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ANALYSES & OPINIONS

David Lisnard : quand la crise révèle les hommes

Après les violences qui ont secoué la France ce week-end, une séquence télévisée pourrait bien marquer un tournant politique. Hier soir, lors d’un débat sur LCI, en refusant, avec une brutalité inhabituelle, de laisser les drames du passé occulter les urgences du présent, David Lisnard a peut-être trouvé ce qui manque à tant de responsables politiques : un moment de vérité.

David Lisnard face à une étudiante lors de l’émission « La Grande Confrontation » sur LCI.
Capture d’écran LCI
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Il arrive que quelques secondes en disent davantage sur un homme politique que dix années de discours soigneusement préparés. Lundi soir, sur LCI, David Lisnard a offert l’une de ces séquences dont la politique française a parfois le secret. Une confrontation, quelques mots crus, une colère sincère. Et, peut-être, la naissance d’une stature nouvelle.

Interpellé par une étudiante proche de La France insoumise sur les morts algériens du 17 octobre 1961, le maire de Cannes a brusquement interrompu la mécanique habituelle du débat. « J’en ai rien à foutre », a-t-il lancé, avant de rappeler qu’il n’était pas né à l’époque et que la France devait aussi regarder devant elle.

La formule choque. Elle a d’ailleurs immédiatement suscité l’indignation à gauche. Mais derrière sa rudesse, elle pose une question politique considérable : combien de temps encore la France acceptera-t-elle que chaque crise du présent soit ramenée aux tragédies du passé ?

Le refus de la culpabilité perpétuelle

Que les choses soient claires. Le 17 octobre 1961 fut un drame terrible. Des Algériens manifestant pacifiquement à Paris furent victimes d’une répression policière meurtrière sous l’autorité du préfet de l’époque, Maurice Papon, de triste mémoire. Ces crimes appartiennent à notre histoire et leur reconnaissance est indispensable.

Mais reconnaître l’Histoire n’oblige pas à en faire une condamnation perpétuelle du présent.

C’est précisément sur cette frontière que David Lisnard a réagi. Alors que la France vient de connaître des scènes de pillage, de destruction et une spectaculaire défaillance de l’autorité publique, certains choisissent de déplacer le débat vers les fautes commises soixante-cinq ans auparavant.

Le procédé n’est pas nouveau. Il est même devenu une constante d’une certaine gauche radicale : substituer à l’examen des responsabilités contemporaines le procès moral des générations précédentes.

À force, cette logique produit un résultat paradoxal. Elle prétend réparer les fractures du passé mais risque de les entretenir indéfiniment. Elle prétend émanciper les Français issus de l’immigration mais peut contribuer à les enfermer dans une identité de victimes héréditaires.

Or la France ne se résume pas à ses blessures. Elle est aussi cette nation dans laquelle des femmes et des hommes venus d’Afrique, du Maghreb ou d’ailleurs bâtissent des entreprises, réussissent, créent des emplois et participent pleinement à l’aventure nationale.

Leur horizon ne saurait être éternellement déterminé par ce que leurs parents ou leurs grands-parents ont subi.

Une France qui ne veut plus baisser les yeux

Il existe aujourd’hui, dans une partie du pays, une exaspération que les responsables politiques auraient tort de sous-estimer. Celle de Français qui ont le sentiment de devoir constamment s’excuser, se justifier, accepter l’inacceptable, tandis que les questions les plus élémentaires — la sécurité, l’ordre, l’école, le travail — demeurent sans réponse satisfaisante.

Ils ne demandent pas d’effacer le passé. Ils demandent que le présent retrouve ses droits.

C’est probablement cette sensibilité que David Lisnard a touchée, volontairement ou non.

La comparaison avec François Bayrou vient naturellement à l’esprit. Le 9 avril 2002, à Strasbourg, alors candidat à la présidentielle, celui-ci avait giflé un jeune garçon qui venait de tenter de lui faire les poches. Le geste était contestable, mais la séquence avait marqué les esprits parce qu’elle rompait soudainement avec les codes convenus de la communication politique.

La comparaison a ses limites. Il n’empêche : dans les deux cas, c’est moins le geste lui-même que la spontanéité d’une réaction qui interpelle.

Les Français sont peut-être moins sensibles aux discours de fermeté qu’aux hommes qui donnent le sentiment de ne plus vouloir céder.

Dans les crises, les hommes se révèlent

C’est ici que cette séquence prend une dimension nouvelle. David Lisnard était jusqu’ici identifié comme un maire efficace, un libéral convaincu, un défenseur des collectivités locales et un critique du fonctionnement de l’État. Un responsable politique sérieux, assurément. Mais dont la personnalité nationale restait encore à imposer.

Lundi soir, il s’est passé autre chose.

Face à une interpellation qu’il jugeait manifestement déplacée, Lisnard n’a pas cherché la formule prudente. Il n’a pas tenté de ménager toutes les susceptibilités. Il a choisi l’affrontement, au risque de choquer.

Sa réaction n’était pas nécessairement élégante. Elle n’était probablement pas calculée. C’est précisément ce qui pourrait lui donner une portée politique.

Car les crises ne révèlent pas seulement les faiblesses des institutions. Elles révèlent aussi des tempéraments.

Reste évidemment à transformer cette colère en vision, cette autorité de ton en autorité d’action. Un éclat télévisé ne constitue ni un programme présidentiel ni une preuve d’aptitude à gouverner.

Mais il peut faire apparaître ce que les campagnes les plus sophistiquées peinent parfois à fabriquer : un caractère.

Et si David Lisnard venait de changer de dimension ?

À quelques mois de la présidentielle, la droite française cherche toujours ses équilibres, ses alliances et, surtout, ses incarnations.

Marine Le Pen dispose d’un socle électoral considérable. Éric Ciotti a fait le choix de la rupture. Bruno Retailleau n’imprime pas encore. Les anciens Premiers ministres marconistes ne semblent pas susciter l’adhésion à ce stade… D’autres tentent encore de concilier des familles politiques dont les divergences paraissent parfois insurmontables.

David Lisnard, lui, pourrait avoir découvert une autre voie : celle d’une droite qui ne se contente plus de commenter le désordre mais entend lui opposer une détermination sans détour.

Encore faut-il qu’il sache conjuguer cette fermeté avec une ambition économique, sociale et institutionnelle crédible.

L’histoire politique est jalonnée de ces moments où un homme cesse soudain d’être un responsable parmi d’autres pour devenir une possibilité. Nous n’en sommes pas nécessairement là. Une séquence télévisée ne fait pas une destinée. Mais après les violences du week-end, tandis que tant de dirigeants paraissent chercher leurs mots, David Lisnard a trouvé les siens, fussent-ils excessifs.

Et si, dans cette France au bord de la rupture, nous venions d’assister non pas à un simple coup de colère, mais au premier acte d’une révélation politique ?

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