Le compte à rebours est lancé pour la mise en œuvre de la réforme de la formation des enseignants, dont l’entrée en vigueur est prévue à la session 2026. Cette réforme déplace le concours de recrutement en fin de licence (bac +3) puis prévoit deux années de formation rémunérée de niveau master pour les nouveaux recrutés. Dans une phase transitoire de deux ans, deux sessions de concours seront organisées en 2026 : l’une au niveau bac +3, l’autre au niveau bac +5.
Blocage parlementaire et calendrier budgétaire
La mise en place pratique de ce calendrier est toutefois fragilisée par un épisode politique récent : la commission mixte paritaire entre sénateurs et députés chargée de finaliser le projet de loi de finances (PLF) pour 2026 a échoué le vendredi 19 décembre. Ce revers complique l’adoption des mesures financières nécessaires au déploiement de la réforme.
Une loi dite « spéciale », examinée par le Parlement mardi 23 décembre, limite la portée des interventions possibles : elle n’autorise pas l’introduction de mesures nouvelles. Dans ce cadre, si la loi spéciale permet le maintien des concours organisés selon les mêmes modalités que la session précédente, elle ne suffira pas à instaurer des dispositifs nouveaux.
Deux sessions en 2026 et 88 000 candidats concernés
La période transitoire de deux ans implique qu’en 2026 seront organisés, pour chaque discipline, deux concours distincts : le concours promu à bac +3 et, simultanément, la session traditionnelle à bac +5. Selon les éléments communiqués, 88 000 candidats se sont inscrits au concours à bac +3, le nouveau niveau d’accès.
La coexistence de ces deux voies en 2026 vise à assurer la continuité du recrutement tout en installant progressivement le nouveau cadre de formation. Mais l’organisation logistique et administrative d’une telle double-session dépend de décisions budgétaires et réglementaires qui ne peuvent, selon les règles en discussion, être prises par une loi spéciale restrictive.
Des autorités prudentes face à l’incertitude
Le ministre de l’Éducation nationale a souligné la nouveauté du dispositif et ses conséquences opérationnelles. Intervenant le 18 décembre dans l’émission « Les Quatre Vérités » (France 2), Edouard Geffray a déclaré : « Ce concours en fin de licence est nouveau (…) . Si le projet de loi de finances 2026 n’est pas adopté, pour l’instant je ne sais pas organiser ce concours. »
Par ces mots, le ministre met en avant l’imbrication des volets pédagogique et financier de la réforme : sans cadre budgétaire validé, la tenue du concours nouveau et la préparation des deux années de formation rémunérée restent difficiles à sécuriser.
Incidences pratiques et zones d’incertitude
Sur le plan pratique, l’incertitude porte notamment sur la capacité d’organiser les sessions, d’assurer la contractualisation et la rémunération des lauréats pendant leurs deux années de master, et de maintenir la lisibilité pour les candidats. Le texte évoque la continuité possible des concours à bac +5 dans les mêmes conditions que la session précédente si la loi spéciale l’autorise, mais souligne clairement que ce n’est pas le cas pour le nouveau concours à bac +3.
Juridiquement et administrativement, les acteurs devront attendre l’issue des débats parlementaires et l’adoption — ou non — du PLF 2026 pour obtenir des réponses concrètes. À défaut, l’organisation du concours en fin de licence reste suspendue à des décisions qui n’entrent pas dans le périmètre d’une loi restreinte à des dispositions non créatrices de nouvelles mesures.
En l’état, la réforme conserve son calendrier juridique (entrée en vigueur à la session 2026 et phase transitoire de deux ans), mais sa mise en œuvre effective apparaît conditionnée à l’adoption du cadre financier associé. Les questions opérationnelles soulevées par la double-session de 2026 et la gestion des 88 000 candidats inscrits au concours bac +3 resteront à clarifier par les autorités compétentes au fur et à mesure de l’évolution parlementaire.





