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ANALYSES & OPINIONS Sécurité publique, confiance sous tension

Après les violences en manifestation, la peur grandit tandis que les Français défendent aussi la légitimité des revendications sociales

Un sondage montre que les violences du 17 octobre suscitent une condamnation massive, sans effacer le soutien aux revendications sur le pouvoir d’achat. La crainte pour la sécurité et la confiance dans les forces de l’ordre restent au cœur du débat.

Devanture de commerce dégradée, vitrine brisée et éclats de verre au seuil, sur une rue française aux surfaces mouillées.
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En bref

Après les dégradations et pillages survenus en marge des rassemblements du 17 octobre, 91 % des personnes interrogées disent condamner les violences, tandis que 93 % jugent légitimes les revendications sur le pouvoir d’achat. Près d’une sur deux craint pour sa sécurité et 61 % estiment devoir se protéger par leurs propres moyens, ce qui place la réponse des autorités au centre des attentes.

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Peut-on défendre le pouvoir d’achat tout en condamnant les violences qui accompagnent une mobilisation ? Pour une large majorité des Français, les deux positions ne s’opposent pas. La question devient aussi très concrète : comment manifester, travailler ou ouvrir son commerce sans craindre des dégradations ?

Une mobilisation sociale, deux exigences à concilier

Les manifestations du samedi 17 octobre 2026 portaient notamment sur la vie chère, le pouvoir d’achat et la situation des lycéens et étudiants. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont participé aux actions et défilés. Les organisations mobilisées avancent un bilan actualisé de 800 000 participants, contre 550 000 pour le ministère de l’Intérieur.

Ces deux estimations doivent rester distinctes : elles viennent d’acteurs différents et ne constituent pas un comptage commun. En parallèle, environ 3 000 commerces ont subi des pillages ou des dégradations. Ce bilan place la protection des personnes et des activités économiques au cœur de la prochaine journée de mobilisation.

Mais les préoccupations sociales précédaient ces violences. Dans une enquête Elabe publiée le 16 octobre sur les mobilisations sociales, 69 % des Français approuvaient la mobilisation contre la hausse du coût de la vie. Ce soutien atteignait 79 % parmi les ménages contraints de se restreindre pour boucler leurs fins de mois, contre 62 % chez les autres. La contrainte budgétaire structure donc fortement le rapport à la contestation.

Condamner les violences ne signifie pas rejeter les revendications

L’enquête Elabe publiée le mercredi 21 octobre mesure un rejet massif des violences et pillages : 91 % des personnes interrogées les condamnent, contre 9 % qui ne les condamnent pas. Par ailleurs, 75 % déclarent ne pas les comprendre, tandis que 24 % disent les comprendre. Un pour cent ne se prononce pas.

Ces réponses ne décrivent pas deux camps parfaitement séparés. Ainsi, 19 % des Français disent à la fois comprendre ces violences et les condamner. Comprendre peut renvoyer à l’identification de causes ou d’un contexte ; cela ne vaut pas approbation des actes.

La condamnation reste largement majoritaire dans toutes les catégories de population et tous les électorats. En revanche, la compréhension varie fortement : elle atteint 39 % chez les 25-34 ans, 51 % chez les 18-24 ans et 77 % parmi les sympathisants de La France insoumise. Ces chiffres ne mesurent ni une participation aux violences ni une intention d’y participer.

Autre enseignement : 93 % jugent légitimes les revendications sur le pouvoir d’achat et la vie chère, et 82 % celles des lycéens et étudiants. En outre, 70 % estiment que les violences proviennent principalement de personnes venues spécifiquement pour les commettre, indépendamment de la mobilisation. Il s’agit d’une perception, pas d’une identification judiciaire des auteurs.

La peur révèle une confiance fragilisée dans la protection publique

Le sondage fait aussi apparaître une inquiétude importante. Après les violences, 49 % des répondants déclarent avoir peur pour leur sécurité physique ou celle de leurs biens, contre 50 % qui n’ont pas peur. Les femmes expriment davantage cette crainte : 53 %, contre 45 % des hommes.

Cette peur varie également selon le lieu de résidence. Elle atteint 55 % dans l’agglomération parisienne, contre 43 % dans les communes rurales. Ces écarts décrivent un ressenti déclaré ; ils ne permettent pas de comparer directement les risques réellement encourus dans chaque territoire.

Plus largement, 61 % des personnes interrogées estiment devoir se protéger par leurs propres moyens, considérant que les forces de l’ordre ne parviennent plus à protéger la population. À l’inverse, 37 % retiennent l’idée d’une défaillance ponctuelle et pensent pouvoir continuer à compter sur elles.

La formulation compte. Cette réponse exprime un jugement sur la protection publique, pas nécessairement un projet concret d’autodéfense. Le questionnaire ne permet pas d’assimiler ces 61 % à des citoyens prêts à intervenir eux-mêmes contre des auteurs de violences.

L’enquête repose sur 1 001 adultes résidant en France métropolitaine, interrogés en ligne les 20 et 21 octobre 2026. La méthode des quotas vise à reproduire la structure de la population selon plusieurs critères, dont l’âge, le sexe et la profession. Elle donne une photographie de l’opinion après les événements, pas un décompte des victimes.

Commerçants, manifestants, policiers : des besoins différents

Pour les commerçants touchés, la priorité immédiate concerne la sécurisation des locaux et la poursuite de l’activité. Une vitrine détruite ou un stock pillé ne représente pas seulement un dommage matériel : cela peut aussi empêcher de travailler. Le bilan de 3 000 commerces ne précise toutefois ni leur taille ni leurs capacités financières.

Du côté des manifestants pacifiques, l’enjeu consiste à pouvoir porter des revendications sans subir les actes d’autres participants. Les organisateurs ont ainsi intérêt à maintenir une séparation claire entre mobilisation sociale et violences. Pour les forces de l’ordre, la difficulté consiste à protéger les personnes tout en identifiant les auteurs de dégradations.

Le gouvernement mise sur un renforcement du dispositif. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez annonce une révision des moyens, des effectifs engagés, de la mobilité et de la réactivité. Le Premier ministre Sébastien Lecornu promet, pour sa part, un dispositif « massif ». Cette réponse vise à rassurer les habitants et les professionnels exposés.

Renforcer la sécurité sans effacer la liberté de manifester

La protection des commerces et des passants ne résume cependant pas toute l’équation. Dans un précédent concernant la dispersion d’une manifestation pacifique, la Défenseure des droits a rappelé qu’une gêne à la circulation ne suffit pas à établir un trouble justifiant une dispersion brutale. Elle avait conclu à une atteinte injustifiée à la liberté de manifester. Ce précédent ne porte pas sur le 17 octobre, mais rappelle les limites de l’action policière.

Cette exigence bénéficie aux manifestants pacifiques. Elle oblige aussi les autorités à distinguer les comportements plutôt qu’à traiter tout un cortège comme une menace. L’enjeu n’oppose donc pas simplement fermeté et liberté : il concerne la capacité à protéger les personnes sans empêcher l’expression collective.

La prochaine échéance est le samedi 24 octobre 2026. Un représentant de la coordination des gilets jaunes annonce avoir déposé une déclaration pour manifester à Paris. Le déploiement effectif des forces, leur capacité à prévenir les pillages et les conditions de déroulement des cortèges permettront alors d’évaluer concrètement les changements promis.

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