L’invitation à l’Élysée, le 16 janvier, a été accueillie froidement par les indépendantistes du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), opposés à l’accord de Bougival sur l’avenir de la Nouvelle‑Calédonie. Emmanuel Macron se trouve donc confronté à un rejet clair de la part des acteurs indépendantistes, mais aussi à des tensions au sein de son propre camp, ce qui complique la gestion politique du dossier calédonien.
Un refus indépendantiste qui marque le désaccord
Le FLNKS a exprimé son hostilité à l’accord de Bougival, document évoqué par les protagonistes comme déterminant pour l’avenir institutionnel de l’archipel. En conséquence, l’invitation présidentielle n’a pas reçu l’adhésion attendue de ces forces politiques locales, qui restent fermement opposées à la trajectoire proposée.
Ce refus illustre l’écart persistant entre l’exécutif national et une partie significative des représentants indépendantistes. Il souligne aussi le caractère sensible de toute démarche perçue comme imposant un calendrier ou une forme de solution sans un consensus local suffisamment large.
Des remous à l’intérieur du bloc central
Parallèlement, Emmanuel Macron doit composer avec des critiques venant de l’intérieur du bloc central. Un député affilié à Renaissance, également présenté comme l’un des chefs de file de la droite radicale à Nouméa, a laissé entendre que ses relations avec le président se sont dégradées.
« Avec le président de la République, les relations se sont refroidies en juillet, lorsqu’il a proposé un référendum sur l’indépendance‑association dans quinze ans. Ça, ça ne passe pas. On n’est plus alignés, contrairement à ce qui se passe avec mon groupe », indique‑t‑il, exprimant ainsi un désaccord stratégique majeur. La proposition d’un référendum différé de quinze ans apparaît comme un point de rupture entre certaines sensibilités locales et la ligne de l’exécutif.
Le propos met en lumière deux dimensions : d’une part, l’éloignement entre acteurs nationaux et responsables locaux qui se revendiquent d’un positionnement conservateur ; d’autre part, la fragilisation possible de l’unité politique autour de la majorité présidentielle lorsque des questions territoriales sensibles sont en jeu.
La controverse autour de la « consultation anticipée »
La ministre des outre‑mer, Naïma Moutchou, est elle aussi visée par des critiques. Elle a annoncé l’abandon de la « consultation anticipée » des Néo‑Calédoniens — procédure qui, selon les partisans de l’accord, devait permettre de remettre le texte sur les rails avec un calendrier plus tenable — sans en avertir préalablement certains élus locaux.
Cette décision a suscité l’irritation de l’élu, qui reproche un manque de concertation. « On en a marre des reniements permanents », lance‑t‑il, dénonçant, au fil de la semaine, ce qu’il qualifie de volte‑faces répétées de la part de l’exécutif. Il a aussi déclaré, devant un public acquis, son « regret d’un “amour trahi pour la France” », formule forte qui témoigne de la dimension affective et symbolique attachée au débat.
La critique ciblant la ministre souligne un motif récurrent dans les crises territoriales : la perception d’un calendrier imposé ou d’arbitrages pris sans coordination suffisante avec les acteurs locaux, ce qui tend à alimenter méfiance et ressentiment.
Enjeux et perspectives
Le cumul d’un rejet indépendantiste et de tensions internes au bloc central complique nettement la tâche du président. Sur le plan politique, il s’agit d’éviter que ces désaccords ne se transforment en fracture durable, susceptible d’affecter tant la mise en œuvre de l’accord de Bougival que la crédibilité de l’autorité centrale dans les territoires ultramarins.
Sur le plan institutionnel, la question demeure de savoir quelle feuille de route apparaîtra acceptable pour la Nouvelle‑Calédonie : un calendrier repoussé, une consultation anticipée abandonnée, ou des formes de dialogue renouvelé. Les déclarations citées traduisent surtout une exigence de respect des acteurs locaux et de cohérence des décisions prises par Paris.
Sans consensus local et sans unité politique plus large au sein du bloc central, toute solution risque de rester fragile. Les prochaines étapes dépendront autant de la capacité du gouvernement à rétablir le dialogue que de la volonté des différents acteurs de trouver des compromis compatibles avec les engagements déjà pris.
En l’état, l’invitation du 16 janvier cristallise ces tensions : elle rappelle que la gestion de la Nouvelle‑Calédonie requiert à la fois finesse politique, concertation réelle et prise en compte des fortes sensibilités locales.





