Les ministres de l’Agriculture des 27 se sont réunis en session extraordinaire mercredi 7 janvier à la Commission européenne, à Bruxelles. La rencontre a été marquée par des annonces destinées à apaiser l’inquiétude des filières agricoles, en particulier autour de l’application d’une taxe carbone européenne sur certains produits importés, notamment les engrais.
Suspension évoquée pour la taxe carbone sur les engrais
À l’issue de la réunion, la ministre française de l’Agriculture, Annie Genevard, a affirmé sa détermination à obtenir un moratoire : « La taxe carbone (européenne) sur les engrais pourra être suspendue », a-t-elle déclaré, ajoutant sur place à Bruxelles : « Face à l’urgence, j’ai été très ferme aujourd’hui à Bruxelles : son application aux engrais doit être suspendue ! ».
Le vice‑président de la Commission, Maroš Šefčovič, a quant à lui indiqué sur X qu’une suspension pourrait être prononcée avec effet rétroactif au 1er janvier 2026. Cette déclaration précise concerne l’application du mécanisme mais, dans l’immédiat, la Commission européenne n’a pas confirmé officiellement une décision de suspension.
Ce qu’est le MACF et sa portée
Le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) est présenté par la Commission comme un instrument réglementaire visant à soumettre les produits importés aux droits de douane de l’Union à une tarification du carbone équivalente à celle appliquée aux industriels européens qui fabriquent ces produits.
Entré dans sa phase définitive le 1er janvier 2026, ce mécanisme concerne en priorité les marchandises dont la production ou l’utilisation génèrent des émissions de gaz à effet de serre élevées. Les secteurs cités par la Commission comprennent notamment l’acier, l’aluminium et les engrais.
Contexte politique et économique
La déclaration collective des ministres intervient dans un contexte tendu lié aux négociations sur un accord de libre‑échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay). Cet accord, critiqué par certains États et par des représentants de la filière agricole, prévoit d’ouvrir de larges marchés et d’accroître l’accès à plus de 720 millions de consommateurs potentiels.
Face aux réserves exprimées, Annie Genevard a assuré que « la partie n’est pas perdue » et qu’il faut « continuer le combat », déclarations rapportées par BFM. Elle a souligné la nécessité de faire entendre la voix de la France lors des prochains votes des États membres, avant une validation éventuelle par le Parlement européen.
Mesures d’accompagnement et calendrier
La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait la veille adressé une lettre annonçant une rallonge budgétaire de 45 milliards d’euros pour la Politique agricole commune (PAC). Selon Annie Genevard, il s’agissait d’une demande forte de la délégation française, évoquée sur Franceinfo.
Par ailleurs, la Commission européenne table sur la signature de l’accord Mercosur le 12 janvier au Paraguay, date mentionnée pendant les discussions. Plusieurs acteurs ont interprété les initiatives (lettre budgétaire, négociations et positions nationales) comme des tentatives destinées à calmer les tensions agricoles et à convaincre les pays les plus réticents.
Réactions et suites attendues
Si certaines annonces visent à désamorcer la colère des agriculteurs, elles laissent encore des zones d’incertitude. La suspension éventuelle de l’application du MACF aux engrais dépendra d’arbitrages au niveau de la Commission et de décisions formelles qui restent à confirmer.
Les ministres se sont quittés en demandant des clarifications et des garanties pour les filières. Le calendrier politique des prochains jours — notamment la signature prévue et les consultations entre États membres — devrait préciser si les mesures évoquées seront concrétisées et sous quelle forme.





