À l’approche des élections municipales de mars, un thème que l’on croyait dépassé réapparaît sur la scène politique française : l’anticommunisme. Alors que le Parti communiste français (PCF) n’a plus l’influence de son âge d’or, des élus de droite remobilisent ce marqueur idéologique, qui frappe les esprits et peut concurrencer l’extrême droite sur certains terrains mémoriels.
Des gestes symboliques et des décisions institutionnelles
Le phénomène s’est illustré par des gestes et des votes récents. À Saint-Raphaël (Var), le maire Les Républicains (LR) Frédéric Masquelier a inauguré, le 23 août 2025, ce qui est présenté comme le premier monument français aux « victimes du communisme ».
De son côté, la région Île-de-France a voté, le 17 décembre 2025, un amendement budgétaire mandatant sa présidente, Valérie Pécresse, pour engager des partenariats avec « des institutions mémorielles consacrées aux crimes commis par les régimes communistes en Europe centrale et orientale, en vue d’intégrer, dans les parcours pédagogiques des lycéens franciliens, des actions éducatives portant sur cette mémoire ». Cette formulation, reprise telle quelle dans la délibération, vise à institutionnaliser une mémoire des régimes communistes au sein de dispositifs scolaires régionaux.
Objectifs politiques et mémoire historique
Pour la droite, l’anticommunisme présente plusieurs atouts tactiques. Il permet de cristalliser un contraste avec la gauche radicale et d’adresser un message fort aux électeurs sensibles aux questions de mémoire et d’ordre public. Il s’insère aussi dans une concurrence avec le Rassemblement national (RN), parti qui, depuis plus de cinquante ans et d’abord sous l’étiquette du Front national, a structuré une opposition radicale au PCF.
Sur le plan mémoriel, ces initiatives relancent le débat sur la manière d’enseigner et de commémorer les violences des régimes communistes. L’intégration de parcours pédagogiques destinés aux lycéens pose des questions pratiques : quels acteurs mémoriels seront choisis ? Quels événements et quels cadres d’analyse seront privilégiés ? Les réponses détermineront la tonalité éducative et l’équilibre entre récit historique et instrumentalisation politique.
Ces démarches rencontrent des critiques. Certains observateurs redoutent une essentialisation de l’histoire, qui ferait des régimes communistes une catégorie homogène des « criminels » sans différencier contextes, temporalités et responsabilités nationales. D’autres pointent le risque d’un usage politique de la mémoire à des fins électorales, à l’approche des scrutins municipaux.
Risques diplomatiques et résonances internationales
Au-delà des débats internes, le choix de valoriser une mémoire des « crimes commis par les régimes communistes en Europe centrale et orientale » peut entraîner des controverses de mémoire à l’Est. Les relations avec certains pays d’Europe centrale et orientale sont sensibles sur ces sujets, où les récits nationaux et les commémorations divergent souvent. Les partenariats évoqués par la région Île-de-France pourraient renforcer certains liens mémoriels, mais aussi susciter des réactions si la narration retenue apparaît partiale.
Sur le plan diplomatique, la multiplication d’initiatives locales et régionales autour de la mémoire du communisme exige une coordination prudente avec le ministère des Affaires étrangères et les services culturels, afin d’éviter des incompréhensions ou des tensions évitables.
Enfin, l’appropriation de cette mémoire par des élus locaux interroge la frontière entre démarche éducative et discours politique. L’efficacité pédagogique de ces actions dépendra notamment de l’exigence scientifique des partenariats choisis et de la diversité des points de vue présentés aux élèves.
En somme, le retour visible de l’anticommunisme dans le débat politique français combine symboles, enjeux éducatifs et risques de polarisation. Entre stratégies électorales et aspirations à un travail de mémoire, les mois qui viennent devraient clarifier la nature et la portée de ces initiatives, ainsi que leur réception par les citoyens et les acteurs scolaires.





