Venezuela : le malaise des droites radicales européennes face à l’intervention américaine — Orbán prudent, calculs pétroliers et refus du communiqué européen

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Face à l’opération américaine au Venezuela visant Nicolás Maduro, Viktor Orbán a adopté une réponse prudente, privilégiant l’évaluation de l’impact sur le prix du pétrole pour la Hongrie et refusant de signer le communiqué européen. Son hésitation illustre le malaise des droites radicales en Europe, prises entre condamnation du recours à la force et intérêts géopolitiques et économiques.

Appelé à donner son avis, lundi 5 janvier, sur l’enlèvement allégué du président vénézuélien Nicolás Maduro par l’armée américaine, le premier ministre hongrois Viktor Orbán a adopté un ton inhabituellement prudent. Lors de sa conférence de presse annuelle, il a déclaré : « Cela s’est produit, et nous examinons si c’est bénéfique ou non pour la Hongrie ». Sa réponse, sobre et hésitante, contraste avec son habitude d’exprimer une admiration ouverte pour le président des États-Unis.

Orbán face à une opération spectaculaire

Interrogé sur l’opération qualifiée de spectaculaire qui a occupé les médias pendant le week-end, Viktor Orbán a limité son commentaire à une observation économique prudente. Il a estimé que la volonté américaine de contrôler le secteur pétrolier vénézuélien « pourrait entraîner une baisse du prix du pétrole », sans préciser s’il approuvait ou condamnait l’action. Cette réserve signale une volonté apparente d’évaluer d’abord les retombées matérielles pour la Hongrie avant de trancher sur le plan politique.

Budapest s’est distinguée au sein de l’Union européenne en refusant de signer le communiqué européen commun publié dimanche, qui appelait à « respecter la volonté du peuple vénézuélien ». Le gouvernement hongrois a relativisé cette abstention, en la rattachant à son refus de souscrire à une politique étrangère européenne commune. Cette position illustre la ligne d’indépendance privilégiée par Orbán sur la scène internationale.

Un malaise partagé à l’extrême droite européenne

Les hésitations d’Orbán mettent en lumière un malaise plus large au sein des droites radicales et nationalistes européennes. Ces forces politiques, qui avaient souvent dénoncé une prétendue influence américaine sur les gouvernements et les « élites », se trouvent aujourd’hui en difficulté. Elles doivent commenter une ingérence militaire manifeste — si l’on retient la réalité des faits rapportés — menée, paradoxalement, par un allié idéologique ou stratégique de longue date.

Au Royaume-Uni, la réaction de Nigel Farage illustre cet inconfort. Le dirigeant du parti populiste de droite Reform UK a jugé les actions américaines au Venezuela « non orthodoxes et contraires au droit international », tout en ajoutant : « si elles font réfléchir à deux fois la Russie et la Chine, alors c’est peut-être une bonne chose ». Farage, notoirement proche de Donald Trump depuis 2016, avait jusque-là rarement critiqué Washington de façon aussi directe.

Cette dialectique — condamnation formelle des méthodes combinée à une reconnaissance instrumentale d’éventuels bénéfices géopolitiques — traduit la difficulté pour ces partis de concilier principes et intérêts. La situation met en évidence un dilemme : faut‑il condamner l’emploi de la force au nom du droit international, ou interpréter l’action comme un instrument de rivalité stratégique contre d’autres puissances ?

Enjeux géopolitiques et retombées nationales

Au-delà des postures politiques, l’affaire soulève des questions pratiques pour les États européens. L’argument avancé par Viktor Orbán — la possible baisse des prix pétroliers — renvoie à un calcul économique immédiat. Pour des pays comme la Hongrie, dépendants des importations énergétiques, des variations de prix peuvent peser sur l’inflation et la compétitivité industrielle.

En parallèle, le débat illustre la transformation des alliances : une opération militaire américaine au Venezuela, si elle est confirmée dans ses modalités, pourrait redessiner les rapports de force entre grandes puissances et réactiver des dynamiques d’interventionnisme que certains acteurs politiques européens affirmaient vouloir combattre. Les réactions publiques des dirigeants nationaux servent donc de baromètre aux choix diplomatiques à venir.

Dans ce contexte, la prudence affichée par Budapest et l’embarras de dirigeants comme Nigel Farage signalent que l’ampleur et la nature de l’intervention américaine bousculent les solidarités politiques habituelles. Les partis d’extrême droite, qui ont construit une partie de leur discours sur la critique d’une supposée mainmise extérieure, sont confrontés à un allié dont les actes ne cadrent plus aisément avec leur rhétorique.

Sans évolution claire des faits ou des positions publiques des principaux acteurs, la situation devrait rester surveillée de près. Les déclarations officielles, les communiqués des institutions européennes et les réactions des capitales permettront de mesurer l’ampleur réelle de l’impact diplomatique et économique de cette affaire sur l’Union européenne et sur ses États membres.

Parlons Politique

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