Sept candidats se disputent la succession de Michel Buillard — maire de Papeete depuis trente ans — dans une élection qui attire l’attention locale en raison des équilibres politiques en jeu. Comme lors des élections territoriales de 2023, les tensions entre candidats autonomistes pourraient profiter à un prétendant indépendantiste, Tematai Le Gayic.
Un héritage politique concentré
Sur près d’un demi-siècle, la mairie de Papeete a été marquée par une très grande stabilité. En dehors du bref intermède assuré par Louise Carlson entre 1993 et 1995, la capitale de la Polynésie française n’a connu que deux maires : Jean Juventin (1977-1993) et Michel Buillard (depuis 1995). Ces « tavana », comme on les appelle en Polynésie, ont incarné une ligne politique autonomiste, favorable au maintien de la collectivité polynésienne au sein de la République française.
Cette longévité a forgé des usages et des réseaux locaux puissants, notamment dans une ville décrite comme conservatrice et considérée comme le poumon économique du territoire. Dans ce contexte, les forces indépendantistes n’ont, historiquement, jamais remporté la mairie.
Des candidatures diversifiées et des divisions autonomistes
La course actuelle réunit sept prétendants, ce qui complexifie les équilibres traditionnels. La multiplication des candidatures autonomistes fragmente l’offre politique dans l’électorat modéré et prostatut actuel, ouvrant potentiellement des marges de manœuvre pour des candidatures extérieures à ce camp.
Aux élections territoriales de 2023, déjà, ces divisions avaient montré leur effet en affaiblissant la coordination des listes autonomistes. Les observateurs locaux estiment que, dans un scrutin municipal à plusieurs tours ou soumis aux logiques d’alliances, la dispersion des voix peut jouer un rôle déterminant.
Tematai Le Gayic : un profil jeune et mobilisé
Tematai Le Gayic, candidat indépendantiste, incarne un profil différent du paysage municipal traditionnel. Élu député en 2022 à l’âge de 21 ans, il est alors devenu le plus jeune député de France. Depuis la dissolution de l’Assemblée nationale en juin 2024, il n’exerce plus de mandat parlementaire national, mais il demeure élu à l’Assemblée de la Polynésie française.
Cette situation lui offre un temps disponible pour parcourir la ville et rencontrer les habitants, remarque-t-on parmi ses soutiens. Sa jeunesse et son positionnement indépendantiste contrastent avec la longue domination autonomiste à Papeete et pourraient, selon certains, rebattre les cartes électorales locales, surtout si l’électorat autonomiste reste divisé.
Territoire, symboles et enjeu électoral
Papeete, littéralement « Corbeille d’eau » en tahitien, est bâtie sur d’anciens marécages. La toponymie rappelle des racines géographiques et culturelles qui traversent les débats politiques. La ville, centre administratif et économique, concentre des questions de développement urbain, d’emploi et de services, autant de sujets qui orientent le vote municipal bien au-delà des seuls clivages institutionnels.
Dans un territoire où les identités politiques se mêlent aux attaches sociales et familiales, les résultats peuvent dépendre autant de la capacité des candidats à mobiliser des réseaux locaux que de leurs programmes. Les stratégies d’alliance entre tours et les désistements éventuels joueront un rôle clé dans l’issue du scrutin.
Scénarios possibles et incertitudes
Plusieurs scénarios restent ouverts. Si les autonomistes parviennent à fédérer leurs forces, la continuité pourrait prévaloir et maintenir la majorité d’un courant longtemps dominant à Papeete. À l’inverse, une dispersion prolongée des candidatures autonomistes offrirait une fenêtre d’opportunité pour un candidat indépendantiste capable de capter un électorat jeune ou protestataire.
Il convient toutefois de noter que l’issue dépendra de nombreux facteurs locaux et conjoncturels : taux de participation, dynamique de campagne dans les quartiers, et décisions de dernière minute d’acteurs politiques influents. À ce stade, et sans enquête supplémentaire sur les intentions de vote, il reste prudent de considérer plusieurs hypothèses plausibles plutôt que d’affirmer une évolution définitive.
La course à la mairie de Papeete met en lumière des enjeux plus larges que la seule gestion municipale : mémoire politique, rapport à l’État, et recomposition générationnelle du paysage politique polynésien. Le scrutin à venir servira de test pour ces équilibres, dans une ville qui a longtemps servi de baromètre des forces en présence au sein du territoire.





