« On nage dans le potage, dans un jour sans fin. » Cette image lancée par le député socialiste de l’Essonne, Jérôme Guedj, résume l’impasse politique apparue au lendemain de l’échec de la commission mixte paritaire (CMP) chargée de concilier les textes du projet de loi de finances (PLF) pour 2026, vendredi 19 décembre.
Une CMP sans accord et la perspective d’une loi spéciale
La CMP n’a pas réussi à dégager de compromis entre députés et sénateurs, ce qui laisse se profiler le recours à une loi spéciale. Ce dispositif, évoqué par plusieurs acteurs politiques, consisterait à reporter certains crédits de 2025 afin d’assurer la continuité de l’État pendant que les discussions budgétaires se prolongent.
Face à cette éventualité, le PLF pour 2026 apparaît de plus en plus difficilement acceptable pour la gauche. Le texte, qui devait cristalliser un arbitrage budgétaire entre majorité gouvernementale et oppositions, se heurte désormais à des divergences internes et à des blocages politiques qui compliquent la traduction parlementaire des compromis recherchés.
Un rôle d’opposition constructive qui lasse
Au sein du Parti socialiste, la patience montre des signes d’épuisement. Les élus socialistes disent être fatigués de jouer, encore et toujours, le rôle d’opposition constructive — celui qui cherche à débloquer les situations par des négociations et des concessions — sans obtenir suffisamment de garanties en retour.
Dans l’entourage du président du groupe PS, Boris Vallaud, le ton est vif. « On a accepté de ne pas être à Matignon, on a accepté de ne pas renverser un gouvernement qui ne repose sur aucune légitimité, on a accepté de proposer un budget de crise qui n’est pas le programme du Nouveau Front populaire, on a accepté de voter le PLFSS [projet de loi de financement de la Sécurité sociale] au lieu de s’abstenir car le gouvernement n’a pas de socle commun, on n’obtient rien sur le PLF, on a poussé jusqu’au bout le rôle de l’opposition responsable, pour être utile, et ce serait à nous, en plus, de trouver une solution au blocage entre le “socle commun” et la droite ? »
Cette déclaration reflète une frustration accumulée autour de concessions perçues comme unilatérales, et d’un sentiment que le Parti socialiste assume des responsabilités de stabilité sans en tirer de résultats tangibles sur le texte budgétaire principal.
Des soutiens gouvernementaux sous pression
Les députés socialistes pointent du doigt, au premier chef, le comportement de certains soutiens du gouvernement. Parmi eux, des élus des Républicains et d’Horizons, partenaires officiels ou tacites de l’exécutif, sont accusés de refuser des compromis nécessaires à l’adoption du PLF.
Pour le PS, la difficulté tient autant aux exigences politiques des uns qu’à l’absence d’un socle durable qui permettrait au gouvernement d’arbitrer et de faire adopter un texte consensuel. Dans ce contexte, les lignes de fracture entre droite, centre et gauche rendent toute conciliation plus ardue.
Les responsables socialistes craignent que la recherche d’un arrangement entre groupes hétérogènes ne repose de nouveau sur leurs seules concessions, sans réciprocité suffisante. Cette inquiétude alimente le rejet grandissant d’un texte considéré comme incompatible avec leurs orientations politiques.
À court terme, la poursuite des négociations est probable, mais la voie vers un accord durable reste incertaine. Si la loi spéciale était choisie, elle offrirait une solution technique pour maintenir le financement des services publics, tout en reportant la décision politique majeure à une échéance ultérieure.
Le calendrier parlementaire et les arbitrages politiques à venir détermineront si le PLF pour 2026 peut être renégocié ou si l’exécutif privilégiera une mesure transitoire. Entre stratégies de blocage et tentatives de médiation, l’équilibre politique paraît pour l’heure fragile et susceptible d’évoluer au fil des échanges entre groupes.





