Sur le port de l’île-aux-Moines (Morbihan), la décision du maire en place a installé un climat d’attente depuis plusieurs mois. Philippe Le Bérigot, élu sans étiquette, a annoncé qu’il ne se représenterait pas. Mais contrairement aux usages, peu de prétendants à sa succession se sont déclarés, et la population locale craint que la vacance du pouvoir n’ouvre la voie à un « putsch » des résidents secondaires sur ce « caillou » ancré au cœur du golfe du Morbihan.
Un électorat partagé entre habitants permanents et vacanciers
La structure résidentielle de l’île éclaire la source du débat : plus de 70 % des logements y sont des maisons de vacances. Cette réalité démographique transforme les dynamiques électorales. La loi locale en vigueur permet à tout propriétaire d’un bien depuis plus de deux ans de s’inscrire sur la liste électorale de la commune et, par conséquent, d’y être candidat. À l’île-aux-Moines, environ un quart des votants sont des villégiateurs.
Ce basculement relatif des électeurs soulève des questions de représentativité et de priorités publiques. Les résidents permanents pointent du doigt des besoins quotidiens — services scolaires, gestion des déchets, maintien d’une desserte régulière — qui peuvent diverger des attentes saisonnières des propriétaires secondaires.
Des priorités distinctes, des tensions prévisibles
Philippe Le Bérigot synthétise ce décalage : « Ça ne me dérange pas qu’ils votent ici lors des scrutins européens ou nationaux, mais cette pratique questionne davantage à l’occasion des élections locales ». Pour l’élu, la différence tient aux usages et aux temporalités : un insulaire est susceptible de défendre le maintien des bateaux à l’année, tandis qu’un résident secondaire plaidera davantage pour un allongement des horaires l’été.
Ces exemples illustrent des arbitrages concrets : la plage d’ouverture d’un service, la fréquence d’une liaison maritime, ou la priorisation d’investissements municipaux. Quand un élu prend des décisions qui touchent à la vie quotidienne, la connaissance des problèmes permanents de l’île peut peser différemment selon qu’on vit toute l’année sur place ou que l’on y séjourne quelques semaines.
La situation nourrit un débat sur la nature même de la communauté insulaire : s’agit-il d’une collectivité dont la gouvernance doit refléter la présence saisonnière majoritaire des logements, ou d’une entité politique où les habitants permanents conservent la main sur les orientations locales ?
Une réponse locale : la priorité aux candidats résidents
Pour apaiser ces craintes, Philippe Le Bérigot avance une piste de solution institutionnelle : « Un élu et résident à l’année devrait conduire une liste. Il n’y a donc plus lieu de s’inquiéter de voir l’île gouvernée de l’extérieur. » Cette position vise à rassurer les habitants permanents en soulignant que la tête de liste — en cas d’application de ce principe — serait ancrée dans la vie locale.
L’argument repose sur l’idée qu’un élu présent toute l’année aura une connaissance de terrain et une continuité dans l’exercice du mandat, aspects jugés essentiels pour traiter les enjeux quotidiens. Il n’implique pas l’exclusion des résidents secondaires, mais pose une condition de légitimité politique fondée sur la permanence d’habitation.
Enjeux et inconnues pour la prochaine échéance
À l’heure où peu de candidatures se manifestent, plusieurs inconnues demeurent : qui portera une liste, avec quel programme et comment seront conciliées les attentes des différents groupes d’électeurs ? L’issue dépendra à la fois du calendrier des candidatures et des choix stratégiques des acteurs locaux.
Sur une île où la présence touristique structure l’économie et la vie sociale, la gouvernance doit composer avec des temporalités contrastées. La question posée à l’île-aux-Moines dépasse un simple renouvellement municipal : elle interroge la manière dont une petite collectivité gère la cohabitation entre résidents permanents et propriétaires vacanciers, ainsi que la définition même de l’intérêt général local.
Les déclarations du maire sortant, les chiffres de l’habitat et la règle d’inscription électorale forment le cadre factuel de ce débat. Reste à voir comment les acteurs insulaires transformeront ces éléments en propositions concrètes lors de la prochaine campagne.





