ont pas prouvé qu’ils faisaient progresser les élèves les plus fragiles

Les premières évaluations des groupes mis en place en sixième et cinquième ne détectent pas de progrès significatif en français ou en mathématiques. Le bilan souligne toutefois l’importance d’un soutien temporaire, ciblé et adapté à chaque élève.

Salle de collège avec des tables réunies en petits îlots et des cahiers ouverts, aménagée pour le travail en groupe.
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En bref

Mis en place en sixième et cinquième, les groupes en français et en mathématiques n’ont pas produit d’amélioration statistiquement significative dans les premières évaluations nationales. Les constats de terrain pointent aussi des groupes peu mobiles et des difficultés d’organisation. Les prochaines évaluations devront préciser quelles formes de soutien aident réellement les élèves, notamment les

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Un collégien qui peine à comprendre un texte progresse-t-il davantage avec des élèves qui rencontrent les mêmes difficultés ? Tout dépend du soutien proposé, du temps passé dans ce groupe et de la possibilité d’en sortir.

Cette distinction traverse le débat sur les groupes au collège. Gabriel Attal défend toujours cette réforme, lancée à la rentrée 2024. Pourtant, les premières évaluations françaises ne montrent pas les progrès attendus. Elles invitent surtout à distinguer deux organisations : répartir durablement les élèves par niveau, ou les réunir temporairement autour d’une difficulté précise.

Une promesse nationale, des organisations très différentes

Annoncée dans le cadre du « choc des savoirs », la réforme concernait le français et les mathématiques en sixième et cinquième. Son objectif : adapter l’enseignement aux acquis des élèves. Les plus fragiles devaient recevoir davantage d’attention, tandis que les plus avancés devaient pouvoir approfondir leurs apprentissages.

Le cadre initial prévoyait des groupes sur l’ensemble des horaires des deux matières. Il autorisait cependant un retour en classe entière pendant une à dix semaines par an. Les changements de groupe devaient permettre de suivre les progrès, sans enfermer les enfants dans une catégorie. Le vademecum ministériel sur les groupes de besoins présentait cette organisation.

Après deux années d’obligation, les collèges disposent désormais d’une marge de choix. Depuis la rentrée 2026, un accompagnement pédagogique renforcé remplace l’organisation imposée. Les établissements peuvent notamment conserver des groupes réduits ou constitués selon les besoins. Le nouveau cadre de l’accompagnement en français et en mathématiques ne signifie donc pas leur disparition.

Ce que les évaluations permettent vraiment de conclure

Le 15 octobre 2026, Gabriel Attal a regretté le recul de ses successeurs, estimant que personne n’avait pu mesurer l’efficacité du dispositif. Or, deux travaux publics apportent déjà des réponses. Ils ne disent pas exactement la même chose : l’un observe les pratiques, l’autre analyse les résultats scolaires.

Le premier, publié en juin 2025 par l’Inspection générale de l’éducation, repose sur des visites de terrain. Trente-cinq inspecteurs ont parcouru huit académies, visité 39 collèges et observé 228 séances. Ce travail documente les conditions d’enseignement, sans constituer à lui seul une mesure statistique de l’efficacité nationale.

Le second, publié le 24 septembre 2026 par la DEPP, le service statistique du ministère, analyse les nouvelles organisations. Son enquête s’appuie sur un échantillon représentatif de 1 500 collèges publics. Pour les élèves concernés en cinquième en 2024-2025, elle ne détecte pas d’amélioration statistiquement significative aux évaluations de début de quatrième, en français comme en mathématiques.

Cette absence de résultat mesurable ne prouve pas que chaque groupe a été inutile. La méthode peut laisser échapper des effets différents selon les élèves ou les modalités précises. Les chercheurs annoncent donc des analyses plus fines, à l’échelle des enfants et de leur groupe. Mais ces limites ne permettent pas non plus de présenter la réforme comme une réussite démontrée.

Moins d’élèves ne suffit pas à changer l’enseignement

Sur le terrain, certains enseignants ont constaté davantage de confiance chez des élèves fragiles, notamment grâce aux effectifs réduits. Toutefois, ce mieux-être ne s’est pas automatiquement traduit par les apprentissages espérés. L’Inspection générale relève notamment des difficultés à adapter les pratiques pédagogiques aux besoins des enfants.

La mobilité promise a aussi peu fonctionné. Les groupes sont souvent restés stables durant l’année. Les emplois du temps, la coordination entre professeurs et le souci de préserver les relations construites avec les élèves ont pesé. Autrement dit, une organisation pensée comme souple peut devenir durable sous l’effet de contraintes très concrètes.

Les conséquences diffèrent alors selon les profils. Un élève peut gagner un cadre rassurant, mais perdre l’occasion de travailler avec des camarades plus avancés. À l’inverse, un groupe rapide peut offrir davantage d’approfondissement. Le risque apparaît lorsque les attentes divergent durablement, alors que tous doivent ensuite retrouver un programme commun.

Les ressources disponibles comptent également. Constituer davantage de groupes exige des heures d’enseignement et des professeurs disponibles. Les arbitrages peuvent ainsi opposer le soutien aux plus jeunes à d’autres activités du collège. Une règle uniforme ne produit donc pas les mêmes possibilités dans tous les établissements.

Groupes de niveau ou groupes de besoins : la différence décisive

Gabriel Attal invoque les expériences étrangères pour défendre son choix. Mais le mot « groupe » recouvre des dispositifs différents. Réunir durablement des élèves selon leur niveau général n’équivaut pas à travailler quelques semaines sur la compréhension d’un texte ou une notion de calcul.

Les recherches synthétisées par le programme IDEE distinguent précisément ces situations. Les regroupements permanents n’apportent pas les bénéfices attendus, contrairement à certaines organisations temporaires et ciblées. Pour les élèves fragiles, l’enjeu n’est donc pas seulement de changer de salle : il faut un enseignement adapté et une réévaluation régulière des besoins.

Cette distinction a aussi guidé les ajustements ministériels dès 2025. La circulaire de rentrée demandait de cibler des compétences précises, plutôt que la moyenne générale. Elle déconseillait également de réunir des élèves aux difficultés de nature différente. Un enfant qui apprend le français n’a pas nécessairement besoin du même accompagnement qu’un camarade en difficulté de lecture.

L’autonomie locale devra aussi faire ses preuves

Le SE-Unsa défend une autre voie : abandonner l’organisation uniforme et laisser les équipes définir une stratégie adaptée à leur collège. Le syndicat réclame aussi davantage de formation pour enseigner à des élèves aux acquis différents. Cette position favorise la liberté pédagogique des personnels, tout en maintenant l’objectif d’un soutien ciblé.

Le prochain point à surveiller concerne donc les choix effectifs des collèges durant l’année 2026-2027 : quels élèves reçoivent une aide, avec quels moyens et pour combien de temps ? Les futures analyses annoncées par la DEPP devront surtout préciser quelles organisations font progresser quels élèves. C’est à cette échelle que le débat pourra dépasser l’opposition entre maintien et suppression.

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