Jean‑Louis Portal refuse de sceller la fermeture de l’école d’Ally. Dans cette commune de moyenne montagne du département de la Haute‑Loire, qui compte 128 habitants, la bâtisse scolaire est vide depuis la rentrée de septembre 2025, après la suppression du poste d’enseignante décidée par l’Éducation nationale.
Un établissement déserté après la suppression du poste
Pour la rentrée 2025, seuls trois élèves étaient inscrits dans l’école communale, contre cinq l’année précédente. Face à cette baisse des effectifs, l’administration a choisi de ne pas renouveler le poste d’enseignant qui assurait la classe unique. Depuis septembre, l’école d’Ally n’accueille donc plus d’élèves et les locaux restent inoccupés.
La décision de l’État a des conséquences immédiates sur l’organisation scolaire locale : sans enseignante ni enseignement assuré sur place, les familles doivent trouver une solution alternative pour la scolarisation de leurs enfants, que ce soit dans des établissements voisins ou par d’autres dispositifs proposés par l’académie.
Un maire partagé entre raison et symbole
Le maire d’Ally, Jean‑Louis Portal, élu sans étiquette, exprime un dilemme à la fois administratif et symbolique. Il « comprend la décision de l’État », reconnaissant la logique de gestion des postes en fonction des effectifs. Pourtant, il refuse de prendre formellement la décision municipale de fermer l’école.
« C’est symbolique, mais si je fais voter en conseil municipal une décision de fermeture, l’école ne rouvrira jamais », confie l’édile. Par cette phrase, il souligne l’irréversibilité administrative et morale qu’aurait selon lui un vote actant la fermeture définitive. Le maintien formel de l’établissement — en l’état — apparaît donc comme une façon de garder une possibilité de réouverture si la situation démographique venait à s’améliorer.
Des parents qui scolarisent près de leur lieu de travail
Selon l’édile, ses tentatives de convaincre les familles de maintenir la scolarisation des enfants dans le village se sont heurtées à un choix pratique des parents : la plupart privilégient désormais des écoles situées près de leur lieu de travail. Ce critère de proximité professionnelle emporte la décision des familles, malgré la volonté municipale de préserver l’enseignement de proximité dans la commune.
Le maire résume la conséquence chiffrée de ces choix : « Si tous les enfants de la commune y étaient scolarisés, on aurait une dizaine d’élèves et l’école serait sauvée. » Cette estimation illustre la fragilité d’un petit établissement : une variation de quelques enfants suffit à déterminer la maintien ou la suppression d’un poste d’enseignant.
Mémoire locale et perspectives
Jean‑Louis Portal évoque avec nostalgie le début de son premier mandat, en 2014, lorsque l’école comptait encore une vingtaine d’élèves. Ce recul des effectifs sur une décennie reflète des évolutions démographiques et économiques plus larges : migrations internes, recomposition des modes de vie et choix professionnels qui influent sur la présence d’enfants en âge scolaire dans les petites communes rurales.
L’élu annonce qu’il ne tranchera pas seul et laissera la décision officielle à l’équipe municipale qui prendra sa succession. Dans l’immédiat, l’école reste théoriquement ouverte mais inoccupée, et l’avenir de la structure dépendra à la fois des choix des familles, des décisions administratives et de l’évolution démographique locale.
La situation d’Ally illustre un cas fréquent dans les territoires ruraux : la fermeture d’une école découle souvent d’un croisement de facteurs — baisse des effectifs, contraintes budgétaires et choix des familles — qui recomposent l’offre éducative de proximité. Sans jouer la surenchère, le constat reste que, pour les petites communes, quelques inscriptions peuvent suffire à maintenir un service public central pour la vie locale.
La municipalité et les habitants d’Ally devront désormais peser les implications pratiques et symboliques d’un vote officiel de fermeture, en gardant à l’esprit l’impact durable qu’un tel acte peut avoir sur l’avenir du village et sur la possibilité de retrouver, un jour, des effectifs suffisants pour rouvrir la classe.





