La France insoumise (LFI) a déposé, vendredi 9 janvier, une motion de censure contre le gouvernement dirigé par Sébastien Lecornu. Les députés signataires dénoncent ce qu’ils qualifient de « piétinement » de la souveraineté populaire et du droit international, prenant pour exemples l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur et la situation autour du Venezuela. Le chef du gouvernement a rapidement réagi, accusant LFI de tenir des « postures cyniques et partisanes ».
Les griefs politiques et commerciaux avancés par LFI
Dans le texte de la motion, les députés estiment que « la France [est] humiliée à Bruxelles mais aussi à Washington » et dressent un bilan sévère de la politique du président Emmanuel Macron, qualifiant son action de « désastreuse ». Le dépôt a été effectué en vertu de l’article 49, alinéa 2, de la Constitution, et annoncé par la cheffe des députés LFI, Mathilde Panot, sur la plateforme X.
Les signataires pointent en particulier le traité de libre-échange conclu avec le Mercosur. « Malgré le non d’Emmanuel Macron au traité entre l’Union européenne et les pays du Mercosur », écrivent-ils, l’accord, selon eux, ouvre la voie à « un déni écologique, la casse industrielle et sociale, et une concurrence manifestement déloyale ». LFI rappelle que cet accord doit recevoir l’avis favorable, vendredi, de la majorité des Vingt-Sept au sein des institutions européennes, ce qui, à leurs yeux, rend la situation d’autant plus urgente.
Le parti de gauche radicale considère que les tentatives d’obtenir des contreparties sur l’accord relèvent d’« artifices » et accuse l’exécutif d’avoir « laissé ouverte la porte de la capitulation de notre pays face à la Commission européenne ». Pour LFI, il convient d’opposer une ligne ferme, y compris en menaçant de suspendre « la contribution française au budget de l’Union européenne » si nécessaire.
Réponse du gouvernement et conséquences budgétaires
Sébastien Lecornu a répondu sur X, dénonçant le dépôt de la motion comme « choisir délibérément d’afficher des désaccords politiciens internes ». Il a ajouté que cette initiative revenait à « affaiblir la voix de la France plutôt que de montrer l’unité nationale dans la défense de notre agriculture ». Le Premier ministre a par ailleurs estimé que la motion « retarde encore les discussions budgétaires, déjà bloquées par les mêmes partis politiques sur fond d’agenda électoral, et envoie un très mauvais signal à l’étranger ».
Le Rassemblement national (RN) a aussi annoncé son intention de déposer une motion de censure, sur un motif similaire, pour contester l’adoption prochaine du traité Mercosur. La multiplication des motions de censure témoigne d’un contexte parlementaire tendu, où l’opposition cherche à transformer les débats commerciaux et internationaux en enjeux domestiques et électoraux.
Dimension internationale et angle diplomatique
Outre la critique du traité commercial, La France insoumise intègre à sa motion une condamnation de la position de l’exécutif sur un incident concernant le Venezuela. Le texte évoque « l’enlèvement de Nicolas Maduro, samedi, par des forces spéciales américaines » et reproche au président Macron d’être, selon LFI, « incapable de condamner la guerre illégale et illégitime des États‑Unis contre le Venezuela ». Le parti affirme que cette attitude « ouvre la voie à la généralisation de la loi du plus fort, dont les conséquences sont incommensurables ».
Ces accusations, portées par LFI dans le cadre de la motion, mettent en lumière la dimension géopolitique des critiques formulées contre l’exécutif. Elles traduisent une volonté d’articuler questions commerciales, souveraineté nationale et positionnement diplomatique de la France sur la scène internationale.
Un geste politique à portée symbolique et procédurale
Le dépôt d’une motion de censure reste principalement un outil politique et symbolique lorsque la majorité parlementaire ne permet pas son adoption. En l’occurrence, LFI et le RN cherchent à capitaliser sur le mécontentement agricole et écologique suscité par le projet d’accord avec le Mercosur, tout en mettant en lumière ce qu’ils présentent comme une incohérence de la politique étrangère française.
Le gouvernement, de son côté, avertit des effets d’un tel changement de ton en pleine période de discussions budgétaires et de négociations européennes. Au-delà des postures, la situation illustre la difficulté pour l’exécutif de concilier intérêts nationaux, impératifs européens et contraintes diplomatiques, alors que les débats sur le commerce international et la souveraineté restent au cœur des divisions politiques.
Les suites de cette initiative dépendront des arbitrages parlementaires et du calendrier des votes européens. D’ici là, le dépôt de la motion accentue le face‑à‑face politique sur des sujets sensibles : l’avenir des filières agricoles françaises, l’impact écologique des accords commerciaux et la conduite diplomatique du pays sur des dossiers internationaux.





