Après les violences, les appels au départ de Laurent Nuñez interrogent la stratégie de maintien de l’ordre et la protection des manifestants
Après les violences du 17 octobre, des élus de gauche et du Rassemblement national réclament le départ du ministre de l’Intérieur. Au-delà de cette exigence, le débat porte sur l’anticipation des débordements et les consignes données aux forces de l’ordre.

Au lendemain des violences du 17 octobre, des responsables écologistes, insoumis et du Rassemblement national demandent le départ du ministre de l’Intérieur. Leurs critiques diffèrent sur le maintien de l’ordre, mais les questions portent aussi sur les consignes policières, la sécurité des manifestants et la protection des commerces. Une commission d’enquête doit être proposée à l’Assemblée
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Comment manifester sans craindre les violences, tout en protégeant les habitants et les commerces ? Après la mobilisation du 17 octobre 2026, cette double exigence place Laurent Nuñez au centre d’une crise politique.
Dimanche 18 octobre, plusieurs responsables écologistes, insoumis et du Rassemblement national ont réclamé la démission du ministre de l’Intérieur. Mais cette demande commune masque des désaccords profonds : les uns dénoncent notamment les violences contre des manifestants pacifiques, les autres l’incapacité à empêcher les dégradations.
Un ministre contesté, pour des raisons différentes
Marine Tondelier estime que Laurent Nuñez n’a « pas d’autre issue » que la « démission ». La secrétaire nationale des Écologistes, candidate à la présidentielle, lui reproche une mauvaise anticipation. Elle accuse le ministre d’avoir laissé « des villes entières » être « abandonnées aux casseurs », pendant que des manifestants pacifiques subissaient des violences.
Chez les insoumis, Danièle Obono, Antoine Léaument et Paul Vannier demandent également son départ. Leur critique porte sur l’organisation du dispositif, mais aussi sur la manière d’intervenir face aux cortèges. Ils contestent donc autant la préparation que les choix opérationnels.
Le RN formule une accusation différente. Dès samedi, le parti jugeait que, « dans une démocratie normale, Laurent Nuñez aurait déjà démissionné ». Dimanche, son porte-parole Laurent Jacobelli l’a décrit comme « complètement dépassé », dénonçant son incapacité à gérer les violences.
Cette convergence ne constitue donc pas une réponse commune au problème. Pour la gauche écologiste et insoumise, la protection des manifestants pacifiques occupe une place centrale. Le RN insiste surtout sur le rétablissement de l’autorité. Son positionnement vise aussi à incarner une alternative sécuritaire au pouvoir sortant.
La défense de Laurent Nuñez face aux demandes d’explications
Le ministre oppose à ces critiques son soutien aux policiers, aux gendarmes et aux pompiers. Dans sa réponse aux violences du 17 octobre, il distingue le droit de manifester des actes violents. Il attribue les premières exactions à des individus d’ultragauche, ensuite rejoints, selon lui, par des personnes venues piller des commerces. Cette attribution reste celle du ministre ; les enquêtes doivent identifier les auteurs.
D’autres responsables réclament des explications sans exiger, à ce stade, sa démission. Le maire de Marseille, Benoît Payan, demande quels ordres les forces de sécurité ont reçus. Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, condamne les casseurs tout en souhaitant privilégier la désescalade, c’est-à-dire les interventions qui réduisent les tensions plutôt que la confrontation.
Le désaccord concerne ainsi la doctrine de maintien de l’ordre : les principes qui guident le déploiement et l’intervention des forces de sécurité. Soutenir les agents exposés aux violences ne répond pas, à lui seul, aux questions sur les consignes. Inversement, examiner ces consignes ne retire rien à la responsabilité des auteurs de dégradations.
Les armes employées, un précédent déjà sensible
La controverse ne commence pas avec les appels à la démission. Le 16 octobre, Laurent Nuñez avait confirmé la possibilité d’utiliser des grenades assourdissantes en cas de violences urbaines extrêmement graves. Il défendait l’accès des policiers et gendarmes à leurs armes intermédiaires, destinées à intervenir sans employer une arme à feu classique.
Cette annonce suivait une suspension limitée aux manifestations lycéennes, annoncée le 7 octobre. Deux jours auparavant, un adolescent de 15 ans avait perdu une main lors d’une manifestation à Lens. Une enquête devait notamment établir les circonstances de la blessure et la conformité du tir.
Ce précédent éclaire la sensibilité du débat. Le ministère défend les moyens d’intervention des agents face aux violences graves. Les critiques portent, elles, sur les risques pour les personnes présentes et sur les conditions d’emploi des armes. Ces deux enjeux demandent des réponses précises, pas seulement un bilan global des interpellations.
Commerçants, manifestants, agents : des conséquences distinctes
Les dégâts touchent aussi des personnes éloignées de l’affrontement politique. La Fédération du commerce et de la distribution estime qu’environ 1 500 commerces ont subi directement les casses et pillages. Ce chiffre constitue une estimation professionnelle, et non un bilan définitif établi par les autorités.
Au-delà des vitrines, les conditions économiques comptent. CCI France souligne que certaines entreprises affrontaient déjà une hausse des coûts et une baisse de fréquentation des centres-villes. Dans ses alertes sur les conséquences économiques des violences, le réseau consulaire demande une aide rapide. Pour une boutique fragilisée, l’enjeu immédiat concerne donc la reprise d’activité, pas seulement la réparation matérielle.
Les intérêts diffèrent aussi selon les acteurs. Les commerçants réclament protection et soutien. Les manifestants pacifiques ont besoin de pouvoir défiler en sécurité. Les agents doivent disposer de consignes adaptées aux dangers rencontrés. Quant aux élus locaux, ils attendent des réponses sur la protection des bâtiments et de leurs habitants. Une réponse centrée uniquement sur le sort du ministre laisserait ces questions ouvertes.
Le 20 octobre, un premier rendez-vous parlementaire
La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, veut déplacer le débat vers le contrôle parlementaire. Elle a annoncé qu’elle proposerait, mardi 20 octobre, une commission d’enquête sur les violences et le maintien de l’ordre aux présidents des groupes politiques.
Cette commission, dont la création reste à décider, examinerait plusieurs points : l’organisation des groupes violents, l’anticipation des événements, les effectifs déployés et la stratégie d’intervention. L’objectif annoncé associe la protection de la population au respect du droit de manifester.
L’échéance du 20 octobre permettra donc de mesurer si les demandes d’explications débouchent sur un travail d’enquête. Son périmètre sera déterminant : étudier seulement les casseurs, ou seulement l’action policière, ne répondrait pas à l’ensemble des questions soulevées par cette journée.



